"Il est clair que le monde est purement parodique, c'est-à-dire que chaque chose qu'on regarde est la parodie d'une autre, ou encore la même chose sous une forme décevante." écrivait Georges Bataille dans "L'anus solaire". Et plus loin, il précisait : "Tout le monde a conscience que la vie est parodique et qu'il manque une interprétation". Cette interprétation, le jeune Steve Harley en a proposé une particulièrement pertinente dans un album intitulé Psychomodo, qu'il composa et joua accompagné de 4 acolytes sous le patronyme de Cockney Rebel. Avec cet album, la parodie atteignait ce point de perfection qui en retourne la définition, la chose parodiée devenant décevante devant sa parodie même. Car Cockney Rebel sera l'aboutissement formel du mouvement glamour, qui représenta bien plus qu'une mode éphémère pour teenagers, mais un véritable basculement historique de la musique, celui qui accompagnera le passage des 30 glorieuses à la société post-crise du pétrole.
J'ai découvert Cockney Rebel début 1974 dans l'émission radiophonique vespérale de Jean-Bernard Hébey (c'était sur Europe 1), avant qu'il ne devienne brève de comptoir (sur)vivant dans une émission (au sens vomitif du terme) de papotage creux. C'était pour l'album Human Menagerie (qui mériterait aussi sa dithyrambe). Il ne savait comment prendre cet objet discographique non "cataloguable" (toujours un bon signe) et se demanda même ouvertement s'il ne s'agissait pas d'un gag (sic). Quand j'entendis le dit gag, je compris que je n'avais pas le même sens de l'humour que notre sympathique disc-jockey (impression persistante quand je l'entends pérorer aujourd'hui).
J'attendis mon séjour linguistique estival outre-manche, séjours qui s'intitulent ainsi car des
jeunes Français(es) vont s'y emmêler la langue avec des jeunes Anglais(es), mais que j'utilisai pour m'adonner à un vice bien plus impardonnable que le pourlèchage de petite Anglaise : l'achat de disques (ce qui consternait mon père qui aurait préféré anecdotes baveuses plus croustillantes à se mettre sous la dent). Mais le groupe s'invita avant même que j'allasse l'écouter chez le disquaire du coin, via la télé et un passage à Top of the Pops, un après-midi d'août, alors qu'un coiffeur à domicile, efféminé jusqu'au bout des capillaires, tailladait dans la tignasse de la maîtresse de maison qui m'accueillait un mois durant sous son modeste toit. Quand le présentateur de cette émission certes ridicule mais dans laquelle groupe ne pouvait refuser de passer quand il avait placé dans les charts son dernier single, eut annoncé Cockney Rebel, et dès que les premiers mots de "Mr Soft" emplirent le salon roccoco-prolo de ma famille d'accueil ("Mister Soooooft, turn around and force the world to watch the things you're going throuuuugh"), avec cet accent cockney maniéré à côté duquel Bowie ou Ferry semblaient des parangons de naturel, l'individu devint mon idole, emploi jusque là assez vaquant et qu'il fut le premier à remplir.
Le morceau, qui se trouve sur Psychomodo (le titre vient de la contraction de Psychose et de
Quasimodo), était paru un mois plus tôt, et fricotait avec les hauts du classement (n°8), le groupe semblant en passe de créer un phénomène d'hystérie teenage aussi fort que T. Rex 3 ans auparavant. Il n'en sera rien. A noter toutefois que la formation qui, ce jour là, occupait l'écran n'était pas, à l'exception du batteur, celle qui avait enregistré les 2 premiers albums, le groupe venant d'exploser en vol (le 23 juillet précédent), mais la nouvelle formation (avec notamment Jim Gregan à la guitare, à peine sorti de Family), hélas nettement moins charismatique. D'ailleurs cette version, jouée live, était bien inférieure à celle gravée par la formation précédente. Mais il y avait déjà de quoi devenir euphorique.
Ce chanteur c'était donc Steve Harley (né Steven Nice 23 ans plus tôt), brièvement journaliste rock et qui venait de donner naissance au groupe de rock le plus radicalement en rupture avec la décennie précédente. Même le glam rock, et au sein de ce mouvement, même Roxy Music, n'avait osé faire autant fi du bagage rock ou blues qui traînait dans les malles des novateurs de cette vague. Cockney Rebel, c'était une nouvelle architecture, dont les racines paraissaient beaucoup plus plonger dans l'Opéra de 4 Sous que dans "Rock Around The Clock" ou Sgt Peppers. Cette référence aux atmosphères du Berlin des années 30 et de Kurt Weill sera aussi présente chez Melanie, Peter Hammill, Sparks et Alex Harvey, soit les styles que j'affectionne par dessus tout. On rappellera qu'au cinéma, en 1968, sortait Cabaret, film qui exerça une grande fascination chez de nombreux adolescents, dont moi.
