Depuis tout gamin l'Australie me fascine. Ses grands espaces, ses paysages déroutants, ses souris géantes qui font des misères à Rosminet, le miracle de marcher la tête en bas sans jamais tomber dans le ciel, Mad Max... et surtout ses riffeurs: Acdc, bien sûr, Hoodoo Gurus, Dubrovnik, Angels (aka Angel City), Rose Tattoo, Casanovas ou, plus calmes, Midnight Oil, Little River Band, Aragon, Sebastian Hardie... etc... la liste est quasi infinie.
Et COLD CHISEL! Petit groupe devenu superstar grâce à l'album "EAST". 22 ans après, ils nous refont le coup de SWINGSHIFT (un must en matière de rock live). Il aurait pu s'intituler SWINGSHIFT 2 que cela n'aurait surpris aucun fan car il en reprend les mêmes ingrédients et... les double. En plaisir d'abord car, autant tuer tout de suite le suspense, c'est du tout bon (enfin pour moi, bien sûr, vous faites bien comme vous le sentez !). En durée ensuite car si le premier remplissait en son temps 2 vinyls, Ringside occupe 2 cd, et c'est logique car au moment du 1er live le groupe avait 3 albums studio derrière lui, il en a maintenant le double.
"Seulement !", vous allez me dire! Eh oui, nos 5 compères ont cessé leurs activités communes en 1984. Seul le chanteur Jimmy BARNES a fait "carrière" comme on dit, les 4 autres restant d'illustres inconnus hors de leur continent. Ils se retrouvent en 1998 pour l'album The Last Wave of Summer, puis plus rien... et enfin la tournée Ringside en juin 2003, 30 ans après leur formation sous le nom de ORANGE, donnant matière à ce live.
A leurs débuts on parlait de pub-rock mais le terme est très réducteur, tout autant que leur étiquetage hard-rock dans les années 80, car leur musique est plus variée que celle des Dr.FEELGOOD, INMATES et n'a pas grand chose à voir avec les poids lourds du hard de cette époque.
COLD CHISEL est plus un cocktail de rock pêchu mâtiné de blues, de reggae et un peu de funk. L’avantage de ce style est que, s'il n'est pas novateur et porteur, au moins il est intemporel et jamais daté, que donc même à 50 ans ces gars-là ne sont pas pathétiques avec ce rock plongeant dans les racines ! Le "son" COLD CHISEL c'est avant tout la voix éraillée de Jimmy BARNES (et qui peut énerver, je l'admets, pas loin de celle de McCafferty de Nazareth, physiquement proche aussi d'ailleurs) et la guitare de Ian MOSS. Bizarrement ces deux-là composent très peu, les morceaux étant signés en quasi totalité par le claviériste Don WALKER, également grand artisan du son du groupe, et le batteur Steve PRESTWICH.
Chaque album studio est ici représenté par 3 à 5 titres auxquels s'ajoutent des petites surprises et des reprises dont le groupe a le secret (cf "Knocking on heaven's door" sur SWINGSHIFT ou "Georgia" sur BARKING SPIDERS LIVE).
Le 1er cd est une sorte de best of avec comme seule surprise le titre très calme "Fallen Angel" chanté par le batteur et tiré des bonus de la réédition 2001 de Last Wave of Summer. Au bout d'une heure et quelques, Jimmy BARNES annonce qu'ils reviennent dans 10 mn: 10s nous suffisent à changer de cd ! L'intelligence de ce genre de groupe est de varier les ambiances en concert, heureusement, 2h30 de gros riffs auraient vite fait d'être lassant. Les ballades et les titres reggae succèdent aux rocks endiablés. Pour illustrer ces propos la deuxième partie du set commence de façon très calme par "Cry me a river" et "Four Walls" pour se prolonger par 3 titres acoustiques où le batteur troque ses baguettes pour une guitare et vient pousser la chansonnette: "Lovelight" semble être totalement inédit, "When the war is over" est LE single de 1984 et "All I wanna do" figurait déjà sur le dvd live de Prestwich de 2001.
L'ambiance est à ce moment très feutrée, limite jazzy, un vrai régal. Puis "Big River" de Johnny CASH marque le retour à l'électricité jusqu'à la fin du concert. Cerise sur le gâteau, le groupe est même allé déterrer un fond de tiroir, "F-111", uniquement sorti sur le cd d'inédits TEENAGE LOVE de 1994 (et en bonus sur les remasters). Le concert s'achève ensuite sur l'inévitable et speedé "Goodbye". En bonus une deuxième version de "All I Wanna Do", chantée par Barnes cette fois, vient clôturer ce must pour tout amateur de rock en général sans étiquette.
Ah, oui j'oubliais ! Ne cherchez pas cet album chez vos dealers habituels. Si l'Australie est un désert à 90%, le désert culturel est lui bien en France. «ColQuoi ?» vous rétorquera le vendeur de votre soi-disant défenseur de la culture adoré ! Oui, celui en 4 lettres qui a tué tous les petits disquaires passionnés. Pas de panique, en quelques clics de souris (pas géante celle-là) chez http://www.amazon.de ou carrément http://www.hmv.com.au en Australie, vous pouvez vous procurer l'objet pour même pas 25 Euros ou l'intégrale 1978-1984 en 7 cd et/ou le dvd.
Ce dernier est beaucoup plus court que les 2 cd et, pour une fois, sans titres spécifiques au support: le groupe est sur une scène circulaire qui tourne au centre de la salle. Sympa ! L'autre avantage est de se rendre compte que Ian Moss chante aussi beaucoup, dans un registre très proche de celui de Barnes. J'avais tendance à les confondre sans l'image.
Voilà en tout cas une reformation qui me plaît beaucoup : pas de pression, pas de réel coup médiatique, juste pour le fun de se retrouver sur une scène. Le rock, quoi ! Pas plus, pas moins.
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