ERIC MCFADDEN - 8 mars 2006 - La Java, Paris
Eric McFadden, ce ne sont pas que des promesses discographiques. Pas de tricheries : le bougre est capable de reproduire sur scène les plans d'extraterrestre qu'il grave sur album. Si la musique de ce black tatoué-dreadlocké vient d'ailleurs, lui débarque de San Francisco. Avec une expérience de virtuose multi-cartes de la six-cordes, ainsi que de compositeur aguerri. Pour mémoire, il a enregistré et tourné avec pas moins que (prenez une longue inspiration) : Bo Didley, Les Calypool (Primus), Eric Burdon (The Animals, avec qui il est actuellement en tournée), P-Funk All Stars (George Clinton), Keb'Mo, Living Colour, Stockholm Syndrome… et on en passe, tout comme on vous épargne la liste de ses différents projets personnels.
Bref, Eric McFadden est un tueur inspiré aussi bien par le blues du plus profond des marécages du Mississipi (son côté « swamp music », comme chantait Lynyrd Skynyrd) que par le folk de la « zone mondiale » (comme disait Bérurier Noir), ou par le big-rock, limite métal. Quand Paco de Lucia rencontre Taj Mahal autour d'un feu de camp avec une bande de hardos…
Mais avant de goûter sur scène à ce délicieux et chaleureux cocktail, en ce mercredi 8 mars 2006, la sympathique salle La Java, hélas guère remplie, accueille un jeune auteur-compositeur-interprète hollandais, Pelt. Son grand atout : avec ses presque deux mètres, sa chemise rouge ouverte, son français de vache espagnole dont il use et abuse, le garçon ne peut que sembler sympathique. Mais sa prestation, entre blues et folk assez traditionnel, est gâchée par ses interminables accordages entre chaque titre (pendant lesquels il bavarde peinard avec le public), puis par une corde cassée.
Le set, dédié au musicien malien Ali Farka Touré, décédé quelques jours plus tôt, reste donc assez court. On notera tout de même une reprise enlevée de R. L. Burnside, ainsi qu'un final, guitare hors-service oblige, chanté a cappella avant de se terminer à l'harmonica. Pelt ne s'est donc pas laissé démonter par les conditions mais gagnerait à resserrer ses atouts.
D'autant que le contraste avec Eric McFadden sera saisissant. Disons-le tout net, que ce soit en solo (au début du set) ou entouré de tout son groupe (fin du set), qu'il donne des versions fidèles aux originaux ou qu'il parte en live avec ses acolytes, l'Américain est, tout simplement, impérial.
Trois titres, interprétés guitare acoustique-voix, donnent le ton : superbes mélodies, timbre qui n'est pas sans rappeler Leonard Cohen (tremblez mesdemoiselles) et osmose totale avec son instrument, qu'il caresse ou maltraite, mais dont il semble toujours tirer the right sound at the right time. Voilà ce qui caractérise peut-être le mieux McFadden, et qui devient encore plus évident quand son complice batteur-percussionniste vient le rejoindre sur scène, pour donner un coup de pied aux fesses d'un groove déjà renversant : ce type déverse de l'émotion en cascade, avec la fougue instrumentale d'un torrent.
Le public, assis (nous sommes en « club », et non dans une salle rock, qui serait pourtant plus adaptée) manifeste son enthousiasme de façon soutenue entre les morceaux et, souvent, les applaudissements ne cessent que lorsque McFadden entame le titre suivant.
Les titres démarrent fréquemment sur des factures assez classiques avant de déborder vers une énergie typiquement rock, ou dans des solos dont on ne sait à quel point ils sont improvisés mais qui ont cette qualité très, très rare : ils sont toujours de haut niveau et ils n'ont rien de la masturbation instrumentale.
C'est ensuite une bassiste qui débarque, bientôt suivie d'un clarinettiste, pour un petit tour et puis s'en va, avant de revenir à la fin du concert avec une harmoniciste. A cinq sur une scène minuscule, cette formation hétéroclite va pourtant offrir un petit orgasme musical comme seuls les bœufs peuvent en donner.
Au-delà de la performance technique, j'ai rarement été aussi impressionné par un musicien. Qui a un petit quelque chose en plus, et qui se remarque d'évidence sur scène : il vit sa musique, il l'offre avec passion, et bonheur, comme un grand brassage, un appel à la rencontre. Voyez comment sont les choses : c'est lui qui fait le cadeau et c'est moi qui me retrouve emballé.
ERIC MCFADDEN - 8 octobre 2007 - Café de la Danse, Paris
Le bluesman-rockeur-heavy-funkoïde-vaudouisant Eric McFadden a sans aucun doute marqué des points, et quelques esprits, pour sa deuxième venue à Paris, le 8 octobre, au Café de la Danse.
L’affluence s'avère honorable pour un lundi soir, avec environ deux cents personnes. Les gradins sont presque remplis, la fosse vide. Mais avant de déguster les prouesses du maestro, il faut subir presque trois quarts d’heure de Trente, un groupe de rock français d’une banalité sans nom, qui passerait encore sans des paroles exaspérantes (genre : sincérité sensibilité du quotidien à deux balles ha ! l’amour ho ! les sentiments !) et aux rimes d’une pauvreté à jeter des pièces. Le chanteur à beau se la jouer cool, les copains du groupe faire la claque, l’impression est la même que leur de leur première partie de Koritni, le 20 mars 2007 (et ce malgré un public qui applaudit poliment) : au secours !