Déjà, Cockney Rebel osait le rock sans guitariste, remplacé ici par un violoniste (Jean-Paul Crocker, à l'origine violoniste de bluegrass et ici absolument parfait au violon électrique). Il osait d'ailleurs toutes les audaces : la prétention, l'Oscar Wildisme outrancier, la confession dépressive, les références à la poésie symboliste du XIXème siècle, la complexité lexicale,
l'évocation sexuelle la plus crue, les coïts stylistiques les plus improbables, l'incitation au suicide, la dérision absolue, et puis bien sûr Orange Mécanique (les groupes punks s'en empareront plus tard) même si l'imagerie servit surtout pour Human Menagerie. Musique de cirque ou de luna park s'enroulaient en volutes autour de chansons à boire infestées de préciosité glamour, le tout tapissant la voix à l'accent outrageusement cockney de Steve Harley. Si le mot "décadent" a jamais signifié musicalement quelque chose, alors c'est là qu'on la trouve. Bien sûr, des coups à l'intégrité sonore du rock avaient été portés auparavant. Par le biais des influences classiques, les Moody Blues, les Nice, Procol Harum, Yes, Deep Purple ainsi que ELO avaient déjà atteint le point névralgique où les puristes se mettent à brailler des objurgations offusquées. Mais la caution symphonique ou concertiste servait encore de paravent, tandis que là, piano électrique, violon, basse et batterie affrontaient souvent seuls, tels des David impertinents, les Goliaths de la probité rock et quand violons et cuivres surgissaient, c'était avec une sorte d'emphase assumée, à la limite de la teutonnerie Straussienne (dont Procol raffola aussi).
Cockney Rebel est en effet un peu au glam rock ce qu'était Free au rock 70's : les instruments sont le plus souvent très distinctement audibles, la musique se reconstitue et ne s'impose pas, ce qui nécessite toujours de la part des impétrants une précision et une élégance qui ne souffrent la médiocrité. Prétexte tout trouvé pour aborder dès à présent le cas Stuart Elliott qui, avec BJ Wilson (Procol Harum) et Terry Williams (Man), est le batteur que je porte le plus près des nues et Dieu sait si j'affectionne les nues. Si Stuart Elliott avait été peintre, il serait des élus qui savent dessiner à main levée le cercle parfait. Son rythme est d'une précision proprement métronomique (il fut appelé "the human metronome"). Sa subtilité rend chaque écoute (et Psychomodo est l'un des albums que j'ai le plus écouté dans ma vie) marquée par la jubilation de trouver là ou là de quoi s'émerveiller. A l'instar des deux autres batteurs cités, quand rien ne paraît possible, lui sait encore quoi faire pour qu'une batterie s'y glisse sans heurter, sans déranger. Voilà, c'est dit. Revenons à notre rebellion cockney.
Ici, l'audace était de prendre position sur les terres du rock pour teenagers, et ce sans la sempiternelle figure de l'axe victim au manche phallique dressé entre les jambes. Et quelques
semaines au cours de l'été 1974, un vent de révolution, hélas fugace, souffla quand Sparks et Cockney Rebel devinrent conjointement les phénomènes musicaux les plus populaires d'Angleterre (voir photo ci-contre). Cette arrogance, ce sans gène, cette absence de complexe vis à vis du passé (Steve Harley n'hésitant pas à déclarer que la guitare avait tué le rock par exemple, ce qui à l'époque fit hurler et se gausser) en font finalement aussi des précurseurs du mouvement punk, dont les protagonistes avaient entre 15 et 16 ans, et qui virent là de quoi se débarrasser des sermons péremptoires des "grands" pour qui, hors du guitar hero, point de salut.
