
Autant le confier d’entrée, la taille de cette chose que l’on appelle dans le language courant "une salle de concerts" me paraît définitivement proportionnelle à la qualité de ce que l’on peut y entendre. Je sais bien que les passages sur scène dans l’Hexagone de certains groupes ne sont que l’expression sous-jacente du mépris que notre rock kultur en berne leur offre, mais là, faut quand même pas déconner, car à certains moments la bouillie sonore que fut cette prestation, le 1er avril 2011 à La Maroquinerie de Paris, frisait le dépôt de plainte.
And You Will Know Us By The Trail of Dead a pour sa part fait ce qu’il fallait, encore que le citoyen ci-devant Autry Fulbright II, bassiste de son état, ne doit pas savoir encore (à son âge !) ce qu’est une balance, ni d’ailleurs l’élégant bipède à lunette qui leur servait de préposé au son devant sa panoplie de bouton-curseurs.
A part cet épineux, mais néanmoins indispensable point de détail auditif, le groupe a répondu présent dans la générosité, l’envie et la brillante démonstration de leur multiples talents artistiques.
Tout a commencé avec News From Another Planet avec, dans l’ordre, Conrad Keely au chant et à la guitare, Jason Reece au chant et à la guitare, Autry Fullbright II au chant et à la guitare (basse modèle A380) et Jamie Miller à la batterie (qui a remplacé sur cette tournée Aaron Ford, nous indique un gentil lecteur). Les premières mesures sont atomiques, le tempo galérien et les guitares supersoniques. Keely et sa bande vont gentiment nous expliquer comment on met le feu à une scène (fut-elle en deçà des normes syndicales qui prévalent en la circonstance. Enfin moi ce que j’en dis...) avec 16 minutes de marche forcée à la mode Prog Metal.

J’ai même entendu, près de mon oreille pas encore vaporisée, quelqu’un me souffler : "Putain ça c’est ce que j’appelle un batteur." Eh oui, mon cher Dk, ToD, ce n’est pas de la barre chocolaté à deux sous, ni du caramel mou, ça dépote dans le landernau punchy et ça booste son pesant de riffs crunchy. L’effeuillage de leur dernier album, Tao Of The Dead continue avec Summer of all Dead souls, sorte de tsunami au galop, sans freins, ni pilote dans la cabine d’ailleurs, et pour laquelle la seule issue est l’immersion en apnée. Aaron Ford a, quant à lui, une maitrise totale de la gifle cinglante à l’adresse de ses cymbales et futs; le spectacle fait froid dans le dos. Sur Ebb Away, Jason Reece monopolise le micro et on fait souffler le palpitant.
Ensuite on est parti pour les chaises musicales. Jason échange sa guitare avec Jamie Miller et se précipite sur la batterie. Trois rythmes syncopés plus tard, fini de rire: Will you smile again, tiré du phénoménal, World Apart, vous pète à la figure, suivi comme son ombre par Caterwaul et Another Morning Stoner. Miller est plutôt discret et peu expansif dans sa manière de jouer, mais on peut faire confiance à Keely pour assurer, arc-bouté sur son instrument, sans cesse en train de relancer la machine.
Et puis ça tourne encore: Conrad va s’asseoir derrière ses futs, poussant encore plus fort pratiquement jusqu’à la fin Perfect Teenhood délicieusement déjanté et bordélique à la Hammerhead ou Glazed Baby.
How Near et How far (titre qui ne doit comporter que des roulements, des cascades de futs et des pluies de cymbales en guise de rythmique) est un pure moment de communion ; c’est une litanie de d’arpèges accrocheurs et puissants, et on n’arrive pas complètement à comprendre comment ce titre fonctionne et si la fin, tout compte fait, ne ferait pas une meilleure intro.
ToD est depuis le début un groupe à géométrie variable mais visiblement à ego invariable ; leur "positionnement" dans cette vaste planète musicale est curieux. Ils font somme toute la même musique qu’à leur debut, orchestrée et construite par ce fouineur de Conrad Keely, a mi-chemin entre la science-fiction et une poésie prophétique.
C’est aussi un groupe de batteurs qui ont décidé collégialement de se payer un bassiste, pour faire joli.



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