Bizarrement, Joep Pelt, qui assurait déjà la première partie de McFadden en mars 2006 à La Java, n’a droit, pour sa part, qu’à un quart d’heure. Mais on passe tout de suite à un autre niveau… et à un style totalement différent. Pelt, grand gaillard hollandais tout sourire, est armé de sa seule guitare, de sa tchatche modeste et pleine de bonne humeur, et surtout d’un feeling à tout casser pour interpréter un folk-blues ultra roots rythmé au pied. Il livre au passage un titre enregistré avec le musicien malien Lobi Traoré. Voilà un artiste assurément ouvert d’esprit, qui ne se la joue pas, et dont la sincérité ne relève pas de l’affectation. Court mais convaincant.
Enfin arrive sur scène le « cas » McFadden. Je l’avoue, je ne sais plus quoi écrire, ni comment, sans paraître redondant et pour dire à quel point ce virtuose de la guitare et de l’écriture, à la voix de braise, aux mélodies incroyables, mérite une place tout en haut de l’affiche. Mais de quel affiche ? Celle du (heavy-) rock ? Du funk ? Du blues ? Du jazz ? Car Eric McFadden passe de l’un à l’autre sans hiatus. Le concert débute d’ailleurs en douceur, avec deux blues lents et sombres, peut-être encore plus que sur album, et je me demande alors s’il ne va pas jouer la sécurité pour ne pas effrayer un public pas forcément conquis d’avance.
Doute vite balayé car, de morceau en morceau, le rythme s’accélère, l’intensité ne cesse de grandir. Qu’il glisse des passages de jazz manouche ou hispanisant, qu’il puise dans le blues profond pour rehausser un rock d’arracheur de dent, qu’il groove comme un diable sorti de sa boîte, McFadden ne connaît aucune défaillance. Toujours la mélodie est là pour vous emporter. Et puis ce chant ! Les intonations évoquent parfois une vieille sagesse, un bonhomme de 80 ans qui vous ferait des confidences, mais avec la vitalité d’un Leonard Cohen jeunot ayant décidé de laisser tomber le costard.
Au bout d’une demi-douzaine de chansons, j’abandonne mon carnet de notes où je consignais titres et impressions. Parce que l’important n’est pas la set-list mais cette énergie furieuse, l’émotion brute qui se dégage de la scène. De même, cette chronique devrait comporter un résumé de la carrière du bonhomme et souligner une fois de plus ses collaborations aussi nombreuses qui diverses, de George Clinton à Eric Burdon, et ses nombreux projets. Oublions ! Là, devant vos yeux (enfin, les miens !) se déroule un petit miracle comme Lourdes voudrait bien en connaître…
A la basse, l’impeccable Paula O’Rourke s’éclate visiblement et accompagne son jeu de mimiques de poupée un peu désarticulée. Nul doute qu’elle est un élément essentiel à l’équilibre du show. Le batteur alterne baguettes et balais, discrétion et frappe de mammouth. Un accordéoniste complète le groupe mais l’instrument, sous-mixé, reste souvent inaudible.
Alors que je plane déjà à bonne altitude et gueule des « Yeahhhhh » qui doivent casser les oreilles de mes voisins à la fin de chaque morceau, Joep Pelt revient sur scène pour deux titres tout feu tout flammes, dont une reprise de R. L. Burnside, l’une des influences majeures du Hollandais. Ce petit bœuf est le paroxysme du concert, avec des artistes parfaitement en phase, qui se lâchent totalement, s’amusent comme des petits fous et filent un orgasme à tout amateur de guitare normalement constitué.
A ce point, le public est passé des applaudissements nourris au soutien massif et bruyant. D’ailleurs, la tension ne retombe même pas quand Joep Pelt quitte la scène sous les vivas et McFadden, qui annonce avec un brin d’émotion que ses parents sont dans la salle et à Paris pour la première fois, taille la fin du concert dans le roc(k) massif (mais toujours en finesse et en conservant de-ci de là les multiples influences qui le caractérisent). Il faut dire que sa discographie désormais respectable lui fournit un joli stock de titres imparables et d’ambiances.
22h30 : couvre-feu au Café de la Danse. Le public en veut plus, applaudit, bisse, tant et si bien que McFadden revient en solo pour exécuter un ultime morceau foudroyant tandis que les spectateurs, et du début à la fin, ne cessent de taper dans leurs mains.
Deuxième concert en France, deuxième démonstration d’un talent à l’état pur. Exemple avec ces extraits en vidéo de I Wanna Be Your Man et de Waltz Right Home.
Site officiel Eric McFadden - MySpace Eric McFadden
Site officiel Joep Pelt MySpace Joep Pelt
Les autres articles sur Eric McFadden sur Poin-Poin :
Interview d'Eric McFadden (2009) - Eric McFadden interview (English version)
Concerts à Paris 2009 - Concert à Paris 2010
Let's Die Forever… Together
Dementia
Delicate Thing
Ces deux articles ont été préalablement publiés dans une autre version
sur les sites Annu-Art et Ambfrance, désormais inactifs.
| < Préc | Suivant > |
|---|






