J'ai un inexplicable sentiment d'urgence qui me presse de parler de mes "forgotten heroes" sur poin-poin. Puisque Mark Perry, Dan Treacy et Nikki Sudden (ainsi que Pete Shelley) ont déjà été évoqués, il faut absolument que Peter Perrett y trouve rapidement une place. Car Léon sait si j'ai cassé tout ce qui pouvait être rond et se loger dans un pantalon d'homme avec ce groupe entre 1978 et 1982 soit sa brève existence. Jusqu'à tenter de diriger l'embarcation musicale qui était la mienne (remember rough ?) des rives punks vers celles des Only Ones (j'en parle car je vais y revenir à propos de cet album). J'ose dire sans vanité que les éléments nous eussent été favorables, nous aurions peut être mieux réussi là que dans ce que nous creusions jusque là mais si on mettait Lutèce en amphore… 
La destinée du groupe fut marquée du sceau du fatum romantique mais rien de moins surprenant, car plus encore que Nikki Sudden et Dave Kusworth (avec lesquels il a certains points communs mais pas la pose Stonienne), Peter Perrett est le vrai grand romantique Wertherien du XXème siècle. Et comme dans ce genre il hissa son œuvre près des cimes de celles que Gustave Moreau atteignit en peinture (qui lui, eut une destinée plus paisible), alors comment s'étonner de cette effroyable descente aux enfers que fut sa vie depuis maintenant 23 ans (il est toujours vivant, quelque part oui mais où, pas loin d'avoir un statut social à la Syd Barrett).
Peter Perrett et ses Only Ones furent entraînées dans le wagon New Wave à leur corps défendant (il n'y a rien de new wave dans cette musique), par le simple fait qu'ils furent signés par une section de CBS qui avait décidé de faire du bandwagon à rentabilité immédiate, et de ce fait, se sont vus promotionnés en compagnie d'une floppée de groupes new wave années 80 dont je préfère oublier les noms mais dans lesquels on sauvera tout de même les Psychedelic Furs. Au milieu de ce fatras de synthétoc-ico-rock les Only Ones n'avaient pas l'ombre d'une chance avec leur musique absolument in-newavifable. Cela leur coûta tout simplement la peau et les os comme dirait Hyvernaud.
Car Peter Perrett est un fils du Lou
Reed de Transformer, du David Bowie d'Hunky Dory et du Marc Bolan de T. Rex (l'album), mais tout cela avec un backing band que je n'hésiterais pas à qualifier de fabuleux qui n'a pas peur d'emplâtrer les murs avec un son parfois digne des grandes heures de Guy Thomas, des soli de guitare comme on en n'entendait plus si ce n'est chez les Soft Boys à l'époque, et des impros qui, elles aussi, avaient entièrement déserté la surface du globe. Cette musique prend ses sources chez les Kinks et le Velvet bien sûr mais avec une approche blues qui n'est pas sans rappeler les Groundhogs de Split. Le groupe, et plus encore, le morceau auquel renvoie finalement le plus les Only Ones, reste "Axe Victim" de Be-Bop Deluxe, même distance du glamour et du heavy blues-rock anglais.
En réalité, Peter Perrett avait débuté dès 1974 avec son groupe England's Glory, qui
floppa drument, l'album étant à peine paru. Il passa 3 ans à reformer un groupe de toutes pièces, sans prendre aucunement en compte d'autre critère que l'adéquation des musiciens avec sa musique. Car vraiment, quand je lis vanté le génie de songwriting de toutes ces fadasses endives qui grouillent dans le magazine des croisements devenu récemment hélas celui des ronds-points, tout ça en omettant allègrement (par ignorance bien sûr car ces gens sont parfaitement ignares, j'ai des preuves) Peter Perrett, j'estime justifier a posteriori chacune de mes humeurs atrabilaires, et les fans des Only Ones (il y en a oui, pas mal même) savent de quoi je parle.
Son groupe donc, il le composa avec d'anciens musiciens devenus plus ou moins requins de studios et qui allèrent pourtant rester définitivement marqués comme ceux qui jouèrent dans les Only Ones. Il y a d'abord Mike Kellie, dont certains poin-poineurs connaissent parfaitement le drumming puisqu'il fut le batteur de Spooky Tooth sur 5 de leurs 7 albums, et qui est un frappeur exceptionnel de classe, d'efficacité et de subtilité. Il y aussi Alan Mair, ex-bassiste des Beatstalkers, groupe mod écossais (les scottish Beatles comme on les a appelés), qui ne publièrent que des singles entre 1965 et 1968 et qui se rendirent célèbres pour quelques émeutes, et enfin un guitariste du nom de John Perry dont le look assez peu glamour cache un des rares grands guitaristes des années 80, une sorte de néo-Mick Ronson dont Perrett serait le Bowie. Mais là aussi, le guitariste auquel fait le plus penser John Perry, c'est le leader de Be-Bop Deluxe, en peut-être moins virtuose mais à la fois virevoltant et agressif comme savait l'être Bill Nelson.
