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Home Dressez vos esgourdes Metal & Hard Rock HARVEY MILK - Special Wishes - 2006

HARVEY MILK - Special Wishes - 2006

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HMspwishVoilà bien un album qui pose dans toute sa brutalité la question de l'ambiguïté d'une chronique. En effet, quel est mon objectif? Faire acheter ce disque parce qu'on peut y entendre une trentaine de minutes qui figurent pour moi parmi ce que qu'il y a eu de plus fort, puissant, remuant depuis le début de l'année ? Mais alors il va me falloir dissimuler par cette fameuse technique rhétorique du mensonge obreptice, qu'on y trouve aussi une quinzaine de minutes que je considère comme tout à fait dispensables, ratées, inintéressantes. Et ce ne serait pas honnête. Mais si je m'acquitte (on n'est jamais si bien servi que par soi même question justice) honnêtement de ma tache, alors le lecteur pensera qu'il a plus prioritaire comme emplette musicale (car je fais partie des quelques uns qui ont la faiblesse coupable de croire qu'il y a quelques lecteurs et pas seulement des clics spasmodiques d'auteurs de chroniques qui vont vérifier comme des TOCqués s'il n y aurait un nouveau commentaire à leur œuvre impérissable). Et ce serait donc dommage, car vraiment, il est dommage de quitter cette année 2006 sans avoir goûté à cette fameuse "trentaine de minutes".

Tant pis, jetons nous à l'eau (au lait ?). Tout d'abord, pour fixer les esprits et afin que le curieux sache tout de suite s'il doit poursuivre sa lecture, avertir qu'Harvey Milk (du nom d'un politicien californien qui s'est battu pour les droits civiques des gays) fait une musique presque entièrement placée sous le signe des Melvins. Il s'en éloigne toutefois par l'absence quasi-complète de sonorités hard rock (pratiquement pas de riffs à proprement parler chez HM). La facette des Melvins qu'ils cultivent est la lourde, lente, incantatoire, emphatique même, la plus Beefheart et la moins Sabbath (tout le monde suit ? Les traînards, vous recollez au peloton merci).

C'est pourquoi on pense parfois à Oxbow qui emprunta des Melvins ce même chemin. Préciser aussi qu'HM n'est pas un nouveau groupe surgi de nulle part (en fait de Géorgie aux USA mais c'était une façon de parler) puisqu'il a débuté au début des années 90, publiant 3 albums entre 96 et 98, et, pour une raison qui m'échappe tout à fait, à côté desquels j'étais absolument passé à l'époque alors que je faisais la chasse ouverte, toutes saisons confondues, à tout gibier issu du croisement des Melvins avec quoi que ce soit, même du country folk s'il le fallait, c'est dire jusqu'où allait ma passion. Comme leur second album (le fabuleux Courtesy and Good Will Toward Man dont il faudra que je parle ici très vite) est réédité en même temps que leur nouvel opus, j'ai rattrapé une partie de mon retard mais tout de même, ce n'est pas glorieux. On les retrouve donc près de 10 ans après leur dernier signe discographique de vie, dans un disque qui, voir le début de la chronique, alterne le meilleur et le vraiment pas meilleur.

Dans la première catégorie, heureusement majoritaire, il y a tout ce qui se place dans les pas des Melvins car HM parvient à ce paradoxe de réussir, mieux que ne sHMphotoauraient peut-être le faire aujourd'hui Buzz et Dale Crover (jugement prochain avec la parution de leur nouvel opus), à reproduire la puissance émotive quasiment physique (c'est une musique qui secoue la tripaille, la triture, la péristaltise, l'invagine) de cette musique, celle qu'elle avait il y a une dizaine d'années mais qui s'est diluée dans les projets un peu trop anecdotiques de notre duo préféré.

Dès "I've Got A Love", et sa basse d'outre tombe (jamais entendu une basse aussi énorme) sur laquelle une voix de damnée prend appui pour vous fendre la membrane tympanique, on est propulsé dans la transe, la noirceur, la folie transgressive, le tribalisme macabre.

