
Et vous vous demandez pourquoi les culs ne se bougent plus aux concerts ? Peut-être que pour connaître la réponse, il suffit d'y aller, aux concerts. Au départ, un bien joli package : le rock-garage-aletrnatif-country-second-degré des Supersuckers, l'autoproclamé "greatest rock n'roll band in the world", faut-il le rappeler, et les hardeurs et hardeuses southern-acédéciens de Nashville Pussy. Le prix ? Gérard Drouot Productions n'étant pas de la partie, il s'avérait raisonnable : moins de 25 euros. Le jour se lève, se passe, laisse place à la soirée. Et les emmerdes commencent.
OK, ok, ok… j'ai déjà une dent contre la Locomotive : c'est là que je me suis fait mon entorse à la fin de l'année dernière, au bas de cet escalier où ce situe encore et toujours ce long tuyau pyramidal sur lequel butent un nombre de spectateurs qu'il serait intéressant de comptabiliser de façon annuelle, afin de calculer combien l'impéritie d'un(e) sal(l)e de con(certs) peut coûter en fric à la Sécu et en chierie aux spectateurs. Vous me direz : ben les hardos de maintenant, on dirait des minettes, il leur faudrait des fauteuils club. Peut-être que je me fais vieux.
Ma précédente étape à la Loco (Monster Magnet + Nebula, début décembre 2008), en plus de l'incident susmentionné, m'avait laissée un souvenir plus que mitigé en raison de la sono excessivement forte, qui dépassait souvent les 105 db légaux. Une fois de plus, je dois me faire vieux, si l'on en croit la très fameuses phrase de Ted Nugent. Ou peut-être que j'en ai marre d'être pris pour une truffe : Monster Magnet à 110 db dans des enceintes qui crachent n'a strictement aucun intérêt sur le plan musical. Or, figurez-vous, je viens à un concert, en général, pour écouter de la musique. Je sais, c'est horriblement pervers.
Au moins, en ce 28 janvier 2009, j'ai tout le temps de penser à ne pas poser le pied au mauvais endroit. Il est écrit 21h sur les billets. C'est vrai. Noir sur blanc. Je râle déjà : halala, débuter un concert aussi tard, c'est un peu con (il se trouve que, parfois, certains spectateurs doivent revenir chez eux en banlieue, par un moyen de transport affreusement vulgaire et commun qui s'appelle le RER, mais je suppose que le véritable amateur de musique habite Paris intra muros. D'ailleurs, la population de Paris étant inférieure à celle de la banlieue, on en déduit que les Franciliens pris dans leur ensemble ont peu de goût pour la musique. D'où la faible fréquentation des concerts. CQFD). Mauvaise langue de pute que je suis. 21h, ce n'est pas le concert. C'est l'ouverture des portes. Ha ! ce réjouissant spectacle de la queue s'étendant sur le boulevard de Rochechouart, passant devant le Lido, traversant le passage piéton, envahissant la terrasse du troquet du coin, le tout sans bouger les oreilles (il est vrai que la température avoisine le 0 °C, mais reste au-dessus, de quoi se plaint-on ?)
21h05 : ouverture des portes. Rhaaaa, lovely ! De joie, j'en débourse 5 euros pour une canette de bière chaude au bar. Pas de concert sans bière, c'est un précepte de ma religion. Hop ! je me scotche juste devant la scène, histoire de voir mes idoles (des vieux…) de près et de descendre ma tisane rapidos avant que ça commence… avant que ça commence… avant que ça commence… Un type fait une apparition toutes les dix minutes sur scène. Pour déposer des bières. Dix minutes. Pour déposer des serviettes. Dix minutes. Pour ouvrir les bières. Dix minutes. Pour gratouiller une gratte. Dix minutes. Pour trifouiller un câble. 21h30 … 22h… 22h10. Enfin paraissent le Stetson du bassiste-chanteur débonnaire Eddie Spaghetti, la barbe ZZtopienne du guitariste Dan "Thunder" Bolton, la chemise à carreaux du gratteux Ron "Ronthrose" Heatman et la tête à assommer un beauf, pardon, un boeuf avec le sourire de "Scottzilla" Churilla, tapeur de fûts de son état. C'est le premier concert d'une tournée européenne qui durera jusqu'en avril, avec plusieurs étapes en France. Mais le combo est déjà rodé comme une R12 GTL qui aurait fait Paris-Marseille à 130 km/h tout l'été.
