
pour être plus précis. Enregistrés à Deià de Majorque, petit village d’artistes idyllique situé sur une sorte de promontoir au-dessus de la mer, ces deux albums sont de véritables chef-d’œuvres, non seulement au sein de la discographie d’Allen, mais aussi au sein de celle de la famille Gong toute entière.Injustement méconnus et/ou mésestimés, hormis chez les fans d’Allen qui leur vouent une admiration pleinement justifiée, ils correspondent à ce que l’on appelle la période Deià de Daevid Allen, période où chaque chanson enregistrée semble avoir été touchée par la grâce, tant elles sont porteuses d’une intemporalité quasi magique dûe au très fort sentiment de pureté diaphane qu’elles dégagent, et à la tendresse toute pleine d’humilité qu’Allen a su leur insuffler. Poser ces galettes sur sa platine, c’est comme décider de s’envoler dans un monde coloré où prime la douceur et la légèreté. C’est se laisser envahir par un flux continu de vibrations positives qui se posent comme un véritable oasis, un paradis apaisé au milieu de la tourmente quotidienne. Comme une parenthèse surréaliste, Good Morning et Now Is The Happiest Time Of Your Life sont deux œuvres indissociables l’une de l’autre, deux chapitres d’un même livre formant une escale atemporelle faite de poésie musicale lancée comme une caresse polissonne sur nos carcasses meurtries. Un véritable baume bienfaisant, un elixir de jouvence condensé en quelques chansons impeccables, où jamais l’évidence lumineuse ne cède pour autant à la facilité.
Ayant découvert le groupe catalan Euterpe, notamment à travers ses reprises inédites de Stairway to Heaven (Led Zeppelin) et Thick as a Brick (Jethro Tull), Allen décide d’enregistrer avec eux et avec Gilli Smyth ce qui sera son premier album acoustique, ou plus exactement semi-acoustique.

bonne humeur.Composé d’une sorte de folk-psyché scintillant, résolument optimiste, il se dégage de ses sillons toute une aura d’innocence enfantine soutenue par le climat idyllique des Baléares dont toute la clémence est quasi palpable dans le disque.
Porté par des mélodies superbes et la voix douce et posée d’Allen, ce disque fait la part belle aux guitares acoustiques, tour à tour perlées de tendresse ou jetant leurs suaves espagnolades en savants tricots chatoyants. Une contrebasse légère, un piano lunaire ou d’antiques sons de claviers auréolent les compositions de reflets variés, en des arrangements à l’apparence parfois simplistes mais toujours justes, servant la musique avec une pertinence extra-lucide. Pour preuve le magnifique Children Of The New World ouvrant l’album comme une déferlante de tendresse, avec ses notes de glockenspiel suspendues à la guitare sèche comme autant de petites gouttes de pluie fine s’échouant sur l’herbe verte. Des breaks nourris de clins d’œil au patrimoine musical mondial (ici le célèbre Greensleeves, là le thème de « Ce n’est qu’un au revoir »), ou de joyeuse extravagance typique de Daevid Allen, viennent parsemer les compositions de couleurs décalées, quelque part là où la surprise est maîtresse et l’humour son plus fidèle serviteur. Les mythiques glissandos de guitare chers à Daevid sont également présents ici, notamment sur le titre Wise Man In Your Heart, longue composition sensuelle soutenue par des boucles de percussions dûes à Pierre Moerlen et par la ligne de basse pneumatique de Mike Howlett.
On notera également que la version CD de ce disque, longtemps restée plus rare que le vinyle mais récemment remise sur le marché par Esoteric Recordings, contient un morceau en bonus. Intitulée Euterpe Gratitude Piece, cette longue pièce servait à l’introduction des concerts de Daevid Allen & Euterpe en 1976. Ce morceau est composé de longs drones de guitare glissando, en suspension dans l’éther comme un vaisseau fantôme secoué de légères mouvances orbitales, et agrémenté de collages de bandes, collages dont la technique avait été enseignée à Daevid par Terry Riley aux alentours de 1963. Bien que résolument différent dans son esprit que l’ensemble de l’album (parce que n’ayant plus rien à voir avec une quelconque acousticité), ce titre n’en dépare pas pour autant sa continuité, loin de là, puisqu’il achève le disque dans un climat de flottaison extatique plongeant l’auditeur encore un peu plus loin dans l’état de béatitude sereine auquel l’album l’avait déjà conduit.
La nouvelle troupe est baptisée les Catalunatics (jeu de mots entre catalan et lunatique), patronyme qu’Allen avait déjà accolé par simple humour à la troupe Euterpe sans pour autant y donner un caractère officiel.
Durant cette période, notre infatigable australien produira deux albums d’artistes espagnols. D’abord Liquors de Pau Riba et ensuite le superbe album de Pep Laguarda & Tapineria intitulé Brossa d’Ahir et dispensant un folk aux légères effluves psychédéliques de toute beauté (ceci dit, ça n’est pas le sujet).
Au même moment, Virgin se plaint d’un manque à gagner suite à la sortie des charts du Tubular Bells de Mike Oldfield, et décide alors pour compenser les pertes de se passer de Daevid Allen (entre autres), jugé non rentable.
Celui-ci reprend alors contact avec Jean-Luc Young, ancien de chez BYG Records, qui vient de mettre sur pied un tout nouveau label : Charly Music Ltd.
Un contrat est établi et une avance sur royalties permet à Daevid Allen et ses Catalunatics d’enregistrer un album : Now Is The Happiest Time Of Your Life, qui sortira en 1977 sous label Affinity, sous-division de Charly (ainsi que sur le label Tapioca en France).

