Kevin Ayers, Unfairground
Le divin dandy orfèvre est revenu (15 années d’absence discographique quand même) pour nous offrir quelques joyaux ciselés dans la plus belle matière qui soit : le talent accompagné d’humilité ! Les cordes qui enrobent la voix, les cuivres, la mandoline, l’accordéon, tous ces instruments au service des mélodies, font de cet album la réussite parfaite d’un créateur hors pair. Cold Shoulder est la perle irradiante qui manquait à mon hiver gris et froid. Et puis de toute façon il faut retourner à Kevin Ayers, à ses disques, pour peut-être se perdre un peu en chemin mais se trouver soudainement en présence de quelques perles naturelles qu’il est bon de dégager de la gangue du quotidien.
Neil Young, Chrome dreams II
Si les derniers albums de Neil Young m’avaient quelque peu laissé sur ma faim, celui-ci me réconcilie avec le troubadour
canadien. Ceci dit les parutions des archives de concerts me comblent d’aise et j’inclus volontiers dans les disques qui auront marqué l’année 2007, le live de 1973, Live at Massey hall.
Concernant Chrome dreams II c’est avec grand plaisir que je retrouve le Neil Young qui a su, tout au long de nombreuses années, lors de mon adolescence et encore bien après, me proposer quelques disques essentiels à mon impécunieuse existence de lycéen et d’étudiant. Entre temps il y eut des enregistrements savoureux, attendrissants et bienvenus. Mais là il y a quelque chose en sus. Une générosité qui fait parfois défaut à certains artistes, une sincérité déployée tout au long d’un disque comme je n’en ai pas écouté beaucoup depuis longtemps. Peut-être n’est-ce du qu’à l’émotion de retrouver un son, une « voix » qu’on se désespérait d’entendre à nouveau. Mais comment résister aux 18 minutes de Ordinary People ? A cette guitare au son saturé pour ne pas dire torturé, si expressive, qui fouille au fond des chairs et des souvenirs ? Il y a dans ce disque tous les ingrédients qui contribuent à faire de celui-ci une grande œuvre, partie prenante du déjà long voyage qui m’a fait emprunter des chemins tracés par le chant et le son de Neil Young.
Robert Wyatt, Comicopera
Le trouvère anglais a encore sorti un album qui, à l’image des précédents, est toujours aussi riche en sonorités, exigeant de l’auditeur qu’il s’approprie peu à peu cet univers qui ouvre précautionneusement ses portes. Depuis Rock bottom on connaît, ou croit connaître, cet univers mais à chaque fois ce sont de nouvelles entrées qui nous sont proposées. Wyatt se plaît à nous surprendre, à ne dispenser sur son chemin, pour qu’on le suive sans hâte, que quelques repères familiers. D’abord la voix, reconnaissable immédiatement, et ce depuis les premiers albums de Soft Machine, mais qui s’est forgée avec les ans une maturité qui en dissimule l’origine. Les amis musiciens venus apporter leurs contributions sont ceux-là mêmes que l’on a vus surgir aux détours des autres disques de Wyatt. Les trois actes de cet opéra ne cessent, écoute après écoute, de nous surprendre. Toujours un son, un instrument, une accentuation dans le chant qui contribuent à soulever l’attention et à créer la surprise. Sur Just as you are je jurerais que c’est Kevin Ayers qui chante mais son nom n’est pas crédité sur le livret. Alors ?
Nadja, Touched
Je n’ajouterai pas beaucoup à ce qui a déjà été écrit par dkelvin sur ce disque. Vous pouvez le lire ici. Simplement soyez assurés qu’un tel disque ne cessera de vous hanter quand vous y aurez goûté avec toute l’attention que vous lui devez. Musique somptueuse, profonde, qui saura enrober tout ce qu’elle fera surgir de votre esprit et qui en dépit des apparences se fera soyeuse pour créer le frisson.