L'ambiance est tout de suite accueillante, tendance moite dans les premiers rangs après quelques titres speed, et bien meilleure que lors du précédent passage des 'Suckers à Paris, en mars 2007, dans un Nouveau Casino peu garni (
chronique ici). Eddie a le sourire, porte régulièrement sa basse à bout de bras, Dan a l'air d'un gardon qui vient de trouver une mine de vers de vase, Ron semble comme à la maison. Tous squattent le devant de scène, empiètent sur les retours, dressent leurs manches.
Rock your ass et
Rock n'roll records en ouverture, les nouveautés
Paid et
What it takes… Il y a du vieux et du tout récent, tiré de l'album
Get it Together ! (bien que je regrette l'absence des punkisants
I Like it all, man, ou
I'm a fucking genius), du garage huileux et du plus cool en milieu de show. Eddie, qui pige vite que le public n'entrave que dalle à ses interventions (d'habitude nombreuses et à se plier en huit par le milieu), enquille les titres. Tout irait bien dans la chaleur des missiles (comme chantaient les $heriff) si deux petits détails ne gâchaient pas la communion avec les dieux (j'avoue, je suis un
born-again rocker, j'ai rencontré les Supersuckers, ma vie a changé, si vous voulez partager mon expérience, envoyez-moi votre adresse et 5000 euros en timbres pour la réponse) : la voie d'Eddie Spaghetti est quasiment inaudible, ce qui est assez ballot pour des morceaux où le refrain est essentiel ; la guitare de Ron Heatman se perd quelque part dans les câbles, et ses solos parviennent à nos oreilles dans un tel état qu'on croirait qu'ils viennen de se taper la route de Saint-Jacques-de-Compostelle sur les genoux.
Et pourtant, le son est globalement bon, pas trop fort, avec cette chaleur que procurent ces beaux amplis Orange qui ont manifestement plus d'heures de vol qu'une hôtesse d'Air France. Bref, une partie du charme s'évanouit mais la bête demeure alléchante et aguicheuse. Le set n'a pas commencé depuis une heure que le gorille –le même qui balance les slammeurs dans le dos au risque d'en voir un s'écraser la gueule (j'ai toujours peur, quand je vois ça, qu'un type venu pour faire la fiesta finisse tetraplégique…)– fait un signe significatif, passant un doigt sur sa gorge : il faut en finir, la deadline est atteinte. Putain ! Une heure pile de concert après avoir poireauté une heure dehors et une heure dedans.
Il est donc environ 23h15 quand j'atteins le bar pour la seconde fois. "Seconde", car dernière. Le temps de changer le matos sur scène, l'heure tourne, 23h30… Eddie se tient toujours au stand de merchandising à signer des autographes. Sacré bonne tête… Mais l'évidence se fait de plus en plus évidente : il me faut me barrer si je veux choper un train pour rentrer chez moi. Je pars donc sans avoir entendu une seule note des Nashville Pussy, ni maté sa bassiste.
Plus assez jeune (et donc à moitié avaricieux), déjà blasé, râleur, sourd sans doute : c'est à se demander ce que je viens foutre à des concerts rock. N'empêche que je continue à m'interroger : pourquoi certaines salles offrent-elles quasi toujours de bonnes conditions, par exemple Le Trabendo (configuration, qualité du son, prix du bar), tandis que d'autres se foutent régulièrement du monde (La Locomotive, qui risque de rejoindre La Boule Noire sur la liste des endroits que je boycotte) ? Remarquez, ça ne peut qu'inciter les banlieusards à aller jeter une oreille dans les salles comme Le Plan (Ris-Orangis) ou L'Emprunte (Savigny-le-Temple), dont je garde d'excellents souvenirs. Cela étant, si vous avez l'occasion d'aller voir les Supersuckers et Nashville Pussy sur cette tournée, n'hésitez pas une seconde : les premiers sont excellents, et la réputation scénique des seconds n'est plus à faire.