Autechre est ailleurs...
" En dépit de leurs particularismes stylistiques, le rock' n' roll, le reggae-dub et le Hip-Hop se laissaient toujours aisément juger à l'aune des notions d'harmonie, de contexte et de forme.[...] Le deuxième album d'Autechre, Amber (1994) causa ma perte [...] Les mélodies étaient comme répandues de manière erratique, comme si elles étaient dotées de libre-arbitre, tandis que les minuscules figures ou motifs rythmiques tissaient en arrière plan une toile dénuée de toute structure évidente. Je ne comprenais rien à pareille musique [...] "
Kurt B. Righley ( Modulation. A History Of Electronic Music: Throbbing Words On Sound, 2000)
Kurt B. Righley, journaliste formé à l'analyse pointue de l'harmonie, en posant la musique d'Autechre comme en dehors des systèmes lève finalement le voile sur une des raisons concrètes qui fait l'étrangeté de la matière d'Autechre ( problématique qu'il associera à d'autres groupes comme Microstoria, Oval, etc...).
Mais l'ironie de l'histoire veut que l'album Amber, seize ans plus tard, soit considéré comme un de leur jets les plus accessibles, voire le plus facile à appréhender. Le parcours d'Autechre est comme une longue torsion sévère du temps et du son, une torsion toujours plus appuyée d'année en année, une surenchère dans la limaille. L'imaginaire futuriste ou technologique ne sont que pauvres ersatz à vouloir décrire le chant d'Autechre comme celui des machines. La profondeur de champs, l'épaisseur du flux n'évoque que lui-même ou plutôt un ailleurs non encore défini si ce n'est par sa puissante présence même. Oublier les notes des siècles précédents, oublier l'imaginaire S-F, oublier tout, et scruter un inconnu absolu.
Depuis Confield (2001), beaucoup se demandaient si le duo n'avait pas atteint un point de non-retour en s'enfonçant toujours plus loin dans l'accumulation cryptique de leurs propres signes bruyants. Oversteps est la somme raisonnée de tant années à forger les chiffres et les lettres d'un langage. Un langage qui parle au corps sans l '"organique", sans la "chaleur" d'une mélodie ni même d'une vague nappe d'ambiance, ou beat enveloppant. La multiplication de motifs rythmiques insensés, d'accroches-nerfs en boucles irrégulières démonte, sur le coup, les certitudes et émotions musicales pré-acquises, y compris avec Autechre. En allégeant la masse, -contre-pied des années précédentes - le voyage au coeur du son reprend à présent un nouveau souffle fou. Ne perdant rien en expressivité, car ne reniant rien. Redonnant à l'inverse un sens à la totalité du trajet. Plus que jamais.
P.S: Si cet album est écouté en mp3 tous nullards ou sur un appareillage genre micro-onde, je retire toute responsabilité si le rendu ne correspond en rien à la chronique, parole de SuperDahu !!

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