
Magma est essentiellement la créature de Christian Vander (et là, tout le monde est épaté de lapin, personne n'était au courant, merci la technologie). Notre Christian, qui est en lui-même une sorte de magma justement, un pâté d'homme, un géant, un ogre chevelu, est également un grand batteur. Frappe colossale, science de la répétition, technique ébouriffante, originalité, tout ce qu'on veut.
Mais Magma, c'est d'abord un binôme, celui du chant et de la batterie (en fin de compte, si on réfléchit bien). Ensuite vient la basse, à la fois frêle et grondante, tenue ici par l'excellent Guy Delacroix, qui de nos jours cachetonne derrière des chanteurs de variété célèbres, quel gâchis. Notez bien que tous les bassistes de la formation, de Paganotti à Jannick Top, ont suivi le même trajet, on appelle ça "la malédiction des bassistes de Magma" (en Magma ça se dit "Derindo seündô mémôzine di France Gall"). Puis viennent ensuite les claviers, piano, synthés. Quelques cuivres également, quelques flutiaux en tous genres, ainsi que des tas d'autres bidules (soyons précis) mais de guitare poin...
Ca débute avec The last seven minutes, à savoir un méchant groove comme seul notre Christian sait en pondre, avec ce son de grosse caisse reconnaissable entre tous, mais entrons un peu dans les détails; Christian utilise la plupart du temps des grosses caisses de faible diamètre, qui donnent ce son si caractéristique. Plusieurs enclumes ou parpaings sont d'ailleurs nécessaires à notre Cri-cri pour retenir le fût en question (sinon, le dit fût partirait à la vitesse de 200 km/h en direction du public dès le premier écrabouillage de pédale). "Ôôô Magma di véroundi, la zeul hi véfürdi" semble nous dire le choeur en introduction du morceau. Ok les gars, véroundi aussi. Après cette entrée en matière, premier break (à 1 minutes 47 environ), changement d'atmosphère. Klaus Blasquiz se met alors à marmonner tout un tas de trucs incompréhensibles, puis second break (à 3 minutes 50), d'une beauté ahurissante, la batterie semblant en apesanteur pendant quelques fractions de secondes. Enfin, le morceau s'apaise progressivement, comme quand on laisse entrer le soleil quelque part. Laissez, laissez entrer le non rien. Un morceau vraiment sublime, du début à la fin.
Puis vient Spiritual (Negro song), véritable gospel à la sauce Magma. Totalement raccord avec les deux plus marquantes influences musicales de Vander, à savoir John Coltrane à qui il voue un véritable culte, et Otis Redding à qui il voue la même chose (et on le comprend).
Troisième morceau, Rindë (Eastern Song) se présente sous la forme d'un piano-voix mélancolique, sur lequel Klaus nous brode cet espèce de yodle kobaïen sur-aïgu dont il a déposé le brevet voilà bien longtemps. "Du bi ri biss indi"... Ah bon d'accord.
Arrive alors Liriik Necronomicus Kahnt avec son thème vocal bizarre, comme chanté dans un tuyau. Ou au kazou, on ne sait jamais.
Et là, on retourne le disque s'il s'agit d'un vinyl, par contre inutile de retourner quoi que ce soit s'il s'agit d'un cd.
Déboule alors Maahnt, avec son groove d'intro imparable et oppressant, mais le morceau finit par s'enliser quelque peu dans une grandiloquence cuivrée. "Bit mi, bit mi" (mais que veut-il dire par là ?) répète inlassablement Christian comme s'il venait de rencontrer Jezebel en personne. Le démon lui jette alors des espèces de rots de porc au visage en guise de réponses, c'est effrayant.
Le morcif suivant s'appelle Dondaï (To an eternal love) et apparaît clairement comme un hommage à John Coltrane, malgré qu'on ne comprenne rien à ce qu'ils racontent, tous autant qu'ils sont. Le piano évoque immanquablement le phrasé tout en contrepoints de Mc Coy Tyner tandis que le sous-titre rappelle sans équivoque A Love Supreme. Un morceau lumineux qui finit par s'envoler dans les plus hautes sphères de la joie de vivre, mais c'est très personnel comme interprétation.
Puis vient Nono, et je ne parle pas du petit robot, mais du morceau qui est pour le coup, mi-sombre mi-foufou. "Emémozen émémozenyäh" nous chante cette fois Klaus sur un ton menaçant, tandis que les choeurs s'apprêtent à partir dans de vastes envolées lyriques, pour finir par retomber dans la menace en question.
Alors vous allez me dire "mais qu'est-ce qu'on en a à foutre ?" et vous aurez raison, car tâcher de faire redécouvrir Magma en 2006 est comme qui dirait assez vain, un peu l'équivalent de péter dans une contrebasse. Notez que si ça se trouve le résultat est très joli, je n'ai jamais essayé... Quant à conseiller ce disque à un jeune pris au hasard relèverait de la plus folle irresponsabilité tant cette musique est chelou. La pochette de Giger aussi est chelou, tout est démentiellement chelou dans ce disque. Conclusion, je ne sais pas. Bonne chance à tous et bon appétit si vous êtes à table.
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