Pretty Things, Balboa Island
De bien jolies choses, en cette fin d’année, sont arrivées jusqu’à moi, non sans peine d’ailleurs ! Mais avec un peu de patience et de persévérance, cet album est enfin entre mes mains. Et je dois, ici, clamer très haut et très fort, que nos anciens
amours sont toujours vivants et pas seulement à travers des sentiments nostalgiques. Vivants, oui ! Vivaces même, remuants et terriblement insistants dans leur façon de délivrer un rock imprégné de ses racines blues ! Let it bleed ou Beggars banquet c’était en 68 (et je ne dois pas être le seul à considérer ces albums comme des sommets inexpugnables) mais, là en 2007 on a Balboa island, l’album qui tend à confirmer, encore et toujours, qu’il n’est jamais trop tard pour délivrer un furieux album de rock & roll. Ecoutez les Pretty Things, ça vous consolera des Rolling Stones qui n’ont pas sorti de bon album depuis…..houlà, qu’allais-je dire ?!
Oxbow, The narcotic story
Si je connaissais Oxbow par leurs précédents albums rien ne semblait indiquer que celui-ci serait si étrangement nécessaire à mon année 2007. Non pas que les autres albums n’aient pas, eux aussi, leurs qualités intrinsèques (ils sont tous indispensables) mais avec The narcotic story, Oxbow atteint enfin les sommets que leurs autres publications nous promettaient. Eugene Robinson, plus qu’un simple chanteur, est un « performer » qui sait nous déchirer l’âme et la chair de ses cris, feulements et susurrements. Les musiciens élaborent une sorte de mur du son qui fait parfois se dérober la voix, la repoussant loin dans les tréfonds de notre sensibilité, éveillée à la douleur du « chant ». Ce disque est un monument de production, le son en est prodigieusement parfait, riche en couleur où la profusion instrumentale sur certains titres en est confondante d’inventivité et de rigueur. She’s a find est celui qui pourrait servir d’étalon pour les productions à venir et il sera difficile d’égaler l’intensité d’une telle musique. Une pulsation quasi organique agite les nerfs et fait s’agiter les pensées. Une musique pour le corps et les sens, physique et sensuelle, à l’image des soubresauts de la vie elle-même.
Miles Davis, The complete “On the corner” sessions (1972-1975)
On the corner est sans doute l’album avec lequel Miles Davis rompt définitivement avec le public et la critique jazz qui, décidément, ne lui pardonneront pas de s’être tant éloigné de leur musique préférée, déjà prête à demeurer figée dans quelques stéréotypes (les leçons de la New Thing n’avaient pas été bien apprises). Avec ce coffret de six CD’s on peut entendre jusqu’à quel point de non retour Miles est allé dans la démarche créative en rupture avec tout ce qui avait pu se faire jusqu’alors. A sa sortie le disque original (un seul LP) avait suscité beaucoup d’incompréhensions et de fourvoiements critiques. La musique est si riche qu’elle nécessite beaucoup de prudence dans le jugement, celui-ci devant faire appel à des critères que la musique elle-même devrait produire. De l’art, chez Miles Davis, de contourner la critique et la rendre de fait impossible. Tout est là qui se dérobe au jugement impartial et savant. Il faudra juste écouter et se laisser couler dans une des plus belles musiques de la fin du 20°s où se conjuguent le jazz, le rock aux guitares hendrixiennes, les rythmiques funky et les sonorités raga.
San Francisco Nuggets 1965-1970, Love is the song we sing
Ce coffret de quatre CD’s présente des groupes essentiellement basés à San Francisco ou dans sa banlieue. Bonne rétrospective qui débute par des titres n’ayant souvent été publiés que sous forme de singles sur des labels locaux et qui se clôt sur d'autres bien mieux connus puisque dus à des groupes ayant depuis acquis les faveurs de la critique, du public ou des encyclopédies. Entre les deux, quantités de titres inouïs ou devenus difficiles à se procurer (The Frantics, The Wildflowers, The Vejtables, We Five), les incontournables (White Rabbit du Jefferson Airplane, Summertime Blues de Blue Cheer, Omaha de Moby Grape et même Evil Ways de Santana etc.), les petites pépites peut-être oubliées (Lemonaide Kid de Kak, Amphetamine Gazelle de Mad River, Thing in « E » de Savage Resurrection). Bref, ce coffret nous rappelle qu’au-delà du Flower Power et de ses images d’Epinal, il fut un temps où la musique qui sortit de cette ville n’avait rien à envier à celle jouée dans la Cité des Anges ou la Grosse Pomme ! Dont acte ! En sus un livret très informatif sur chaque titre proposé avec une iconographie très riche et même parfois somptueuse et quantité de photos rares ou inédites.
| < Préc | Suivant > |
|---|






