Living Colour Story
Partie I : Amour, Gloire & Beauté
Quand l'histoire débute cela fait plusieurs années que Vernon Reid, le guitariste fondateur de Living Colour, officie dans des groupes d'avant-garde jazz (voir les extraits hilarants du DVD "Time Tunnel"). L'ennui aidant ? la maladie mentale approchant ? il décide au milieu des années 80 de se lancer dans un mélange improbable de rock, hard-rock, hard-core, funk, jazz...

Pour former son gang Reid va pêcher William Calhoun le batteur chez un autre groupe de pseudo jazz/fusion qu'il croisait par ci par là ; il empêche in extremis Muzz Skillings le bassiste de s'engager chez les pompiers (!), et cherche coûte que coûte un chanteur. Au fil des auditions il découvre Corey Glover dont le job à l'époque est cobaye pour des représentants de colorants pour cheveux...
Rapidement le groupe trouve son antre : le cbgb (ne pas confondre avec le cgbg, ni le bcbg). Leurs shows font des ravages et ils attirent rapidement l'attention sur eux, parmi les auditeurs Mick Jagger, qui va produire le premier album. William Calhoun, le batteur surpuissant, est secondé fièrement par Skillings ; de fait la section rythmique de Living Colour est une arme fatale : dès Vivid, le surnom "led zeppelin noirs" apparait de ci de là (ah j'oubliais tous les living colour sont noirs). Il n'y a pas de hasard, eux mêmes citent constamment le dirigeable parmi leurs références (ils joueront régulièrement l'intro de The Ocean en concert). Les Bad Brains inspireront aussi Vernon Reid, surtout probablement à ce moment de la croisée des chemins quand il décidera de lancer l'aventure Living Colour (là aussi cela se transcrit fréquemment sur scène par une reprise de Sailin' On). Enfin on peut ajouter Jimi Hendrix (que Vernon Reid ne cesse de citer). Si Living Colour possèdent des références musicales elles sont aussi et beaucoup politiques. Vernon Reid est très engagé dans la défense des noirs américains à travers l'association Black Rock Coalition et le sens des chansons est souvent à lire à travers ce prisme.

1988 Vivid
1. Cult of Personality
2. I Want to Know
3. Middle Man
4. Desperate people
5. Open Letter (to a Landlord)
6. Funny vibe
7. Memories Can't Wait
8. Broken Hearts
9. Glamour Boys
10. What's Your Favorite Color? (theme song)
11. Which way to America?
Vivid ("vif") est un condensé de hard-rock parfumé par de multiples fragances (funk, jazz, soul). Pour autant le disque reste très compact et n'apparait pas comme un puzzle dont les fragments s'accordent mal. Etre un groupe de hard rock noir (et rapidement métal dès l'album suivant) est un fait assez rare pour être souligné. Autre élément particulier c'est Mick Jagger qui produit en partie l'album, il intervient même sur quelques titres : il chante sur Glamour Boys et joue de l'harmonica sur Broken hearts.
L'album débute en trombe par un brûlot que le groupe aura même du mal à faire oublier tellement il marquera les esprits : Cult Of Personnality. Le titre, basé sur un riff très syncopé (à la ac/dc sous tequila) est amorcé par un extrait de discours de Kennedy. Nous sommes à l'époque de la chute du mur de Berlin, de la fin de l'apartheid, les titres de Living Colour ont des textes engagés : sur le monde, sur l'american way of life (Which way to america, Middle man), Chuck D. et Flavor Flav des Public Enemy viennent d'ailleurs ajouter leurs commentaires sur Funny Vibe. Middle Man et I Want To Know sont de bons riffs enlevés aux grooves spectaculaires : on ne sait si on se trouve face à un funk survitaminé distortionné, ou face à un titre de hard rock qui aurait -enfin- (re)trouvé le moyen de faire taper du pied à son auditeur. La 4ème piste, Desperate people, démarre par un magma de sons où la guitare et la batterie sont enchevétrées pour finalement faire place nette à un nouveau riff syncopé (toujours ac/dc sous tequila). L'effet est réussi, mais la chanson n'a pas la même aura que le culte de la personnalité. Ensuite vient Open Letter (To a landlord), encore un titre engagé. La musique est ici un peu moins spontanée et donc, plus construite : on alterne une ambiance acoustique avec un riff plus métal. Open Letter sera une des pistes retenues pour le prochain album du groupe. Funny Vibe... funny vibe... on imagine très facilement un gros délire en répétition où tout le monde décide de balancer en coeur la purée. Et la purée au beurre de funk avec des morceaux de distortion, c'est bon. Memories Can't Wait : étonnante reprise des Talking Heads, un démarrage en trombe, une basse qui caracole, des stop/start qui laissent crier la guitare, une réussite qui en concert grimpera encore d'un niveau. les deux titres qui suivent permettent à l'auditeur de respirer un peu. On va lâcher un temps la guitare électrique et faire du funk/soul/pop, mais en cela toujours secondé par une rythmique très présente qui recentre toujours l'album sur un socle rock, hard rock. L'album se termine par What's your favorite color guitare funk endiablée (où le poignet de Reid fait des merveilles), pont hard/métal, retour au funk, cris, joies, amour, beauté, "What's your favorite color ! Living Colour !".Enfin, le dernier titre est un morceau de bravoure. Encore, toujours, la rythmique qui martèle le tempo (avec un slap à la basse) et la guitare qui déboule. La formule est désormais connue mais demeure jusqu'au bout efficace. Un seul défaut : les tenues vestimentaires des musiciens ont beaucoup veilli, idem pour la coupe de cheveux de Corey Glover.
Pour promouvoir cet album, Mick Jagger -qui a de la suite dans les idées- prend le groupe en première partie de la tournée des Rolling Stones, ce qui permettra au groupe, en plus du succès critique de l'album, d'avoir un succès international rapide.

