Avec ses deux premiers albums, le groupe irlandais Glyder a prouvé que si ses racines plongeaient profondément dans le rock-hard 70's, sa personnalité possédait assez de force propre pour élever ses compos à un niveau plus personnel. Ce que confirme son nouvel EP Weather The Storm.
Son premier album sonnait quasiment comme un hommage à Thin Lizzy, avec quelques touches de Rainbow, de Deep Purple, d'Iron Maiden, ainsi que de psyché, comme en témoigne le morceau de bravoure Stargazer. Le deuxième LP, Playground for Life (2007), affichait déjà une identité plus marquée. Peut-être un peu moins hard, sans doute moins Thin Lizzy et plus early-Maiden. Et toujours truffé de chansons colle-conduits. Weather the Storm, confirme cette direction. Si les sonorités Phil-Lynottesques apparaissent toujours ici ou là, si l'esprit général reste ancré chez les grands anciens, Glyder s'attache avant tout à composer des chansons rock, basées sur des riffs et des mélodies.
A ce point de cette chronique, je dois un aveu : je pensais que Weather The Storm était une galette de transition avec de nouvelles compos avant le troisième album, et c'est sur cette base erronée (hé oui, malgré l'orage sur la pochette, le mea coule pas...) que j'avais rédigé mon article. Affirmant par exemple : "Il apparaît désormais clairement que, toutes influences bues et digérées (et d'ailleurs revendiquées dès le départ en ce qui concerne Thin Lizzy), Glyder se distingue du Hardrockus neandertalis par son songwriting. C'est tout simple : peu de groupes sont capables de singer potablement les décollages de leurs inspirateurs ; encore moins parviennent à s'en détacher tout en volant aussi haut. Chez Glyder, même si cette maturation aujourd'hui presque achevée a laissé un brin d'énergie brute au placard, il en ressort une évidence : ces gars-la ont tout simplement du talent" (fin de cette scandaleuse auto-citation. Que fait la gendarmerie ?)
Pas de bol donc, cet EP est donc constitué de chutes des deux premiers skeuds et d'une reprise, qui ouvre le disque. Et, pour ne pas citer DJ Duclock (que mille vinyles en import japonais se déposent dans son mange-disque), on se dit dès lors, quand on ne connaît pas les premières oeuvres du groupe : putanax, si ça, ce sont des chutes de studio, le reste doit tronçonné la baraque en rondins. Je confirme. D'ailleurs, quand on connaît déjà Glyder, on ajoute : oh ! oui, encore, vivement le troisième longue-durée.
Bref. Brewin up a Storm, une reprise de The Stunning (ne dites pas que vous connaissiez, c'est faux), ouvre cet EP sur un rock plus mainstream (enfin, on se comprend, ce n'est pas encore "Utube", si je puis dire…) qu'à l'habitude, porté par cette voix chaude et rock comme une mousse à l'Elysée-Montmartre quand la tireuse à bière défaille, soufflant un refrain indécrottable sur des sonorités qui pourraient rappeler… New Model Army. L'un des charmes de Glyder est que sa musique conserve toujours une fraîcheur transpirant cet amour immodéré pour la musique qui a sans doute nourri les membre du combo et qui, avec un peu de bol de riz, leur permettra de se sustenter.
Love Never Dies revient à une veine plus classique pour Glyder, voix naturellement mélodieuse et claviers typés très 70's. C'est d'ailleurs peut-être leur alliance qui constitue la marque de fabrique du morceau. Car même sans devenir envahissant, le clavier (il va sans dire qu'on est plus dans l'ambiance Jon Lord et Deep Purple que, mettons, Frankie Goes To Hollywood…) nappe toute la chanson. Glyder n'a en outre pas renoncé à orner chacun de ses titres d'un passage instrumental qui donne de l'air.
Arrive alors le gros morceau et morceau titre, Weather the Storm. Il démarre tout en douceur, très rêveur, avant une longue partie instrumentale qui, of course, finit par accélérer. Limite hard, certes, mais aucunement métal. Et très réussi. Suit un Fill Your Head With Rock qui, pour le coup, revient, ou retombe, dans le Thin Lizzy-anisme patenté. Energique, doté d'une petite cavalcade finale mais le refrain manque de carburation.
L'EP s'achève sur Lay Down, un titre à la paternité inattendue, joyeusement rock'n'roll, jusque dans le solo. De l'inédit chez les Glyder, qui prouvent, au choix, qu'ils savent aussi s'amuser et/ou qu'ils ont encore des cartouches à brûler.
Autant dire - ou plutôt radoter - que j'attends le troisième album avec impatience. Parce que désormais, les Irlandais ont bel et bien quitté avec brio le statut de "jeune combo prometteur" pour celui de "groupe affirmé à suivre de près".
3,5 poin/5… au minimum