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Home Dressez vos esgourdes Unsung heroes TODD RUNDGREN - A Wizard A True Star - 1973

TODD RUNDGREN - A Wizard A True Star - 1973

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 Todd Rundgren : A Wizard A True Stard

Todd Rundgren - A wizard a true starQue dire de cette galette et par quel bout l'entamer? Dans et sur la pochette (je crois que je n’ai acheté l’album que pour elle) tout y est inscrit en minuscule je vous l'accorde, mais quel bonheur de la tourner dans tous les sens, et d’ y découvrir à chaque fois un clin d’œil. Alors la pochette parlons-en. Tout d'abord, faites moi le plaisir de vous munir de la version vinyl (le pressage US y est dentelé aux quatre coins, contrairement aux pressages Européens) car non seulement il y a de quoi manger sur cette galette mais aussi il y a de quoi lire (c’est donc tout a fait logiquement qu’elle est constellée de bouches et d’yeux) car cet enchevêtrement de collages photographiques résume à lui seul l’enchevêtrement de collages musicaux qui se trouvent à l’intérieur. A noter que dans sa version originale, on pouvait y trouver à l’intérieur un poème de Patti Smith rédigé sur un sparadrap (intitulé ‘’star jezer’’) ainsi qu'une carte postale de TR vous souhaitant de bonnes vacances, et qu'il fallait renvoyer à Bearsville Records afin que votre nom figure dans un futur album du maître.

Avec Todd Rundgren les choses ont toujours été très claires : l'homme des studios de Bearsville fait de l'alimentaire (certaines fois à ses risques zé périls) en produisant à tour de bras (en 73S, déjà Sparks, Jules Shear, Hello People, Foghat, Badfinger, New York Dolls) ce qui lui permet de mener sa propre création vinylique comme il l'entend. Tout comme l'album précédent, les 3/4 de AWATS sont aux mains de Todd c'est donc une sorte de one man studio show, d'où il sort un patchwork de" gimmicks songs".

Le 14 juillet, 1975 Todd explique au NME qu'il aurait eu sans doute plus de chance en Europe avec cet album car je cite :" Ici les gens ont pour habitude, lorsqu'ils ne parlent pas anglais, de faire un effort à la fois sur la musique mais aussi sur les textes.» 1973 : Todd décide de prendre le contre-pied de la future carrière "à la Elton John" que la presse lui prédisait; le freak/marginal mégalo qu'il est, un tantinet alcoolisé et sous influences (voir "Hungry for love") se replie à New York dès novembre 72. L’album dure 56'41 et pour un vinyl, ce fut le plus long LP jamais sorti à l’époque (Todd s'en explique dans la pochette en demandant aux auditeurs d'être indulgents avec la qualité du son, rendu médiocre à cause de la longueur des plages), et puis tout comme Brian Wilson, il n’a pas à ce moment là une vision très claire de la suite à donner à sa carrière.

TRpoch1

 "International Feel" ouvre la galette par un décollage sous la forme d’hymne au voyage et tandis que la batterie casserole plante le décor, les premiers synthés traversent les hps de gauche à droite, les bridges remplacent les chorus et inversement ; c'est le début d'une succession de 19 (minis) titres accolés les uns aux autres, à mi chemin entre de l’instrumental clownesque et du trash metal-rock. Tous les instruments sont aux mains du "Wizard" (le titre de la face) la plupart du temps les mélodies omniprésentes sont bien calées entre les très nombreux claviers et rythmiques bricolées (mais où a t-il trouvé une telle batterie) et de multiples guitares très visiblement maltraitées.

