Si comme moi, vous ne vous êtes jamais tout à fait consolé de la disparition de Kyuss, si vous avez été plutôt estomaqué par QOTSA mais que vous commencez à trouver que le charme de son groupe précédent manque un peu et que la hype autour de Josh Homme est fort exagérée, si vous considérez que John Garcia est le meilleur chanteur que le rock a recueilli dans sa grosse paluche aux ongles noircis depuis Paul Rodgers (il a dans la gorge tout ce qui manque par exemple à Chris Cornell ou a Eddie Vedder) mais que sa carrière post-Kyuss (Slo Burn, Unida et même le premier Hermano) était plutôt décevante, et bien je crois que vous pouvez sécher vos larmes à la chaleur du désert car le nouveau Hermano est "oserais-je le dire", une sacrée bonne nouvelle.
Assemblé de bric et de broc par l'ex-Afghan Whigs Dandy Brown dans le but de servir d'écrin sonore à l'organe vocal de Garcia, le quatuor retrouve la magie Kyussienne dès les formidables somations que constituent "Cowboy Sucks" qui, pour ne rien gâcher, est doté d'un texte très émouvant "Now that the days are growing shorter/Time means more and more to me/Yes, I'm a father to my favorite one/You know, and it's much too much to believe" que je profite de cette chronique pour dédier à mon fils. Pris sur un tempo digne de Point Limite Zero, en 3.30 chrono vous avez déjà l'un des meilleurs morceaux de 2005. On a du mal à croire que les 4 musiciens n'ont pas joué ensemble mais travaillé sur les bandes à des milliers de kilomètres les uns des autres tant tout suinte la sueur commune.
Coup de bol, ce n'est pas un one hit shot. Si tout est Kyussien en diable (on n'oubliera toutefois pas ce que Skinyard puis Gruntruck ont apporté au genre), on sent que la voie tracée sur les pistes sableuses par QOTSA les attire tout de même (en particulier sur "Is This OK?" qui aurait pu figurer sur Rated R). Ca ne va tout de même jamais, comme QOTSA, jusqu'à aboutir au format "chanson". En fait, on s'aperçoit à quel point cette musique est avant du heavy blues, la succession naturelle aussi bien de Led Zeppelin (le riff de "Roll Over") que de Rory Gallagher mais que les américains se sont réappropriées. "Brother Bjork" (c'est bien sûr Brant Bjork don’t il s'agit, l'ex-batteur de Kyuss) alterne les calmes et les violences qui se succèdent comme des marées. "Murder One" voit surgir une guitare sèche (ben dans le désert) qui se prend un riff à la "Bron Y'Aur Stomp", claquements de mains compris, à faire frémir d'émotion ma vieille moelle racornie. Et pas un lecteur de Crossroads ne pourrait résister au solo de guitare qui s'élève comme les volutes de fumée d'un feu indien. Le texte de "My Boy" qui décrit comment un père apprend à son gamin à bien tirer pour bien tuer (d'où la pochette) est absolument terrifiant mais probablement pas éloigné de la réalité.
Le morceau le plus violent reste tout de même "Let's Get It On" où Garcia promet à je ne sais qui d'en faire de la chair à pâtée ("I'll make a motherfucking mess our of you") talonné de peu par "Angry American" qui pourrait en remontrer au Metallica de And Justice For All et qui charrie un texte hyper-violent qui, avec le dernier Today Is The Day, va finir par convaincre le monde qu'il est temps d'assimiler le WASP Bushiste à un Waffen SS moderne. On frémit, et puis, comme on est un brin givré, on remet le disque au début. Oui, c'est ça. On est un brin givré. Et pour dégivre, rien ne vaut le désert.
4 poin et un demi / 5
Chronique parue dans Crossroads début 2005
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