Bien que restant exactement dans la même veine musicale que Good Morning, Now Is The Happiest Time Of Your Life se veut être un brin plus étoffé en matière de couleurs musicales. Plus de diversité instrumentale, présence plus appuyée des percussions, et sensation d’une musique moins dépouillée.Une fois de plus, nous sommes conviés à un véritable festival de sérénité musicale. L’album égraine tout au long de ses neuf titres un délicieux parfum de douceur joyeuse. On y retrouve d’ailleurs les Flying Teapots et autres Pot Head Pixies chers à Allen, notamment par le biais d’un extrait de la lecture qu’il avait faite à Londres peu avant la publication du disque, lecture dans laquelle il dévoilait les secrets et autres messages à teneur philosophique cachés derrière l’histoire de la trilogie Gong (pour info, l’enregistrement complet de cette lecture est paru en 1992 sur une cassette publiée par le fan-club : The Truth, sous référence GAS006). On retrouve également ces colorés personnages dans Tally
& Orlando Meet The Cockpot Pixie, géniale petite pièce ou Allen discute avec les enfants à propos de ces mystérieuses et amusantes théières volantes. Voix de bambins, éclats de rire et musique de fête foraine impriment un côté ludique parfaitement à sa place dans cet album aussi chaleureux qu’un après-midi cocooning en famille, genre cheminée qui crépite, fauteuils en feutre et thé ou jus d’orange à volonté.Si l’album ne souffre d’aucune faiblesse ou temps mort, on retiendra tout de même parmi ses moments les plus forts, Why Do We Treat Ourselves Like We Do et ses tablas envoûtants, le sublime Poet For Sale, géniale diatribe contre les patrons de l’industrie musicale, dans une version à faire se pâmer d’extase jusqu’aux mouches zigzaguant sous votre plafonnier, l’ultra planant I Am avec ses mules geignantes, ses cloches de vaches et son formidable tapis de glissandos apte à faire décoller illico votre coussin afghan en poils de lama inoxydable préféré. Citons enfin l’hommage rendu à Deià dans le mirifique et bien nommé Deya Goddess, clôturant l’album en ambiance feu de camp nocturne au Larzac, bien au chaud dans une étoffe soyeuse moirée d’éclats de voûte céleste.
En premier lieu, on en retrouve disséminées sur plusieurs cassettes publiées par la Gong Appreciation Society (GAS), qui est à Gong ce qu'un fan-club est à n’importe quel groupe, hormis le côté mercantile et béatitude débile devant l’idole souvent rencontrés ailleurs.
La première à nous intéresser s’intitule Deya Daze et se veut, comme son nom l’indique, entièrement consacrée à la periode Deià. Pleine de charme, elle se veut aussi dispenser les plus hilarantes chansons enregistrées par Daevid Allen à cette époque, comme le Banana Reggae, sans doute le morceau reggae le plus rigolo jamais publié, ou encore la version surréaliste et à rallonge de You Must Be Joking, aussi connu sous le nom de Sittin In A Teashop. Avec un accompagnement musical ad hoc, elle est ici narrée en deux langues, dont le français, passage où Daevid raconte avec son délicieux accent et armé de tout son humour, ses déboires à verser son thé de sa théière jusqu’à sa tasse pour y tremper des biscuits boudoir.