TRpoch2

‘’I know a place where dreams are born and time is never plan...’’ introduit "Neverland" nappée de piano à la Grand Hotel sur laquelle Rundgren dépose une mélodie douce, soutenue par un orgue céleste (celui de M. Klingman) tandis que l’instrumental gentillet qui suit, avec sa basse bien ronde et ses montées chromatiques du thème, puis les bruitages de canard (‘’TicTicTic, it wears off’’) paraissent tout droit sortis d’une bande annonce de Walt Disney, voir de la BO de Peter Pan. Seulement voilà, comme rien n’est véritablement vrai dans cette atmosphère, tout ceci dérape soudain (’’You need your head’’) dans une bouillie sauvage sursaturée d’overdrive avec moult soli, tandis que l’on vous répète en boucle que de tout ce que votre corps possède, seule votre tête a de l’importance (TR abusant copieusement d’alcools titrés et de bonbons à ribaud à double effet Kiss-cool éprouve beaucoup de difficultés à se servir correctement de la sienne sur ce titre). Todd semble en vouloir à la terre entière ; sur "Rock n' Roll Pussy" , un éclair de lucidité ou de reflux biliaire lui fait prendre à témoin une rock star du moment, qu’il insulte ma foi copieusement, lui reprochant de regarder la TV depuis son canapé–lit et de prôner la révolution ; il vise bien sûr John et Yoko, ce qui lui vaudra en réponse une volée de bois vert par New Musical Express interposé, qui figure parmi les échanges de courriers les plus médiatisés de l’époque.

L'avantage lorsque l'on joue de tout, tout seul, c'est que personne ne viendra vous tenir des propos du genre : "tu crois pas que tu en fais un peu trop coco "...".faudrait aérer, on y verrait plus clair"... Todd emprunte des timbres de voix alternant le fluet féminin, le guttural et le hurlement juvénile. Suit un combat de chiens ("Dogfight Giggle") fait de triturations de bandes, de fous rires, pour finalement nous rappeler à l’ordre avec le claquant ’’Don’t you think of anything but sex’’ ; nous voila rassuré, la tête et l’entre-jambe, voila bien le thème majeur de cet opus. D’ailleurs la pochette intérieure est édifiante à ce sujet : cela ressembleTRface plus à une cabine intérieur de chauffeur routier, voir à une chambrée de bidasses, qu’à un tableau de Gustave Courbet (en fait le collage ici me fait penser en priorité à ceux de Kurt Schwitters). Comme pour enfoncer le clou, ‘‘ You don’t have to camp around’’ tient musicalement d’un bon vieux standard de cabaret (très bien pour accompagner le repas avant le début du One man show) et traite avec sérieux du mal être, de la sexualité encore inexplorée, de maquillages outrés et de robes chipées que l’on essaye devant sa glace en cachette (l'expression artistique de l’androgynie fait partie des grandes tendances de ces années 72-73 via Aladin Sane, Transformer and so on..). "Flamingo" en interlude instrumental, puis Zen Archer (toujours joué sur scène) sont de savants mélanges de mélodies enfantines aux ambiances de Foire du Trône et autres Luna Park sur laquelle un texte (la métaphore de Némésis, la déesse de la vengeance) vous compte la vie douce et disons-le, particulièrement cruelle de l’oiseau qui, quoiqu’il fasse se fera transpercer par les flèches (elles sont décochées de part et d’autres de vos HP) de l’archer Zen. A noter que le solo de sax de Dave Sandborn et le solo de Todd sont parmi les grands moments de la discographie de ces 2 musiciens. Rundgren a perdu depuis, la faculté de créer ces ambiances ‘’cinématographiques’’ dont on ne se lassait pas sur les albums précédents. Stakhanoviste dans sa manière de travailler, on ne peut oublier que Zappa n’est pas étranger à ses influences et de grandes similitudes d’univers musicaux se retrouvent ici, ainsi humour décalé et cynisme zélé alimentent ‘’Just an onionhead" (citation de Groucho Marx) et ‘’Da da dali’’ référence faite au maître peintre (à qui il nous donne rendez vous dans la gare de Perpignan mal orthographiée sur les lyrics).

