Blackstone est un bonheur chaud, énergique, captivant, émouvant. Mais sans le single évident qui en ferait le Queens Of The Stone Age français. The High Country, son deuxième album, prouve d’ailleurs que la boîte stoner, comme pour QOTSA, est bien trop petite pour le groupe.
Ses racines plongent dans l’humus des années 1970. L’écorce Led Zeppelin et blues enveloppe un tronc en Black Sabbath. La variété des inspirations fait pousser des branches maghrébines et Pink-Floydiennes, tandis qu’un vent country et rock sudiste agite les feuilles.
The High Country révèle un cœur énorme. Pas étonnant quand on sait quelle sève le fait battre. Le batteur Marc Varez (ex-Vulcain) dégage de ses fûts un feeling à éclairer une nuit sans Lune. Il s’est entouré de l’Américain Ian Kent, à la voix enveloppante et rappeuse juste ce qu’il faut, de Sami (basse), d’Olivier Jargeais (guitare) et de Smail “Zogo“ Guerioum (percussions et chant oriental).
Il n’est pourtant pas question ici de hard-rock. Piano, banjo, guitare slide, mandoline, dobro et bodhran (Alan Dune) hantent les morceaux. Loin de la simple juxtaposition, toutes ces couleurs peignent un paysage chatoyant mais complètement homogène. La dominante reste l’amitié et le plaisir de jouer, quasiment palpables. La liste des invités tient du all-star band du hard français : Vincent Puzzio (Vulcain) à la basse, Patrick Rondat (Jean-Michel Jarre, Elegy), Jean-Marc Tristani (Massacra) et Tchak (Blackstone 1.0) côté guitares, Deborah Lee pour le chant…
Le travail sur les grattes pose des ambiance de soleil en rase-motte sur la sierra, où les solos jouent le cavalier sortant de l’obscurité. On entendrait presque la queue d’un serpent à sonnettes. On pense parfois au Little Bob de Lost Territories. Et comme Little Bob, Blackstone n’arrachera aucun hit. Mais ses musiciens ont touché à l’essentiel, en nous emmenant ailleurs, galopant vers l’aventure. Avec, en chasseur de prime, des textes qui enfoncent la plupart de la concurrence dans leurs sables mouvants de médiocrité.
Le morceau Out Of Nowhere, qui achève le disque et l’auditeur, constitue l’illustration parfaite de ce rock en liberté. On ne voit pas passer ses 6’44“mn tellement elles s’avèrent envoûtantes : une porte claque ; sur une touche d’orgue monte un chant masculin arabisant, qui précède la voix blues. La guitare acoustique nous ramène en Espagne, en compagnie de la première voix. Et, toujours sur un nuage d’orgue, la batterie s’incruste, subtile mais lourde. Surviennent alors les fantômes de Roger Waters et David Gilmour, dans les intonations de la guitare électrique et bientôt de la voix de Ian Kent. Patrick Rondat, dont les solos font beaucoup sans jamais en faire trop, se trouve secondé d’un coup par des accords heavy. Le chant devient plus agressif. Break. Distorsions lancinantes, psychédéliques. Cloche. Fade-out sur battement d’horloge. The end.
Blackstone est un ami soudain intime qui vient frapper à votre porte sans prévenir pour vous emmener en voyage. The High Country est un disque qui rend heureux. Une œuvre généreuse et, tout simplement, très belle. Un coup de cœur.
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chronique de l'album Colors of the Stone
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