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Home Dressez vos esgourdes Concerts ZUCCHERO + Eric McFadden (Paris, Zénith, 12 mai 2011)

ZUCCHERO + Eric McFadden (Paris, Zénith, 12 mai 2011)

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Bien placé, juste face à la scène, dans les premiers gradins, je me pose une question avant le début du concert. Où est-ce qu’Eric McFadden, qui assure la première partie de Zucchero dans ce Zénith de Paris copieusement garni, ce 12 mai 2011, va-t-il pouvoir jouer ? Parce que le front le scène est dissimulé par un décor (destiné à Zucchero) représentant un dessus de valise constellé d’autocollants d’hôtels. Quand McFadden arrive accompagné d’un batteur et d’un contrebassiste, la réponse tombe, ubuesque : ils disposent chacun d’un recul d’environ 80 cm, avec McFadden au milieu et ses acolytes chacun de l’autre côté de deux petits escaliers.

Les premières secondes soulignent aussi que le son, malgré son ampleur, manque de définition (rien à voir –à entendre?– avec celui, énorme, dont bénéficiera Zucchero) : la batterie de Fabrice Trovato est bien trop en avant et cache un peu les subtilités du jeu de guitare de McFadden, quand ce n’est pas sa voix, et la contrebasse gargouille quelque part. Or le grand blues-rockeur a choisi d’attaquer avec une partie instrumentale. Heureusement, This Is Love, avec son super refrain et son riff facilement identifiable, permet de s’en sortir avec les honneurs, tandis que Delicate Thing, bien nerveux, reste superbe malgré les réglages approximatifs de la sono. C’est ça le talent !

Dans ces conditions difficiles, le tueur de San Francisco impressionne toujours avec son jeu de guitare virevoltant et incisif, subtil et entraînant, où les plans folk ont l’air de jouer avec de la dynamite, où et le blues est corrosif comme l'acide. Where is Ferdinand ?, comme d’habitude dédicacé à Patrick Chesnais (la chanson évoque son fils décédé), voit McFadden remporter l’adhésion dans le plus simple appareil : sa voix profonde, sa guitare et cette chanson brute d’émotion, un sommet musical bientôt accompagné par un public pas chien qui frappe dans ses mains. Et qui saluera aussi un solo de contrebasse un peu déplacé, à mon avis, dans un temps de jeu aussi court ! Car après un Devil Moon débuté piano pour exploser plus fort (et à nouveau soutenu par le public), le trio tire déjà sa révérence.

Ma voisine, copine de la guitariste qui seconde Zucchero sur scène, me demande qui est ce type aussi doué. Et me voilà parti à tresser des couronnes à McFadden en conseillant l’achat de la compilation Dementia, qui remonte un peu, certes, mais qui n’est toujours pas descendu dans le classement de mes disques favoris des vingt dernières années (en attendant de se faire un avis définitif sur le rugueux Bluebird On Fire, sa toute nouvelle rondelle, qui le voit forcir le propos).

Si on peut tirer une leçon de ce passage éclair, c’est que McFadden a vraiment tout ce qu’il faut pour séduire un public bien au-delà de sa fan-base actuelle. Et puis, malgré un son pas un top, entendre pour la première fois ses petites merveilles propulsées à des milliers watts est un plaisir dont il aurait été dommage de se priver.

UNE VALISE ET DU COFFRE

Soyons honnête, avant ce concert, je ne connaissais de Zucchero que les sucreries radiodiffusées, et rien de son nouvel album Chocabeck. Mais je me disais que si le bonhomme se la jouait rock, une bonne surprise pouvait arriver. Quand la valise s’ouvre, elle dévoile une scène garnie d’une douzaine de musiciens (en plus de Zucchero, on compte deux guitares, un clavier, une contrebasse, un violoncelle, deux violon, trois cuivres…).

Premier constat : le son est énorme et le public (largement quadragénaire) rugit de plaisir avant la moindre note. Ha ! là, je comprends à quel point Zucchero est une star (j’étais passé à côté, mes plates excuses). Ensuite, tandis que le concert débute par des titres pas vraiment rentre-dedans, et même mollassons, je me demande si Zucchero, vu les gestes amples avec lesquels il gratte, joue pour du beurre en étant doublé par ses accompagnateurs, où s’il se réserve les trois accords les plus simples de chaque titre pour se concentrer sur la voix. Car, je ne peux le nier, le bonhomme a un coffre qui ravirait n’importe quel banquier.

Sur le plan musical, j’ai plus de mal à adhérer. C’est mièvre, emphatique et, surtout, les titres me semblent d’une banalité sans nom. Quand on vient d’entendre la subtilité de McFadden, la comparaison n’est pas en faveur de Zucchero. Mais l’Italien ne joue pas dans la même cours…

Au troisième titre, petit événement : alors que tout le monde était alors statique, et Zucchero assis continuellement dans un fauteuil Louis XV tendu de velours rouge (ou est-ce du Louis Autrechose ?) et chapeauté de son haut-de-forme, les deux guitaristes d’appui se rapprochent de lui. C’était l’événement du moment, à vous les studios. Ha ! mais la chanson se termine, il se lève enfin, un type embarque le fauteuil, je me dis, on va en prendre plein la gueule, ça va rocker.

Rage, désespoir, vieillesses ennemie, infamie, rayez la mention inutile.

