
J'avoue m'être quelque peu emporté en ce qui concerne Battles. Un genre d'engouement si vous voulez. Après on peut débattre du bien fondé de l'engouement individuel (tant il me semble après réflexion que l'engouement est forcément collectif), du pour et du contre, mais personnellement je suis pour. Vive l'engouement. Je m'engoue, tu t'engoues, etc...
Mirrored vient tout juste d'atterrir dans les bacs alors que je l'écoute sans relâche depuis un mois et demi, c'est dire si le bordel qui règne au sein du biniou électronique mondial est outrecuidant. En fait, j'ai trouvé cet album sur un blog et je l'ai téléchargé jusque dans ma hutte finale, c'est aussi con que ça. Pas anodin certes mais très con, d'une banalité tourneboulante, de la délinquance à la petite semaine, bref parlons plutôt du contenu musical de l'album puisqu'en bon chrétien des Alpes, je me suis promis d'acheter l'oeuvre sous forme de cd en plastique, en guise de rédemption.

Et si on allait sur la pelouse...

Mais derrière l'engouement, il y a la patine du temps qui vient là pour patiner, comme si elle pouvait pas aller à la patinoire plutôt que de enfin bref. Derrière l'engouement, il y a la vraie teneur émotionnelle d'un disque, sa profondeur, et sur ce point Mirrored ne tiendra peut-être pas la distance mais c'est normal. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Lorsqu'on essaie de nouvelles choses, on ne cuisine pas dans la même marmite que ceux qui rabâchent, on prend le risque de lasser derrière l'effet de surprise (quitte à surprendre de nouveau avec le recul). C'est sans doute dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe mais les vieux pots ne sont pas en téflon. Toréador, ta femme n'est pas en téflon (précision : il faut être né avant 1926 pour situer cette vanne dans l'espace-temps). Battles prend des risques donc, essaie des trucs parfois chelous, à l'image du single "Atlas", mélange de tribalité couillonne, de mélodie de voix trafiquée limite débilos et de savants entrelacs de synthés / guitares. Au final, une certaine audace décomplexée et une fausse naïveté assez rafraîchissantes pour certains, mais déconcertantes voire pénibles pour d'autres. En lisant quelques chroniques ou commentaires sur ce disque, je m'aperçois qu'il y a des hystériques du groupe et des gens que ça emmerde profondément. C'est comme on veut.
Pour situer les protagonistes, on a tendance à décrire Battles comme un super-groupe, un genre de dream-team, faites ce que vous voulez de cette info, en ce qui me concerne je n'en connaissais qu'un (le batteur John Stanier, ex-Helmet et Tomahawk) et un autre de très loin (le guitariste Ian Williams, ex-Don Caballero). Les deux autres sont David Konopka (guitare, basse, claviers) et Tyondai Braxton (guitare, voix, claviers, programmations).
De toute évidence, la musique du groupe s'articule autour du jeu de Stanier (initiateur du projet), dont on appréciait déjà la frappe brutale et sèche au sein de Helmet mais qui fait ici évoluer son jeu vers quelque chose d'encore plus personnel, mélangeant puissance, maîtrise et métronomie. Les structures des morceaux sont farfelues, tordues ou au contraire tracent comme des bolides, mais la constante se trouve dans une certaine complexité commune à chaque morceau ou presque. Pas de réel étalage de technique mais des structures et des tempos tellement exigeants que l'on s'aperçoit vite de la maîtrise du gars et de ses amis issus du math-rock et des musiques expérimentales (faites-moi un paquet, c'est pour emporter). Stanier provoque plutôt des cassures, suit à la lettre des breaks tonitruants ou encore joue sur les contre-temps à des tempos amphétaminés, à l'image de toute cette nouvelle vague de batteurs rêvant d'égaler les boîtes à rythmes les plus speed en parvenant à tenir manu militari des tempos drum & bass épileptiques. Rythmiques indéboulonnables donc, sur lesquelles viennent s'imbriquer des arabesques de guitares frippiennes au son clair, des synthés free ou programmés mais également des voix, qui pour le coup peuvent déplaire ou irriter, comme sur
"Atlas" (un souriceau dont on écraserait la queue passé dans un vocoder, à peu près), sur "Ddiamond" (une chorale de petits chanteurs à la Croix de Bois sous crack emmenée par Freddie Mercury) ou encore sur "Tonto" (les 7 nains partant au travail ou quelque chose dans ce goût-là). Cependant soyons honnête et prenons du recul, ce disque n'est pas aussi bien que ça, certains morceaux sont même presque faibles (Leyendecker) mais tous possèdent cette originalité et ce sens du défrichage qui les rendent bien souvent passionnants. Quand bien même le disque perdrait son éclat avec le temps, je suis tellement heureux de l'avoir écouté que le jeu en valait la chandelle (et après, j'arrête avec les expressions ringardes car l'habit ne fait pas le moine).
"Atlas" (un souriceau dont on écraserait la queue passé dans un vocoder, à peu près), sur "Ddiamond" (une chorale de petits chanteurs à la Croix de Bois sous crack emmenée par Freddie Mercury) ou encore sur "Tonto" (les 7 nains partant au travail ou quelque chose dans ce goût-là). Cependant soyons honnête et prenons du recul, ce disque n'est pas aussi bien que ça, certains morceaux sont même presque faibles (Leyendecker) mais tous possèdent cette originalité et ce sens du défrichage qui les rendent bien souvent passionnants. Quand bien même le disque perdrait son éclat avec le temps, je suis tellement heureux de l'avoir écouté que le jeu en valait la chandelle (et après, j'arrête avec les expressions ringardes car l'habit ne fait pas le moine). Par ailleurs, on sent que le groupe a bien réfléchi à son décalage, à son image (chemisettes et polos plutôt que looks de rockeurs poilus, unique cymbale crash placée à 2 mètres de hauteur, batterie jaune) et même à son positionnement, pour employer un terme marketing des plus ravissants. Le disque sort sur le label warp (Aphex Twin, Boards Of canada, Autechre...), ce qui finit d'enrober l'objet d'une saveur intrigante aux yeux de fanfarons dans mon genre, qui recherchent à tout crin ce type de dérivés et de déviances à la fois électro, pop, rock et expérimentales.
Clip de Atlas
En live Hi Lo (extrait du premier EP)
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