Leur premier single, autoproduit parut en pleine vague punk et, malgré leur évident décalage avec la musique du moment, l'incroyable qualité des deux titres ("Lovers Of Today" et "Peter And The Pets", finalement difficile à comparer à quoi que ce soit, c'est du Only Ones quoi) fit que le groupe fut non seulement rapidement signé mais aussi, rapidement adopté par le mouvement punk. Ensuite, survint le miracle "Another Girl Another Planet", single qui devint, même sans entrer dans les charts (en fait une sale histoire de disques pas comptabilisés mais il aurait dû, vues les ventes, atteindre les hauteurs du classement) un de ces morceaux mythiques qui parsèment l'histoire du rock. Il le mérite, c'est un standard absolu, qui renverse tout sur son passage. Il cache à peine de surcroît une déclaration d'amour à l'héroïne ("You always get under my skin / I don't find it irritating / Space travels in my blood / And there ain't nothing I can do about it / Long journeys wear me out / Oh God we won't live without it"), ce qui pour certains expliquerait sa mésaventure commerciale. 
Cette héroïne sera son bourreau, sa succube, sa goule surtout. En seulement 4 ans elle en fera une quasi-épave qui jamais plus ne sera en état de naviguer. Un gâchis effroyable, l'un des plus grands de l'histoire du rock (on parlera de Danny Kirwan de Fleetwood Mac un de ces jours). Même si chacun des 3 albums des Only Ones marcha commercialement mieux que le précédent, c'était largement insuffisant pour CBS qui se désintéressa bien vite du quatuor dont ils voyaient, étant donnée l'évolution (l'involution, la merdification plutôt) de la musique, l'incongruité totale (à l'époque Lou Reed est entre The Bells et Blue Mask, c'est à dire dans le trou).
Alors pourquoi choisir cet album là, leur dernier avant dissolution, plutôt que l'un des 2 précédents ? Peter Perrett est dans un état physique et mental déplorable, c'est leur album qui contient le moins de grandes chansons (même si les Only Ones n'ont jamais fait une seule mauvaise chanson), sa production est gâchée par le producteur Colin Thurston, imposé par CBS, et dont le travail plongea Peter Perrett dans la fureur et le désespoir, et il sonne le glas des espoirs du groupe? Et bien tout d'abord, certains albums crépusculaires dégagent quelque chose de profondément émouvant, qui finit même par en faire de grands albums (Heartbreaker de Free, Rock Drill de SAHB, Ghosts de Strawbs, l'un avec un Paul Kossoff à l'agonie, l'autre avec un Alex Harvey en pleine paranoia, le dernier avec un Dave Cousins en pleine dépression). Ce n'est pas le cas de Baby's Got A Gun qui reste imparfait, mais tout de même, il y a quelque chose de cela.
Et puis on y trouve "The Big Sleep", peut-être le morceau le plus bouleversant de Peter Perrett, l'une des plus grandes chansons sur la passion amoureuse (mais ne s'agit-il pas encore de cette foutue héroïne, allez savoir) où texte et musique parviennent au sommet de ce que peut atteindre cet art fragile et modeste qu'est une chanson, même rock comme celle-ci. Quand Peter Perrett chante "I don't want to ever sleep again / Now I've found love", difficile de ne pas chavirer. On pense un peu au "I Want You" de John Lennon. Même impression d'intimité, d'être happé par la carnation même de la passion.
Et puis il y a "Why Don't You Kill Yourself?" avec ce refrain terrible "Why don`t you kill yourself? / You ain`t no use to noone else" dont on voit, en lisant le texte, qu'il se l'adresse à lui même. Effrayant texte d'une chanson qui a pour moi quelque chose de plus insensé encore. En effet, dès 1978, donc un an auparavant, j'avais composé pour ce fameux groupe que nous formions avec rough, le texte d'un morceau qui s'appelait par un hasard incroyable "Suicide", description d'une défenestration relatée par l'intéressé, et dont les accords et la mélodie étaient si proches qu'un juge aurait sûrement décidé qu'il s'agissait d'un plagiat, ce qui était absolument impossible, jamais notre morceau n'ayant franchi le cap des concerts. Cette coïncidence, que je crois n'avoir jamais racontée depuis 25 ans (je me demande si rough s'en souvient, mais je pourrai lui montrer) est pour moi une expérience limite. Pas sûr que cela intéresse grand monde mais je reste fidèle à la maxime de Julien Green qui orne la bannière de poin-poin.
Voilà, c'est dit. Peter Perrett (Pierre Perret en Français, je la fais avant qu'un taquin n'en fasse le premier commentaire), où que tu sois, tu peux dire que tu as réussi en ces pauvres années ce que certains n'auraient en 7 vies jamais le bonheur de ne serait-ce que frôler.
4 poin / 5 (pour l'album mais leur premier album est dans la liste de mes 100 et le second, "Even Serpents Shine" devrait y être)
Si l'on veut se procurer une compilation, il faut choisir The Immortal Story qui est une perfection : un collier de 21 perles qui n'omet rien et ajoute même quelques versions rares comme celle de "Oh Lucinda".
Là, c'est 5 poin / 5
extrait : the big sleep .
| < Préc | Suivant > |
|---|