1990 - Time's Up
1. Time's Up
2. History Lesson
3. Pride
4. Love Rears Its Ugly Head
5. New Jack Theme
6. Someone Like You
7. Elvis Is Dead
8. Type
9. Information Overload
10. Under Cover of Darkness
11. Ology
12. Fight the Fight
13. Tag Team Partners
14. Solace of You
15. This is the Life
Surfant sur le succès international de Vivid, maîtrisant totalement son art (Calhoun, Skillings et Reid sont des techniciens hors pairs), les Living Colour vont livrer ici leur pleine mesure. Si les titres de Vivid étaient toujours initiés par Vernon Reid, dans Time's Up tout le monde s'épanouit et apporte de l'eau au moulin. Du coup, l'album propose de nombreuses choses très différentes, moins compact que Vivid, Time's Up se révèle plus riche. Le hard rock a laissé place à des riffs plus métals, le funk est toujours présent, le jazz plus marqué, l'industriel et le biguine (!) font leurs apparitions.
Cet album sera lui aussi consacré par la critique et le public. Histoire de rendre le groupe encore plus célèbre (encore une idée du management ? ou un réel positionnement politique de Reid et son Black Rock Coalition ?), une altercation les opposera à Guns n Roses concernant le titre de ces derniers "One in a million" où il est question de "neggars". Naturellement pour les deux groupes c'est une publicité no négligeable.
La galette débute avec Time's Up, un alternatif/indus rentre dedans qui va laisser augurer du prochain album (chaque galette contenant naturellement le germe du suivant). History Lesson est un petit intermède de 50 secondes probablement autorisé car le groupe a désormais de l'argent et donc du temps pour le studio, ce titre demeure dispensable. Pride, une création du batteur, synthétise la force de Living Colour : puissance, lourdeur, mais toujours malgré cela un groove impitoyable. Et les solos de Reid, ils sont extraordinaires. Une petite parenthèse sur Vernon Reid : il est à mes yeux/oreilles le guitaristes le plus intéressant des années 80, et de la moitié des années 90. Après son premier album solo (Mistaken Identity) il perd cependant en inventivité et depuis j'ai beau le surveiller de près je ne retrouve pas la flamme de ces années. Les solos de Reid ne ressemblent à aucun autre solo. Sa façon de balançer ces purées de notes est unique, et ses grappes de sons ne cherchent pas la mélodie mais bien une ambiance, une fresque sonore. Skillings, le bassiste explique avec humour dans la vidéo "Time Tunnel" que contrairement aux autres guitaristes qui se lancent dans un solo dans la tonalité du morceau, font un passage out, et reviennent dans le ton, Vernon Reid part out, transite dans la tonalité du morceau et repart ailleurs... Love Rears It's Ugly Head, gros tube de l'album est un alliage subtil de funk/rock/jazz très hendrixien. New jack Theme, Someone Like you, Elvis is Dead sont de vrais funk/rock puissants et rayonnants. A noter la présence de Macéo Parker sur Elvis is Dead (dont le riff "cassé" et bancal est remarquable), et toujours, sur le même titre, les choeurs de Mick Jagger... Type est manifestement fait pour faire un tube (c'est un gros rock aux accents funk, original non ?) mais il s'use avec les années. Information Overload, une première incursion dans un métal violent, le son de la guitare de Reid est gras à souhait, une locomotive passe sur l'auditeur. Une réussite. Under Cover Of Darkness, une de mes favorites, est un titre funk/soul mais qui bascule dans le jazz. Genre aussitôt moqué par Reid dont le solo jazz démarre de façon ultra classique pour chavirer dans un méli-mélo de sons digitaux. Ology à l'instar de History Lesson est un amuse gueule pour le bassiste. Fight The Fight (une autre de mes favorites), est une belle alternance de riffs lents et de ponts enlevés. Tag Team Partners est encore un interlude dispensable. Solace of you une balade biguine ! et le final, mais très réussi This is the life, une sombre chanson aux guitares heavy lancinantes. les textes demeurent engagés et généralement sont très bons (elvis is dead, this is the life), même si des fois un peu naifs (someone like you). Living Colour est alors a son zénith.
un extrait :
Pride 5 poin / 5