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Home Dressez vos esgourdes Concerts ERIC McFADDEN - Concert, Paris, 26 mars 2010

ERIC McFADDEN - Concert, Paris, 26 mars 2010

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La standing ovation n'en finit pas. "Eric ! Eric !" Le concert d'Eric McFadden est terminé, un gars sur le côté a fait signe qu'il faut rallumer, mais le public bisse, il repetita, et surtout il placent. McFadden revient sur le bord de scène avec sa troupe, pose une main sur son coeur. Des bananes s'accrochent aux oreilles de ceux qui occupent les planches comme  les gradins: un étrange phénomène a frappé le Café de la Danse, ce vendredi 26 mars 2010.

Dans le rôle du savant fou : un grand dreadlocké qui joue avec les styles (rock arracheur de cordes, blues de marécages, folk de faire chialer les étoiles, valse (!!!), flamenco, musique tzigane) comme j'échangeais des billes à l'école. Dans la salle d'opération: un public consentant, dont le soutien indéfectible tout le long du concert réchauffe l'âme. Ha ! s'il me suffisait de taper assez fort sur mon clavier pour traduire mon bonheur à l'écoute d'un disque ou après un concert, il m'arriverait parfois de casser quelques touches. Mais pour Eric McFadden, je le crains, il me faudrait au moins enfoncer mon ordinateur dans le sol.

Eric McFadden au Café de la Danse, 26/03/2010 - Medley

Ce n'était pourtant pas gagné d'avance. J'étais tenté d'aller au Zénith m'enquiller une rasade d'Airbourne, la dernière sensation du hard australien. Surtout qu'Eric McFadden avait déjà atomisé Paris en novembre 2009 (chro ici). Je ne pouvais donc guère espérer mieux. Mais je savais aussi, dussé-je donner tort à Michel Audiard, qu'on reconnaît McFadden à ce qu'il est capable de tout.

Malgré un CV long comme une traversée du désert sans boussole, malgré ses collaborations avec (parmi beaucoup d'autres) Living Colour, George Clinton, Eric Burdon ou Les Claypool (Primus), malgré une flopée d'albums solos (dont le magnifique - et ce n'est pas un vain mot - Train to Salvation, en 2009), malgré des projets de droite et de gauche (dont Stockholm Syndrome avec Dave Schools de Gov't Mule et le batteur Wally Ingram), malgré son jeu de guitare très personnel mais nourri à tant de râteliers que la surprise est toujours au coin du riff, ce type attend encore la reconnaissance du grand public.

Alors tant pis pour les frères O'Keeffe qui grimpent sur les enceintes et se cassent des canettes de bière sur la tête, j'ai acheté mes places pour Eric McFadden. Car je le précise : j'achète mes places, mes albums et je n'écris pas tout cela pour renvoyer l'ascenseur à Bad Reputation (label qui continue à soutenir l'artiste année après année, album après album, pour une raison qu'on ne rencontre guère plus que chez les arriérés mentaux du music-business : par passion, parce qu'il y croit).

TELS DES VOLTIGEURS DE CIRQUE…

Sur scène, au départ, on retrouve donc: Eric McFadden à la guitare et au chant (et quel chant! On dirait du caramel chaud arrosé au cognac), ainsi qu'au songwriting, si je puis dire (car, tant qu'on y est, précisons que McFadden se construit un répertoire qui aurait justifié à lui seul que Johnny Cash ponde un "American VII"); l'arachnide et pantomimesque Paula O'Rourke à la basse (dont je mesure mieux à chaque concert l'importance et l'ampleur dans la musique de McFadden); Max Marcilly à l'accordéon; le batteur Fabrice Trovato (d'habitude chez Trente). Mais rapidement, ça dégènère pour notre plaisir. Au fil des morceaux arrivent, repartent, boeufent ensemble, tels des voltigeurs de cirque, la violoniste  Stéphanie Valentin, le joueur de ukulele Gregg Michel et les frangins Vincent et Adrien Di Bona, de Red Lemons, respectivement guitariste et harmoniciste.

Si bien que nous voilà avec au minimum deux personnes sur scène (McFadden et Marcilly sur Where is Ferdinand ?, au refrain qui me file la chair de poule et qui me trotte dans la tête quasi quotidiennement depuis six mois) et au maximum avec huit, soit la bande au complet, ainsi sur la reprise de Run Through The Jungle, de Creedance Clearwater Revival. Le violon apporte une touche d'émotion aiguisée qui rend les morceaux de Train to Salvation assez proches de l'albums, et ajoute aux moments de jam une dimension lumineuse. McFadden dirige parfois son petit monde d'un signe discret (à toi, à moi), s'approche de Max Marcilly (qui, étant aveugle, est assis sur une chaise sur la droite de la scène) pour l'intégrer au jeu, vient sur le devant de la scène, joue en face à face avec l'un ou l'autre de ses comparses (les duos d'un instant se font et se défont en permanence).

