Une des premières chroniques nouveautés rédigée pour Crossroads, je fis là dans la sobriété et la concision. Ca n'allait pas tarder à dégénérer. En tout cas, je conseille vraiment d'avoir sous la main Anymore For Anymore, le premier album de Slim Chance, qui a un pouvoir apaisant, émollient même qu'on ne trouvait que chez Georges Harrison et aujourd'hui chez Polyphonic Spree (enfin, c'est juste mon avis, je ne connais pas tout et n'aimant pas le folk, je pense que certains pourraient me lister des monceaux de musiciens qui leur font cet effet). Une chanson comme "Roll On Babe" a des vertus réconfortantes qu'il serait intéressant d'analyser. Qu'est-ce qui peut bien expliquer que certaines chansons produisent de tels effets? Un challenge à relever pour poin-poin.
Ronnie Lane n'aurait composé que "Debris" (morceau qu'on peut trouver sur A Nod Is As Good As A Wink des Faces et ici dans une version live de 81 des plus médiocres) qu'il mériterait sa place à l'Olympe des Dieux du rock. Il faut aller chez Dave Kusworth (remember les Jacobites ?) pour trouver aussi triste et céleste ballade. Ayant appartenu à deux formations hautement célèbres (Small Faces puis Faces), la carrière ultérieure du musicien fut, en termes commerciaux, parfaitement calamiteuse. Son projet Slim Chance, sorte de Rock 'n Roll Circus ambulant, s'est fini en désastre financier. Il faut dire qu'excellent co-équipier (de Steve Mariott puis de Rod Steward et Ron Wood) il n'avait peut être pas le charisme et la productivité nécessaires pour devenir chef de meute. Musicalement, Lane évoque le chaînon manquant entre Georges Harrison (plutôt sa facette "Isn't it a Pity") et Keith Richards avec un gros quelque chos
e de Ray Davies (celui de Muswell Hillbillies).
Ce double CD est donc une compilation - bilan de cette carrière dont l'appellation solo est un peu excessive vu la dimension grégaire du produit. Première chose, à l'adresse de chez Track Records : si vous remettez la main sur le malade mental qui a concocté l'ordre des morceaux, amenez le chez un neuro-psychiatre, ce garçon (ou cette fille d'ailleurs) est aussi dérangé(e) que l'est la liste des titres proposés (qui s'étend de 1973 à 1981). Ce défaut n'est pas rare mais là, étant donné la différence de qualité entre la période 73-74 et 78-81, cela devient à mon sens tout à fait rédhibitoire. Peut être que ce désordre a pour but de dissimuler que pratiquement tout Anymore For Anymore, le premier album de Slim Chance, est inclus (sauf deux titres, allez savoir pourquoi), ce qui est un peu roublard, mais permet au moins de (re)découvrir quel superbe album il était, bien meilleur q
ue n'importe quel Harrison post-All Things Must Pass. Le reste est une sélection arbitraire de faces A et B de singles, de titres d'albums et de live (partie la moins convaincante et de loin).
Après 81, l'activité de Ronnie Lane fut définitivement mise en berne par une sclérose en plaque qu'il traîna un peu partout, aidé par les opérations de soutien de ses amis célèbres, notamment Pete Townshend dont l'altruisme n'est plus à démontrer. En conclusion, cette compilation donne surtout envie de se précipiter sur les deux albums studio de Slim Chance, c'est déjà ça.
3 poin et demi / 5
extrait : roll on babe
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