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Home Dressez vos esgourdes Fourre-tout HELLEBORE - Il y a des jours - 1985

HELLEBORE - Il y a des jours - 1985

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helleboreN'importe quel botaniste vous le dira, l'hellébore est une plante vivace appartenant à la famille des renonculacées et dont la fleur, selon la variété, peut être blanc-vert, rose ou pourpre. Aussi connue sous l'appellation de "fleur de Noël" en raison de sa floraison s'étalant généralement entre janvier et mars, figurez-vous qu'elle est même désignée par certains en le terme d'"herbe à fous" et ce, parce qu'au Moyen-Âge, ses graines servaient de traitement contre la folie (je vous laisse imaginer le topo).
Alors bien sûr, vous vous doutez bien que si je vous raconte tout ça, c'est parce qu'hormis la dénomination, il n'y a absolument aucun rapport entre l'hellébore (la fleur), et l'Hellebore (le groupe de musiciens). Celà dit, préambuler à cette chronique en vous prévenant du non rapport des choses entre elles vous met à l'abri d'une éventuelle erreur, au cas où vous auriez eu l'idée d'aller acheter ce disque chez votre horticulteur local. Donc tout va bien et c'est déjà ça.

Membré pentatoniquement de Jean Cael, Alain Casari, Denis Tagu, Daniel Koskowitz et Antoine Gindt, Hellebore a publié son seul album en 1985 sur le défunt label Ayaa, célèbre en son temps pour ses productions résolument différentes et uniques.
Suivant directement les traces laissées au sol par Etron Fou Leloublan, juste au moment où du côté de celui-ci la chasse d'eau fût tirée (schlourpf), Il y a des jours propose une musique principalement instrumentale où le Rock In Opposition (plus communément et pratiquement connu sous le sobriquet de RIO) le dispute aux Musiques Nouvelles, avec une singularité d'une fraîcheur incandescente (mais oui).
Ainsi, après avoir ouvert les festivités par un discours d'une incohérence toute dadaïste entrecoupé dehellemusi bruitages incongrus et diverses manipulations de bandes, le groupe s'ingénie à tisser sa toile musicale au travers de compositions où s'ébaubissent en toute liberté surveillée du coin de l'oeil, des instruments aussi divers que la basse, l'orgue, le sifflet, le saxophone alto, la clarinette, la flûte, la batterie, les percussions, la space-drum, le piano, la guitare ou encore le Crumar. Pour ceux qui ignoreraient ce qu'est le Crumar et bien vous avez de la chance, car après m'être posé la même question au fil de longues années, j'ai enfin découvert récemment qu'il ne s'agissait en fait que d'une marque de synthétiseurs analogiques.
Alors bien sûr, au vu d'une telle instrumentation et du registre musical auquel le groupe se rattache le plus, d'aucuns emprunteraient sans se méfier le raccourci qui consisterait à dire que la musique de Hellebore se rapproche de celle d'Univers Zero et d'Art Zoyd. Mais personnellement, si je n'irais pas jusqu'à démentir totalement de tels propos, permettez-moi tout de même d'y ajouter un certain bémol, puisque si les deux influences précitées restent perceptibles tout au long de l'album (notamment celle d'Univers Zero), il n'en reste pas moins que sur icelui, le groupe a fait foin de toute la noirceur indissociable accolée à la musique des lascars précités. Sans compter l'effet réducteur et au final assez injuste que de telles comparaisons ne manqueraient pas d'engendrer en ayant l'audace de cloisonner la musique de Hellebore qui justement, n'a que faire des cloisons, aussi prestigieuses soient-elles. Il suffit pour vous en convaincre de jeter une oreille attentive aux compositions s'étalant sur Il y a des jours pour vous apercevoir que le groupe, acteur de la musique, en est également le spectateur, tant on a l'impression que celui-ci, regardant défiler paisiblement la musique, se gausse à interrompre la bonne marche des compositions par moult croche-pieds musicaux inattendus et ludiques. En ce sens, cette démarche rappelle le propos de Henry Cow, dans cette façon de détourner sans ménagement pour mieux provoquer l'auditeur dans son confort auditif. Mais là où la bande à Fred Frith et Chris Cutler pouvait parfois dériver en de longues improvisations étrangères à toute musicalité convenue, et par là même prendre le risque de rendre hermétique leur musique (je pense notamment à la face 2 de Unrest ou encore aux longs cheminements erratiques comme on en entend sur Concerts), les compositions de Hellebore n'oublient jamais de demeurer mélodieuses et se perdent avec un plaisir non feint dans une sorte de naïveté (dans le sens innocence du terme) leur conférant un charme irrésistible. Ajoutons encore à celà un certain goût pour les ruptures déconcertantes, un plaisir certain à se perdre dans de longues mélopées aigres-douces, puis un recours ponctuel à des sonorités que l'on attendait pas dans un tel groupe.
hellegraphAinsi et par exemple, ces bateleurs des temps modernes n'hésitent pas à recourir en certains endroits à des boîtes à rythmes kitchissimes en diable qui paradoxalement, apportent plus qu'elles ne gâchent, comme on pourrait le croire. J'en veux pour preuve le morceau Artefact, où surgissent au détour d'une anicroche ces inénarrables hand-claps que l'on croyait enfouies à tout jamais sous les décombres du disco le plus insignifiant leur ayant octroyé une place prépondérante en ses glorieuses années. Sauf que dans le cas de Artefact, ces hand-claps ont à peu près autant de dynamisme qu'un mollusque en phase terminale, ce qui ne les empêche pourtant pas de servir de soutien à toutes sortes d'élucubrations soniques éructées en toute hilarité par des instruments majoritairement percussifs trop occupés à chambouler la structure atomique des architectures sonores mises en place par le groupe, pour avoir encore en plus à se soucier de l'état de sénilité avancé des hand-claps.
Et c'est ainsi que de détours en clins-d'oeil, de flâneries automnales en digressions acoustiques, d'errances oniriques en éclairs de folie pétris d'humour, Il y a des jours se pose comme étant un disque absolument captivant sur lequel le temps n'a pas d'emprise, tant le non conformisme musical qui l'habite le tient éloigné de toute tentative de datation.

Signalons pour conclure que la réédition sur compact de cet album fait également office d'intégrale, puisqu'outre Il y a des jours, il nous est loisible d'esgourder Les lions, Oarystis et Gargamel chez les Cosaques, trois titres parus en leur temps sur diverses musicassettes compilatoires d'étrangetés musicales. Sachez aussi que si Hellebore n'a publié qu'un seul disque, il n'en reste pas moins que Daniel Koskowitz a ensuite radicalisé son propos au sein de Soixante Etages, Etage 34 et à présent Jagger Naut, trois groupes dont les disques sont d'ailleurs tous recommendables. Jean Cael quant à lui est dorénavant l'un des moteurs de Toupidek Limonade, dans lequel on retrouve aussi Denis Tagu, par ailleurs éminent membre du non moins trublionesque Look De Bouk et fondateur du label In PolySons qui, de Pierre Bastien à Guigou Chenevier, en passant par Dragibus et Klimperei, présente un catalogue riche en couleurs musicales, délicieusement hors des sentiers battus et "sempiternellement pataphysique". Un peu comme Hellebore quoi...

 

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Extrait : Artefact

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 17:25 )  

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