Cette musique là n'avait plus aucune échelle de valeurs prédéfinie. Le binaire et la sophistication extrême, la violence, souvent autodépréciative, des mots, et la sensualité dissolvante coexistaient et ouvraient la voix à une infinité d'univers possibles. Personne ne se doutait que le glam rock vivait cependant là à la fois son acmé et son trépas. Tout cela ne serait jamais exploré, même pas par ses protagonistes, qui rentreraient dans le rang dès l'année suivante, imitant hélas le (mauvais) exemple du Monsieur Loyal de ce grand chapiteau glam : David Bowie, qui, avec Young Americans, fit un mal terrible au rock anglais qui s'abousa alors à quelques exceptions près dans une parodie blanche de la soul music.
On me dira bien sûr que tout ce fatras de phrases tarabiscotées n'en dit pas long sur le contenu.
J'ai déjà donné quelques éléments mais l'examen détaillé s'impose, tant rien ici n'est redondant et surtout, tant tout y est habité par la grâce et l'évidence (et puis aussi tant l'idée d'emmerder ceux qui n'aiment pas les chroniques longues me plait). Il faut déjà préciser que l'album bénéficie d'une sorte de concentration de ce que la période 1973-74 comptait de plus talentueux. Ainsi la pochette, photos et conception, est-elle due à Mick Rock (26 ans, peut-être l'un des plus grands photographes de rock et en tout cas celui du Bowie era Ziggy ou de Lou Reed, la pochette de Transformer c'est lui), la production fut confiée à Alan Parson (26 ans, qui, après s'être occupé de Paul McCartney, venait de se rendre célèbre en étant l'ingénieur du son de Dark Side Of The Moon) et les orchestrations à Andrew Powell (25 ans, qui revenait d'étudier sous la houlette de Stockhausen et dont Cockney Rebel était la première aventure dans le monde du rock). Le trio semble s'être fixé de réussir l'album le plus classieux et incontournable de tous les temps car le résultat, pour autant qu'on y soit réceptif (disons que ceux qui aiment le Lou Reed de Berlin, le Bowie d'Hunky Dory et le Roxy Music de For Your Pleasure sont plus particulièrement susceptibles de l'être) est un diamant noir.
L'album s'ouvre sur une sorte de tourbillon de cuivres et de cordes qui s'épanouit non pas en quelque pompierrerie comme Queen nous en infligera par la suite, mais en une sorte de cocktail entre Nino Rota, rock 'n roll et musique pour manèges, jouée, je le rappelle, par une basse, un
piano et un violon tous deux électriques, ainsi qu'une batterie légère et agile comme une langue voulant réjouir un clitoris. Dès cette première tentative d'évocation, je m'aperçois comme la musique alors proposée par le quintet manque de prise pour la décrire. Oui vraiment, l'envie de se limiter à taper en majuscule ECOUTEZ saisit à la gorge et au poignet. En tout cas ce morceau, qui est un peu à Cockney Rebel ce que "Black Dog" est à Led Zeppelin (structure brisée, alternance d'arrêts et de relances) est un corridor parfait pour entrer dans cette étrange demeure au luxe décadent où le titre éponyme nous accueille sur un rythme qui, une fois de plus, emprunte autant aux chansons enfantines qu'au rock 'n roll. Car chez Steve Harley, comme chez Alice Cooper (celui de cette époque, les deux groupes ayant quelques points communs) plane constamment un mélange de perversités et de terreurs enfantines. On s'aperçoit aussi à quel point Steve Harley est finalement, comme Ian Hunter, influencé par Dylan dont il représente une proposition glam (une parodie ?). "I been losing my head / I been losing my way / I been losing my brain cells at a million a day / I been so desillusionned / I'm on suicide street" chante-t-il avant d'être moqué par un rire d'orgue tout droit sorti de la gorge d'un volatile enroué. Puis, comme le personnage de "Maître et Marguerite", le héros est introduit à diverses figures historiques et littéraires dans un maelström cauchemardesque que l'apparente joyeuseté de la musique rend encore plus insane.
C'est ce moment que choisit "Mr Soft" pour pointer son nez de passe-muraille indiscret. Morceau légendaire s'il en est, véritable incursion de la musique de fanfare (mais sans cuivres) dans le rock anglais, il pousse le concept Ray Daviesien (avec lequel Steve Harley peut souvent être comparé dans sa gestuelle et ses intonations) qui jouait sur des terres proches avec les deux actes de Preservation mais sans hélas le génie mélodique dont il avait fait preuve auparavant, à son extrême, et clôt finalement avec cette chanson tout un pan d'un certain rock anglais. Enchaîné, "Singular Band" tient l'auditeur sur la corde raide d'un beat de batterie auquel s'accrochent avec une délicatesse infinie voix et instruments. On atteint ici à l'épure absolue. Pas moins racoleur que cette musique où les notes font substance et non leur assemblage. "Singular Band" est au rock ce que Mallarmé était à la poésie Hugolienne. Une certaine constance : la solitude d'un narrateur suicidaire au milieu de mondanités vaines (bruits de cristal qui s'entrechoquent, on semble trinquer). Psychomodo a d'ailleurs quelque chose du "Feu Follet" de Drieu La Rochelle mis en musique.