"War" est encore plus monstrueux. Là c'est vraiment la descente de militaires ivres de sang et de sexe que semble décrire cette musique. Beaucoup essayent de créer l'angoisse et je suis très amateur, mais j'ai peu entendu qu'on y parvienne aussi bien. A noter l'utilisation très Frippienne de la guitare sur le solo central qui semble sortir du génial "Baby's On Fire" d'Eno.

Et le cauchemar jamais ne paraît devoir cesser dans cette géhenne sonore, avec un "Crush Them All" d'airain, même si la voix devient, pour la première fois, proche d'un chant plus traditionnel (m'enfin c'est tout relatif, disons entre Buzz, Nick Cave et Peter Steele de Type O' Negative). Ce qui est impressionnant, c'est la capacité (très Melvinienne aussi) d'incorporer toute une série de traits seventies, en les maîtrisant sans peine, tel ce solo central qui paraît sortir de la grande époque des solistes hargneux qui faisaient vibrer les foules quand aujourd'hui on semble surtout vouloir les épater (ça fait une sacrée différence).

Là où les chose se gâtent c'est avec "Once In A While". Il faut se pincer pour ne pas imaginer qu'un malotru a changé le disque en son absence (d'autant plus incompréhensible si l'on ne s'est pas absenté). En effet, c'est une espèce de ballade Dylanienne (la mélodie est quand même totalement plagiée à "Blowin' in the Wind") braillée avec peu de discernement, et dont la présence surprend.

Un instrumental (c'est son titre d'ailleurs) vient rassurer un peu, en dérapant sur des terres quasi-Unsane matinées de Shorty (grand groupe oublié qui a fourni quelques musiciens à US Maple) mais à la lourdeur insensée. L'imprévisibilité absolue de la seconde qui suit (silence inclus, qui donne faussement le sentiment que le morceau est fini) est vraiment un bonheur rare dans le rock et se goûte avec délice. Tout ça est violent, dissonant bref le régal.

HMcrestonL'inquiétude reprend quand sur "The End" resurgit l'ambition mélodique du groupe sauf que là, le miracle se produit, et HM réussit le mariage le plus improbable qui soit : celui de la finesse ultime des Beach Boys et du pachydermisme tout aussi ultime des Melvins. Tout y est, on croirait entendre les accents de Brian Wilson dans certains inflexions de voix qui colorent le couplet. Etrange groupe vraiment.

"Love Swing" éclabousse de nouveau tout de son aura Melvinienne (encore encore supplie l'amateur accro) et donne envie de se prosterner devant un grand feu libérateur et d'invoquer je ne sais quelle divinité salvatrice.

Malheureusement, sur "Old Glory" (baptisé "Silly and Small" sur leur myspace) HM repart sur un style folk US, et même si leur référence est ici Handsome Family, l'un des rares combo à mes yeux sauvables de ce genre qu'on nomme americana (rien à voir avec la créature qui illumine ce site bien sûr), je reste imperméable au mélange, irrémédiablement allergique à ce style (notamment de voix). Le final est lourdingue et sonne comme du Lynyrd Skynyrd ou du Bachman Turner Overdrive, ce qui n'est pas vraiment la compagnie idéale à mes oreilles.

Plus grave encore le long epic final, plus de 8 minutes qui se traînent dans un pathos plombé, où les velléités mélodiques percutent le mur de la banalité, ce qui fait toujours mal au crâne.

S'il est courageux et digne de respect de décloisonner les genres et, comme ici, de ne pas hésiter à parcourir l'étendue complète de la palette musicale de son pays (du country folk au sludge il y a en effet de quoi avoir le tournis), le risque est de ne pas être également doué pour chaque couleur. C'est le cas ici, HM (en fait Creston Spiers, compositeur et principal instrumentiste) gâchant ce qui aurait pu être le meilleur album de l'année.

4 poin / 5

On peut écouter le fabuleux "War" sur leur myspace (ici) avec l'americanaesque "Old Glory / Silly and Small" aisnis que deux morceaux plus anciens dont l'un ("The Anvil Will Fall") est assez déconcertant. Et puis en extrait ici, le stupéfiant "The End".

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 16:57 )  

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