‘’When the shit hit the fan’’ est un moment de vision apocalyptique. New York y subit un tremblement de terre et Londres croule sous les bombes de L’IRA. il est grand temps pour Todd de retrouver sa Californie comme il dit. Retour au thème du début de l’album pour clore la face (on est d’accord, c’est la version vinyle que vous avez en main bien sûr), ’’Le Feel internacionale’’ ,dans lequel Rundgren y annonce l’arrivée de sa future formation Utopia, qu’il voudra éclectique, démocratique et avant gardiste ; 3 notions qui ne cohabitent que très peu souvent avec qualité musicale. Grand utilisateur de Ritaline, aucun doute sur le fait que cet album est un album ’’psychédélique’’ au sens consommateur du terme, tous ses textes sont gorgés de l’imaginaire et visions délirantes à la Lewis Caroll.

La face 2 s’intitule ‘’A true star’’, et abandonne quelque peu le coté conceptuel de la première. Elle s’ouvre sur ‘’I don’t know what I feel, Idon’t want to admit to my friends that I feel confused’’, un mid-tempo très Soul que les cuivres soutiennent à l’obsession. Le jeune homme sombre ensuite quelque peu dans une vision perturbée de son entourage, témoin ce ‘’Does anybody love you ?’ dans lequel Todd fait le point sur sa plastique devant un miroir (cf. la pochette constellée de paires d’yeux, de bouches, de nez, TRdoubleneckde sexes, de mains, de doigts, de seins, de dentitions en tous genres) bref la boucle narcissico-megalo-délirante se referme. La suite, sous forme de Medley (c’est le groupe titre) est un retour à des influences tenaces et enchaîne les standards. "I’m so proud" (Curtis Mayfield), "Ooh baby" (Smokey Robinson, joué par les Miracles), "La la means" (Thom Bell et William Hart, joué par les Delfonics) et "Cool Jerk" (Donald Storball, joué par les Capitols) dans une version boogie sauvage, le tout étant de purs bijoux rendant hommage à la Soul, toutes des reprises suintant l’authenticité respectée. Du coq à l’âne (va falloir nous y habituer) Rundgren saute sur un autre boogie culinaire, ’’Hungry for Love‘’, pimenté d’un jeu slidé de débutant, saupoudré de claviers et le tout agrémenté d’une voix de crooner-frimeur. Voici le bout de l’âne avec cette sublime love song ‘’I don’t want to tie you down’’. Seul au piano, Todd y emprunte une voix juvénile pour une mélodie à vous botter les fesses, plus proche cette fois-ci de McCartney que de Laura Nyro, reverb sur la voix et effet hall sur le clavier. Si tant est qu’il faille le démontrer,’’Is it my name’’ hisse Rundgren parmi les grands songwriters et avec un riff rageur (façon "je suis fou des Who") et le titre s’envole vers des sommets ; l’homme s’interroge sur son non succès musical et nous balance à la figure tous ce qu’il sait pourtant faire, des claviers aux ordres, des guitares comme s’il en pleuvait avec un solo final ébouriffant. ’’You only love me for my machine.. ‘’hurle t-il. Peut-être,peut-être. Comme d’habitude, la transition est très brutale et avec ‘’Just one victory’’ c’est le moment du bilan. ‘’I’m here to tell you I’ve made my choice ..’’ chante-t-il. Il continue en précisant qu’il souhaite faire d’autres choses, d’autres choix. C’est une Farewell song, déjà très Utopiesque dans le son (la toute première mouture du groupe est déjà là) et charismatique dans le ton. J’y vois aussi un peu de Lennon dans ce ‘’give us just one victory, and we will be all right’’.

Dans les notes internes de la pochette, Todd donne pour conseil à l’auditeur de monter le son de cette galette, je vous en donnerai un second ; écoutez la aussi au casque, pour n’en rater aucune miette.

TRconcert

Quelques videos du doux dingue (un peu trash sorry, mais certifiées d'époque) http://www.seahaas.com/toddrundgren/never.wmv
 http://www.seahaas.com/toddrundgren/helloitspea.wmv

 A lire également : chronique de Runt (1970)

MySpace consacré à Todd Rundgren (fan site)
The Todd Rundgren Connection

Mis à jour ( Samedi, 08 Août 2009 15:06 )  

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