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MANOWAR - Fighting the World - 1987

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MANOWAR Fighting the World 1987Lourde tâche que de chroniquer le meilleur album du meilleur groupe de tout les temps du monde, tous genres musicaux confondus. D’autant que tous les albums de Manowar sont leur meilleur album. Ce qui, on en conviendra, laisse peu de place à la médiocrité. Mais tous les autres groupes n’étant, en comparaison, que médiocrité ou, au mieux, "false metal", il faudrait que Manowar sorte en moyenne autant d’albums que tous les autres groupes (médiocres, rappelons-le) de tous les temps du monde réunis en même temps pour compenser. Non pas qu’ils en seraient incapables (Manowar, pas les groupes médiocres) mais le guerrier a droit aussi au repos, ainsi que le porte-monnaie du fan qui, à raison d’un sextuple DVD tous les mois, pousse ledit fan a se lever de plus en plus tôt pour travailler de plus en plus tard pour s’acheter l’intégrale du groupe.

Bref, le meilleur magazweb de tous les temps du monde ne pouvait plus longtemps souffrir l’absence en ses pages du meilleur groupe de tous les… vous connaissez la suite.

Un petit peu d’histoire. Manowar fut formé en 1980 par le bassiste Joey DeMaio, technicien basse de Black Sabbath, et le guitariste Ross The Boss, membre de Shakin' Street. Le premier album, Battle Hymns, sort en 1982 avec déjà un notable fait d’armes : Orson Welles assure la narration sur le titre Dark Avenger.

Dès lors, Manowar devient le groupe "le plus" dans tous les domaines. « J’ai foi en les fans. J’ai foi en le métal plus que quiconque que tu as jamais rencontré. Autre chose : je suis prêt à mourir pour le métal. Et toi ? ». Ainsi répond Joey DeMaio, par ailleurs admirateur de Wagner, à un journaliste du magazine allemand Rock Hard qui, en 2006, lui demande, grosso modo, si Manowar n’en fait pas un chouia trop. Manowar - band - heavy-metalCar Manowar est en guerre permanente. Manowar, caricature de caricature, à force de concentrer les stéréotypes, est pratiquement parvenu à les dépasser en une fantasmagorie métallique incarnée dans une imagerie guerrière sublimée à travers les fans, "brothers and sisters of métal". Manowar est le Quichotte du métal. Et nombreux sont les moulins à abattre.

En premier lieu, donc, tous les autres groupes qui ne jouent pas du true-metal. C’est-à-dire tous les autres groupes (« Other bands play, Manowar kills »). Chacun des disques de Manowar est à la fois une déclaration de guerre et d’indépendance. Manowar pourrait être ridicule –non, Manowar est ridicule- mais une telle persistance, une telle conviction à tracer sa route sans en dévier ne peut que laisser admiratif.

Ils sont tarés, certes, mais incontestablement courageux : Manowar est multi-recordman du monde du concert le plus bruyant (près de 130 décibels) ; Manowar se promène sur scène en Harley Davidson ; le chanteur de Manowar interprète le Nessum Dorma (extrait de Turandot, de Puccini) en live à Milan pour remercier les fans italiens… sans sonner ridicule (mais sans faire la moindre ombre à Pavarotti) ; Manowar se fait photographier en peaux de bêtes ; Manowar offre à ses fans le "warrior shield", laManowar warrior shield véritable capote signée Manowar. Outre sa constance dans l’emphase, ce qui caractérise –et sauve- le groupe est la qualité de sa discographie. Du lourd, du pompier mais des types qui savent jouer et ont délivré une pelleté de morceaux parmi les meilleurs du heavy.

L’album Fighting the World, leur cinquième, est, de ce point de vue, quasiment parfait. Les thématiques sont d’une simplicité biblique : des batailles, du sang, d’immortels combattants, des muscles, du feu, de l’acier, des conquêtes. Tout cela étant bien entendu symbolique de la vie du true-metal warrior, qui doit guerroyer en permanence dans un monde faux qui le rejette.

Premier morceau, Fighting the World installe une rythmique ultra lourde, marque de fabrique de Scott Columbus, alias "The hammer of Gods", appuyée de “Yeaaaah” guerriers. « I am fighting for metal coz it’s here to stay », chante Eric Adams, capable aussi bien de partir dans les suraigus que de chanter de façon offensive en demeurant en permanence clair et fluide. Ross The Boss taillade des riffs acérés et DeMaio impose sa basse massive. Dans la foulée, Blow your Speakers agresse MTV et les radios qui ne programment pas de métal, avec tricotage de guitare typiquement heavy et la première offensive d’Adams (au départ fan de Ian Gillan, le vocaliste de Deep Purple) dans le pétage de cordes vocales. La rythmique est peu rapide mais évoque la douceur d’un lâcher de coffre-fort du haut d’un immeuble.

Carry On bénéficie d’une intro à la guitare acoustique. Le cœur brûlant du guerrier vous parle. Face à l’adversité, le metal warrior trouve le courage au plus profond de lui-même. Batterie comme une enclume, chœurs façon Conan le Barbare… et démarrage speed pour développer encore la même thématique : se battre jusqu’au bout. Là encore, le sens de la mise en place est frappant. Les compos ne laissent jamais l’ennui s’installer, ne traînent pas en longueur, et proposent toutes quelques petits effets ou plans décalés qui relancent sans cesse l’intérêt.

Violence and Bloodsheed débute dans une ambiance de bombardement, sirènes et explosions. Voici un morceau rentre-dedans, appuyé par une basse à enterrer Steve Harris vivant. Primaire mais imparable. Defender démarre par une narration d’Orson Welles. Papa transmet une mission au fiston : défendre l’opprimé. Un morceau too much qui doit encore beaucoup à la performance d’Eric Adams. Manowar y use avec parcimonie (ce qui ne sera pas toujours le cas sur les albums suivants) des claviers pour renforcer l’effet dramatique.

Drums of doom : une courte cavalcade dans le vent et l’orage, une rythmique martiale. La cinématographie Manowar se poursuit pour introduire Holy War. La basse de DeMaio évoque presque les pales d’un hélicoptère. Un couplet pesant, un refrain speed à double détente : aussi simple, efficace et inoubliable qu’un coup de matraque dans la gueule.

L’interlude distordu Master of Revenge introduit le morceau final et de bravoure : Black Wind, Fire and Steel. A la fois speed et catchy, rouleau-compressé à enfoncer une Samsonite dans le béton, avec en point d’orgue une démonstration vocale d’Adams, qui tient la note vingt secondes chrono (il va jusqu’au double en concert). Le tout se terminant dans une grande explosion. Booooooooooooooommmmm ! Ces neuf titres (oui, enfin, sept en réalité) semblent passer à toute vitesse, chacun étant incrusté de petits effets, de discrets claviers, de montées vocales, de chauds et froids rythmiques, de solos coups de fouet… On peut se foutre tant que l’on veut de l’image que projette Manowar mais il est difficile, à l’écoute de cet album, de les prendre pour des branquignoles.

4 poin/5

MySpace Manowar
Vidéos : Fighting the World - Carry On - Black Wind, Fire ans Steel - Blow Your Speakers
MP3 : Black Wind, Fire and Steel

Autres chroniques sur Spirit of metal et sur The Metal Observer (en anglais). Discographie commentée chez Metalpapy.

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 16:53 )  

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