D’ailleurs, d’autres chansons en français sont aussi présentes sur cette cassette, lui conférant une saveur particulière pour nous autres résidant de l’hexagone ou autres figures géométriques à dialecte francophone.
Signalons aussi d’autres inédits sur les cassettes Poet For Sale, Gliss Bliss, Tape Works et dans une moindre mesure Studio Follies. Qu’il s’agisse de chansons encore jamais publiées, d’autres déjà connues mais ici dans des versions différentes, retravaillées, en live ou en répétition ou même chantées en catalan, toutes possèdent ce charme unique qui est la marque de fabrique de cette période dorée dans la prolifique carrière de Daevid.
Malheureusement devenues introuvables depuis lurette, il semblerait toutefois que le GAS fasse en sorte de rendre à nouveau disponible une partie de ces cassettes sous forme de téléchargement dans un avenir relativement proche mais tout de même incertain. So wait and see….
Enfin, un CD consacré à ces années a également été publié récemment chez Voiceprint, comme partie du lot Bananamoon Obscura
Serie (jeu de mots sur Bananamoon Observatory), série de vingt albums d’archives en édition limitée orchestrée par Allen et se voulant retracer les différents aspects de la musique qu’il a produite jusqu’à maintenant. Ce CD, premier de la série et sobrement intitulé Studio Rehearsal Tapes permet notamment de découvrir certains morceaux du Gong repris façon Allen & Euterpe (Magick Brother et 5 & 20 Schoolgirls), ou de redécouvrir, pour ceux possédant déjà la cassette Deya Daze, des versions inédites avec un son un peu meilleur que sur la cassette originelle.On déplorera toutefois que le morceau Sittin In A Teashop soit en fait tronqué par rapport à celui de la cassette, occultant notamment toute sa partie française.
Ceci dit, même si toutes ces publications tardives recèlent de véritables petites perles et parviennent à retranscrire toutes les bienfaisantes vibrations dispensées par Daevid Allen dans ces années-là, elles se veulent tout de même plus propices à compléter les albums originaux, et à ce titre, celui qui voudra découvrir cette musique aura plus d’intérêt à se jeter sur Good Morning et Now Is The Happiest Time Of Your Life avant tout.

Alors qu’au contraire, prêter du temps à leur écoute, c’est la garantie pour l’auditeur de retrouver le même émerveillement féérique que celui éprouvé dans son enfance à l’écoute d’une belle histoire richement illustrée de couleurs éclatantes et racontée par son grand-père. C’est prendre place sur le plus étoilé des tapis volants, pour un voyage hors du temps dans des contrées à la fois bucoliques et surréelles, nimbées de poésie pastel et de notes féériques, comme autant d’invitations à la détente la plus absolue. Prêter du temps à leur écoute, c’est comme aérer son esprit en ouvrant grand la fenêtre sur un ciel frais et revigorant comme une bulle de champagne.
Sur ce je vous laisse, parce que figurez-vous que maintenant, je me retrouve avec deux galettes à sortir du four. Alors bon appétit, et om banana cha cha cha ! comme ils disent sur la planète verte.

Et hop de deux ! Grâce à un extrait de Now Is The Happiest Time Of Your Life intitulé Poet For Sale

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