Paula O'Rourke, dont la dynamique est parfaitement audible, assied tout ce petit monde dans la bonne direction et nous gratifie au chant d'une cover de Dolly Parton, Jolene, une chanson d'amour et de fantômes, avec une voix qui semble venir du fond des tripes et se projeter jusqu'au fond de la salle sans effort, juste et puissante. A la télé, on appelle ça "un grand moment d'émotion".

Pas besoin de lights ou de projections vidéos, tout est là, sur scène, où ces musiciens sans tape-à-l'oeil relèguent ce qu'on considère d'habitude comme des "bons concerts" (vous savez, ces "bonnes soirées" sympas où on a tapé du pied, chanté un peu, bu trois bière et dont on sort regaillardi, avec l'envie de mettre le son un peu plus fort, la prochaine fois qu'on écoutera un disque chez soi, sur sa chaîne) à une distance à peu près comparable à celle qui existe entre le vainqueur et l'arrière du peloton lors d'une étape de haute montagne dans le Tour de France (et pour que j'en sois réduit à recourir à de la métaphore sportive, il faut vraiment que je me trouve à court de mots...). Souvent, je ne savais plus quoi faire : fermer les yeux pour jouir à plein de cette rivière d'émotion, parfois torrent, parfois ru sinueux, parfois large fleuve prêt à rencontrer l'océan, ou les conserver grands ouverts pour regarder ces visages rayonnants et ces mains virevolter sur leurs.

ORGASME AUDITIF

Peut-être toute forme d'expression artistitique génère-t-elle un climax particulier et, ainsi, chacune nous pénètre d'une façon différente (ou que nous ressentons d'une façon différente ; ainsi, les mots qui me touchent me donnent souvent la sensation d'une énorme vague courant dans mon dos et sur laquelle je glisse à toute allure, tandis qu'une peinture, pour l'exprimer en des termes physiques, se rapproche plutôt d'un grand saut).

Ce vendredi soir-là, assis par terre, devant la scène, à deux mètres cinquante du micro de McFadden, pendant que mes pieds, ma tête et mes mains prenaient leur indépendance au rythme du groupe, quelque chose m'a envahi le corps et l'esprit, une sensation que j'aurais voulu prolonger des heures durant, un orgasme auditif... trop court, bien entendu. Je n'ai pas regardé ma montre : tout ce que je sais, c'est que McFadden a joué au moins une heure et demie. Sans doute plus. Voilà le seul regret : pas de Working for a Dean Man, pas de Tick-Tock, pas d'Edgar Allan Polka. La bonne nouvelle, c'est qu'Eric McFadden pourrait revenir cet été en France sur des festivals, voire pour une tournée en novembre. Pou patienter, une autre vidéo live ici du concert du 26 mars...

Deux artistes ouvraient pour McFadden. Longs cheveux bruns, lunettes rectangulaires, Converse aux pieds, avec un gros brin de timidité et... une guitare folk, Claudia n'interprète même pas une demi douzaine de titres mais affiche un voix solidement maîtrisée, du coffre, du coeur à l'ouvrage. Sa reprise de Zombie (The Cranberries), avec donc le seul soutien de sa guitare, prouve que ses cordes vocales n'ont peur de rien. Celle de Wonderwall, d'Oasis, en revanche, n'apporte pas grand-chose. Mais la triplette de morceaux personnels laisse entrevoir un jolie sensibilité. L'étiquette "artiste en devenir" est encore accrochée, mais la matière première est là.

RODNEY BRANIGAN - 1 man 2 GuitarsRodney Branigan est une autre paire de manches. De manches de guitares, je veux dire. Parce que vous connaissiez la guitare double (mais si, comme Jimmy Page). Rodney Branigan, lui, joue sur deux guitares en même temps. Avec seulement deux mains, certes. Et il joue sur le manche mais aussi sur la caisse de l'instrument. Si bien qu'on a l'impression de se retrouver avec deux guitares, un djembé et, en prime, un tambourin (sous le pied droit). Et le bougre chante aussi. Aussi navigue-t-on entre le concert en solo et le numéro de cirque.

La reprise de Come Together (Beatles) lui vaut des applaudissements nourris. Branigan passe la main droite d'un manche à l'autre, fait cavalcader le rythme de la paume et des doigts sur le bois. Je ne sais pas ce qu'un disque de ce grand gaillard en t-shirt Elvis peut donner (Bad Reputation vient de sortir l'album 1 Man 2 Guitars) mais, sur scène, il faut avouer que sa technique, hum, très personnelle (et même un chouia ahurissante) laisse comme deux ronds de flan.

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Mis à jour ( Vendredi, 23 Avril 2010 22:35 )  

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