Créé par 'Rustic' Rod Goodway (ex Third Ear Band et Bevis Frond, entre autres), Ethereal Counterbalance est plus un projet musical constitué d'un petit cercle de musiciens qu'un véritable groupe, puisque les line-ups varient d'un disque à l'autre en fonction des disponibilités de chacun. Seul Rod Goodway apparaît sur chaque disque, quand bien même pas toujours aux mêmes postes. Sur l'album présenté ici, Ethereal Counterbalance II est constitué de Steve Chew (basse), Dan Tilbury (batterie), Rod Goodway assurant le reste et signant la totalité des compositions.
Pour les amateurs d'étiquettes, Mellifluous Confluence est un disque à ranger dans la catégorie d'un space-rock ténébreux à tendance neurasthénique. Le disque défile en effet dans une ambiance inquiétante, malsaine, étouffée, larvée.
Il s'insinue en vous insidieusement par chacun de vos pores et finit par vous capturer et vous inclure au coeur même de sa poisse. La guitare électrique répand ses venins comme des ronces sans cesse grandissantes, avec un son très acide, voire sulfureux. La basse est ronflante et saturée, la batterie froide et aride, et ce n'est pas le chant, tantôt nasillard, tantôt inhabité, lorsqu'il n'est pas passé à la moulinette de divers effets ou de réverb, qui va améliorer les choses. Tout ici est fait avec une lourdeur gluante, l'album défile lentement mais inexorablement, il vous brûle l'oxygène et vous donne comme l'impression d'être en apnée au milieu de la vase. Même les morceaux les plus enlevés ("Splashed", "Rocket Ship", "4.Q.3."...) semblent figés dans leur marasme, sans réellement pouvoir se défaire de toute la viscosité collante qui habite l'album. Ils sont un peu comme une fourmi essayant tant bien que mal de sortir du chewing-gum fondant au soleil dans lequel elle aurait posé ses pattes (la pauvre). Quelques effets électroacoustiques ici et là rappellent vaguement le "Aumgn" de Can, sur "Leo's Legs" notamment et rajoute encore une couche au sentiment d'oppression qui prédomine.
Alors bien sûr, présenté comme ça, Mellifluous Confluence pourrait apparaître comme plutôt repoussant, mais c'est paradoxalement toute sa noirceur qui le rend passionnant à écouter. Difficile en effet de ne pas se laisser prendre au piège et de résister à cette musique qui coule de vos enceintes comme un puissant poison. Il vous nourrit lentement, suivant imperturbablement le cheminement tracé par l'agencement des morceaux et finit par vous posséder au bout de quelques écoutes.
Claustrophobes s'abstenir.
extrait : splashed .
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