Le public n’en a cure. Déjà toutafonlive depuis le début, il devient carrément dingue sur ce qui doit être un tube interplanétaire inconnu de moi seul et d’une poignée de Martiens bloqués sur Pluton à la suite d’une panne sèche de bretzel liquide. Zucchero a même lâché sa guitare, et quand il a appelé le Zénith à se mettre debout, j’ai bien cru que certains allaient traverser le plafond. Honnêtement, je n’avais jamais vu un public se lever d’un coup comme ça, aussi massivement et unanimement (les concerts rock et hard que je fréquente habituellement ne doivent rassembler que des mauvaises têtes, il faut croire). On se croirait sur un plateau de TF1 au signal « applauds » – et à la fin du titre, on se rassied comme à la messe. Les popotins se trémoussent. Sur scène, tout est réglé au millimètre. Avec, toujours, ce son à tuer un buffle. Je ne capte rien aux paroles mais ça à l’air de parler beaucoup d’amour, d’ailleurs le couple devant moi s’enlace.

PAPILLONS DE NUIT

Tiens ? Un quatrième guitariste arrive sur scène. Zucchero a des prix sur les six-cordistes ou quoi ? Il reprend son instrument, le contrebassiste lâche le sien pour une basse et, derrière, la double aile de cordes et de vents semble parfois s’ennuyer ferme (deux types en sont réduits à un moment à taper discrètement dans leurs mains en remuant sans conviction). Le jeu de scène reste inexistant. Je suis sidéré qu’avec ce déploiement scénique et un public brûlant, ce concert soit autant dénué d’aspérité. Même la rythmique rappelle une (méga) beat box. Les claviers semblent parfois sortis de la pop Top 50 des années 1980, le gros son en plus.

Je ne suis clairement pas à ma place, car tout ce monde qui ressemble étrangement à M. (et Mme) Toulemonde a l’air tellement heureux, et se dresse au moindre signe du Maître… Suis-je blasé ? Est-ce que je me la pète sans m’en apercevoir, quand je me dis j’aurais vu en première partie un artiste et en tête d’affiche un rouleau-compresseur ?

J’ai oublié de préciser que la couleur des lights change au fil des titres. Quand vient le tour du rose, vous comprenez mes appréhensions. En fond de scène, une projection fait virevolter des papillons dans un champs de blé, entre les lucarnes de colonnes romanes (autre oubli : je n’ai pas tout capté mais il semble que, dans ses chansons et parfois via projections style machine à écrire interposées, Zucchero évoque beaucoup ses origines du nord de l’Italie, et son enfance de quand il n’était pas riche et célèbre, et que c’est plein d’émotion les souvenirs avec sa mama quand elle lui disait qu’il était un gentil vilain petit garçon rholala, mais par pitié qu’il arrête d’écouter du death-métal… Hum… Je ne suis pas certain d’avoir bien relu mes notes prises dans la pénombre). Or donc, sous les lumières roses, il ne se passe rien à part quelques arrangements pour digérer la soupe et ces poussées d’une voix qu’on aimerait entendre employée autrement.

A l’arrière-scène, le vent de papillons laisse la place à une pluie de cœurs rappelant des pétales de roses (je vous jure, je n’invente rien), et j’attends d’un moment à l’autre qu’un hélicoptère livre en urgence une cargaison de mouchoirs en papier. La nuit tombe sur le champ de blé (vous suivez ?), lumière bleutée, que fais-je ici ?

Mais je suis en train d’écouter du rock !
Pardon ?
Oui, du rock, vous avez bien lu.

ET SOUDAIN, C'EST LE DRAME…

Car d’un coup d’un seul, Zucchero a empoigné une électrique (façon de parler : on la lui a apportée…), la projection est maintenant celle d’une chorégraphie de film 70’s avec cohorte de nanas à moitié à poil, et ça fait du vacarme. Mais je cherche encore le riff marquant. Ce n’est pas tout à fait mauvais non plus, ça a un petit côté entraînant avec ces milliers de watts qui nous assaillent (sans jamais qu’on risque l’acouphène, ce qui est appréciable), ça ressemble à un tube.

Tout espoir n’est donc pas perdu ? Surtout que suit un deuxième titre qui balance. Le public est limite en transe. J’aperçois trois paralytiques qui grimpent la structure de scène tandis que les trombones soulignent le refrain façon « vous êtes ici » et que les culs s’agitent comme lors d’un concours d’entrée au Moulin Rouge. La gratteuse pousse son choeur d’une voix aigüe, net, bien placé et discographique. Des dizaines d’écrans de téléphones portables filment et j’essaie de… Oui, j'essaie de… J’essaie, mais non, rien à faire, je n’y parviens pas.

Je m’ennuie à crever. Face à ce remplissage humain et sonore, je ressens comme un grand vide intérieur. Vous savez, ce genre de moments où vous vous dites : mais que suis-je en train de faire de ta vie ?

Sans doute l’archevêque de Milan est-il apparu en hologramme pour bénir la foule, peut-être le couple devant moi a-t-il fini par baiser sauvagement à même les gradins, peut-être Zucchero a-t-il enchaîné avec trois titres de delta blues et quatre avoinées à condamner ACDC à la guimauve, je n’en sais rien, il se peut que je sois totalement passé à côté de quelque chose ou que je méprise la musique populaire (et même ce public assez ouvert pour soutenir la première partie) mais, à ce moment-là, messieurs-dames, croyez-moi, l’impression d’être un vulgaire aspirateur passant un test de résistance dans les laboratoires de Que Choisir ? était trop forte, et j’ai craqué.

Je me suis levé, j’ai descendu l’escalier, j’ai pris le tunnel et je me suis barré.

Mea culpa. Et vive Eric McFadden, dont voici le MySpace.

Des photos de Zucchero et d'Eric McFadden sur scène

PS : Eric McFadden sera en concert le 25 mai 2011 au Café de la Danse, à Paris, pour une prestation de pas moins de 2h30, avec des invités (on peut déjà parier sur la guitare et le blues électrique de Pat MacManus) et des surprises !

Mis à jour ( Mardi, 17 Mai 2011 10:44 )  

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