Puis c'est "Ritz" où le groupe se réinvente complètement. "Ritz" est un des moments les plus magiques de l'histoire de la musique. On est happé et projeté dès les premières mesures dans un monde parallèle comme seul un Ravel sut en offrir (sur "Daphnis et Chloë" en particulier). Je ne sais à qui l'on doit faire crédit des multiples options sonores choisies pour ce morceau (je penche pour Andrew Powell) mais qu'il en soit remercié pour l'éternité. Là, c'est une guitare 12 cordes qui bat la mesure et conduit par la main l'auditeur dans un dédale vertigineux où l'on avance comme ivre, vers un destin fatal. Le goût du doom m'est bien plus venu avec Cockney Rebel qu'avec Black Sabbath finalement. Description métaphorique d'un monde de tartuffes ("Clowns in drag, concealing vanity"), James Ensor aurait pu mettre sur toile cette plongée dans la désolation d'un "moi" entouré de masques grimaçants et qui, faute d'en mourir,
se laisse doucement sombrer dans l'ivresse contemplative de sa mélancolie. La prosodie du texte est l'une des plus insensées de tous les temps (il faut entendre comment il prononce "Couch my desease in chintz-covered kisses / Glazed calico cloth, my costume hide this / Come to Pablo Franque's in indigo"). Les sept minutes que durent ce morceau sont les plus dissolvantes que je connaisse mais je ne connais pas tout.
De ce château mondain on passe à l'atmosphère grinçante et entêtante d'un thème aussi acrobatique que le vol d'un albatros. Avec les huit minutes de "Cavaliers", Steve Harley réussit à la fois le plus Dylanien (le phrasé récitatif et déclamatoire, désabusé et cynique) et le plus Bowiesque (la fragrance décadente de la chose) des morceaux de l'album, un morceau qu'on n'hésitera pas à qualifier de bravoure, celle d'un cavalier luttant contre utopies et euphémismes, faux-semblant et postures pathétiques ("Long-tailed coats, a silly joke; they drink like men, then see them choke on coca-cola"), cassant les non-dits ("Masturbation - getting off; you can scoff, your ideals offer nothing new") et témoignant d'un néo-romantisme autolytique qui plonge ses racines chez Isidore Ducasse et fleurira chez Ian Curtis ("Terrified to step outside, it's
so easy to make a suicide comes true"). Quand surgit l'harmonica, on se prend à rêver d'une nouvelle ère pour le folk et le blues, la naissance du glam blues dont ce groupe serait le géniteur fier et arrogant. Ce ne sera qu'un éclair dans la casserole. "Cavaliers" s'éloigne dans le lointain et nous laisse orphelins.
Apparemment plus anecdotique, "Bed In The Corner" tient lieu de respiration, quelque chose des Ronettes (de Spector quoi) dans le beat, mais une fois de plus, avec le dépouillement propre à ce singulier groupe (le solo de piano est d'une élégance princière, le violon d'une délicatesse altière, les arrangements d'une richesse somptuaire), et une histoire de corps enlacés (fantasmée ? réelle ?) où le héros a des métaphores liquides qui ne tromperont que les niais ("See her flow into the night like rivers and streams"). Selon une stratégie de lien subreptice qui unit les morceaux par paires (juste un silence réduit à une demi-seconde), ce lit dans le coin est balayé par un raz de marée sonore pour ce qui restera le morceau le plus furieux et tempétueux du groupe, et ce avec toujours cette économie de moyens qui renvoie quand même (désolé) les groupes de hard rock au constat de leur propre impuissance. Intitulée "Sling It", cette parabole maritime quasi-biblique est particulièrement habile et aboutie, le parcours de l'humanité se voyant résumé en à peine 3 minutes, partant du déluge ("The ship was sailing through a tempest of fear") pour parvenir à la parousie, la réconciliation œcuménique de naufragés incrédules ("We began to restore love and peace / And through the ship had gone down / There was a moral we found / If this is life, then it's hard to believe"). Etonnant. Et les milliers d'écoute n'ont jamais atténué ma fascination tant pour la musique que pour le texte.
