Les déclarations de
Danko Jones avant la sortie du nouvel album de son groupe,
Never Too Loud, me remplissaient d'espoir. Il annonçait avoir beaucoup travaillé son chant et moins crier, désormais conscient que ses idoles (au premier rang desquelles
Paul Stanley de
Kiss,
Phil Lynott de
Thin Lizzy et
Bon Scott d'
AC/DC), sans être forcément de grands techniciens de la vocalise, ne se servaient pas de leur organe uniquement pour débiter des paroles.
Or, si j'avais beaucoup aimé Sleep is the Enemy, son précédent disque, dont quelques titres sont de petits cartons de hard rock à transformer un cul de jatte en marsupilami, j'avais en particulier craqué sur When Will I See You Again, qui oeuvrait plus dans la finesse et recelait un véritable pschitt émotif. Bref, Never Too Loud s'annonçait comme l'album qui allait tout casser.
Hélas, Danko Jones a oublié un paramètre en route : avant de bien chanter, il faut bien composer. Là où Sleep is the Enemy regorgeait de riffs tranchants et de refrains addictifs, Never Too Loud en semble une version démo, simplifiée, au son allégée mais à la démarche lourde.
Danko Jones chante peut-être mieux, mais des refrains qui sentent le déjà entendu. Il joue très bien de la guitare mais tourne un peu en rond. Au lieu de livrer des titres directs, il les étire en longueur. Surtout, quand la précédent album ressemblait à une pochette surprise, le nouveau a des airs de cadeau commandé à l'avance et moins beau dans les enceintes que sur le catalogue. Autre changement : le son, autrefois foncièrement hard-rock, s'enlise du genou dans la pop. Le
When Will I See You Again déjà cité était du hard avec une finesse pop. Certains titre de
Never Too Loud sont de la pop sans finasserie.
Attention, Never Too Loud, quoique décevant, est loin d'être une daube. Sautillant, saccadé, parfois catchy, il recèle tout de même une poignée de titres efficaces. L'hommage à la scène (mais aussi déclaration d'ambition) Code of the Road, qui ouvre le disque, a tout du single, avec un refrain immédiat, quoique pas assez carnassier pour convaincre totalement. On retiendra aussi un Forest for the Trees lourd et stoner en diable, qui accueille, comme par hasard, John Garcia (ex-Kyuss, ex-Unida, Hermano) pour un bout de chant.
La récente prestation du groupe, le 25 avril 2008 à la Maroquinerie, prouve d'ailleurs que ces compositions sont destinées à la scène plus qu'au studio. Car ce concert fut explosif, reposant aux deux tiers sur les coups de feu issus des deux derniers albums. Danko Jones a un charisme d'enfer, tire la langue comme Gene Simmons, possède une tchatche débordante. Le bassiste John Calabrese, tandis que le patron harangue la salle, se charge du porte-à-porte auprès des premiers rangs, avec une énergie jamais démentie. Le batteur Dan Cornelius n'est pas en reste, jouant sans fioritures mais pas à l'économie, si bien que le trio fait du bruit pour cinq, soutenu par un public déchaîné dès les premiers instants, reprenant en choeur la plupart des refrains.
Mettons que
Danko Jones, dont la passion pour le rock ne peut être mise en doute (voir le site de son
émission de radio ) s'est un peu perdu en se cherchant. Reste à espérer que le prochain essai conjugue les qualité de
Sleep is the Enemy et les promesses de
Never Too Loud. En attendant, le groupe continue de tourner intensivement avec ce qui est sans aucun doute son meilleur argument : l'incendie de planches.
3 poins/5
Deux chroniques du concert à La Maroquinerie : l'une très positive et l'autre mitigée.
Site officiel Danko Jones MySpace Danko Jones
Vidéo de Code of the Road
Montage d'extraits d'un concert à Stockholm (avril 2008, durée : 10 mn)
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