Comme à la fin de certains des meilleurs films du grand Marco Ferreri ("Dillinger est mort" et surtout "I Love You"), l'album va se noyer sur la musique du mythique "Tumbling Down". Bon,
bien sûr, mythique pour une poignée d'individus seulement, de moins en moins jeunes et de moins en moins influents, mais il faut vraiment être critique auto-institué dans un magazine de rock (tous, et notamment l'un que j'ai approché de près) pour croire qu'album légendaire signifie album que la doxa, dans sa grande fainéantise (de "fait néant"), considère tel. Ce morceau est une ballade au piano qui se déploie peu à peu en un chant collectif qui n'est pas sans cligner de l'œil vers "Hey Jude", mais avec une ironie provocatrice qui en fait un sommet d'ambiguïté, parvenant, comme souvent le réussissait Oscar Wilde (ou plus près de nous, le génial Sacha Guitry), à produire émotion et dérision. Le texte est abscons (c'est le cas d'une grande partie de l'album soyons honnête) mais d'une musicalité prodigieuse (ce "Oh smother the kiss / Or be drowned in blissful confusion" qui tire des larmes sans que le sens n'apparaisse cependant clairement). Quand au refrain final, entonné par des chœurs emphatiques sur une moquette épaisse de cuivres dignes des grandes heures du "Beau Danube Bleu", Steve Harley y fait déclamer un "Oh, dear, look what they've done to the blues" qui irrita au plus haut point les amateurs forcenés et exclusifs du blues-rock plus ou moins progressif dont les derniers feux s'éteignaient. On ne trouvera que chez le Procol Harum de Grand Hotel (paru l'année précédente et auquel Psychomodo fait aussi penser par bien des aspects) une telle grandiloquence assumée, associée paradoxalement à une incroyable finesse, parce que justement l'ironie est constamment présente, le luxe n'est là que comme symbole de la vanité humaine et de sa condition pathétique.
Voilà, depuis sa parution cet album est dans mes 10 préférés. Si quelque malfaisant me demandait de sauver en tout et pour tout 3 disques de ma conséquente (mais pas pléthorique) discothèque, il y figurerait encore (probablement avec Berlin et Rock Bottom, les 3 étant de la
même année). On notera pour finir, même si ce n'est pas crucial, qu'un groupe comme Louise Attaque fait, surtout dans ses premiers albums, souvent étonnamment penser à Cockney Rebel, notamment dans l'utilisation du violon, un décalque absolu.
Epilogue. De sombres histoires de répartition de l'argent gagné fut à l'origine de la dissolution de ce groupe inclassable et magique. Faramineux gâchis. Seul Stuart Elliott restera avec Steve Harley (moindre mal) durant les décennies suivantes et sera aussi récupéré par Kate Bush où il deviendra un chaînon essentiel du charme dispensé par cette grande dame. Les 3 autres furent brièvement le backing band de Bill Nelson qui venait lui de dissoudre son Be-Bop Deluxe. Mais l'aventure tourna rapidement au vinaigre (aucune trace d'enregistrement). Ils formèrent ensuite Chartreuse dont le single (une reprise de "You Really Got Me") est assez pitoyable. Puis, ils s'évanouirent dans le néant des ex-gloires éphémères.
Steve Harley, lui, recruta donc un tout nouveau groupe (voir début de
la chronique) et enregistra l'album The Best Years Of Our Lives dont la chanson "Make me Smile" sembla lui donner raison, puisqu'elle devint un tube intergalactique qui lui assure, encore aujourd'hui, un revenu sécurisant. Mais musicalement, plus rien ne sera comme avant. Et à part le fascinant Love's A Prima Donna en 1976 (chronique indispensable mais une discographie commentée de Steve Harley serait tout de même vraiment nécessaire), il n'atteindra plus jamais de si hautes sphères. Version Rimbaud plus que Lautréamont finalement, ayant jeté tout son génie dans ses jeunes années.
5 poin / 5 (et encore, c'est peu payé)
En extraits, deux facettes très différentes (mais tout aussi merveilleuses) de cet album, Sling It et Ritz
Ici sur le site de Steve Harley, de quoi écouter une chanson par album (dont "Singular Band" de Psychomodo)
Quelques images du Cockney Rebel formation initiale dans cette video de Sebastian
Quelques minutes de Cavaliers mises en images (minimalistes par un fan)
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