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Home Dressez vos esgourdes Unsung heroes AMY ARENA - Amy Arena - 1995

AMY ARENA - Amy Arena - 1995

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GRANDE NOUVELLE. Amy Arena a désormais un site http://www.amyarena.com/. Il était temps. Après 11 ans. Puisque je fus accusé par quelque tartuffe de ne pas pouvoir imaginer qu'une femme fût capable de talent ou de génie (triste époque où le duel est illégal et passé de mode), j'en profite pour déclarer comme cette femme console des cascades de sous Joni Mitchell qui coulent à flots jaculatoires des cornes d'abondance de l'industrie du disque. La même niaiserie multipliée par quelques centaines de tiédasses péronnelles et autant de CD, c'est toujours ça qui ruisselle dans la poche des hyènes du marketing. S'il y a des gogos assez gagas pour gober. Shit shit shit dirait Amy.

Auteur(e) du disque peut être le plus politiquement incorrect de tous les temps, Amy Arena, dont c'est hélas le seul album, est notre antidote aux PJ Harvey, Björk et con(les)sort(e) qui hélas, elles, continuent à polluer notre horizon sonore. S'il en existe parmi vous pour qui c'est un disque culte, qu'ils prennent contact avec moi afin que nous nous constituions en réseau. Pour les autres (largement les plus multitudeux), quelques mots pour décrire la chose.

Tout d'abord préciser qu'Amy Arena ne chante pas vraiment, mais fait du talking rock, un peu comme Tom Waits, à cela près que lui ferait la bête et elle la belle. Sa voix évoque parfois arena2celle de Courtney Love quand cette dernière ne braille pas. Musicalement, Amy Arena, aidée de Tom Marolda, n'est pas loin de certains Kim Fowley (disons Son Of Frankenstein et Fantasy World) mais elle reste toujours enfantine et débite ses crudités avec une candeur qui fait plus penser à la Lio des "Banana Splits" qui chanterait Good Clean Fun (de Kim Fowley bien sûr) qu'à Lydia Lunch (à laquelle on pense tout de même parfois). Il n'y a pas vraiment de musiciens mais des samples récupérés à droite à gauche avec un bon goût qui évoque plus A Tribe Called Quest que les habituels tâcherons du rap et de la sample-based music. Sur "Excuse Me" (le single), on pense aux Waitresses, sur "Addicted To Love" à Howie B, parfois à Tom Tom Club quand ce n'est pas du hip hop à la Cypress Hill comme sur "Religion".

 Mais ce qui rend cet album absolument unique dans l'histoire de la musique et en fait une œuvre essentielle, ce sont les textes (dont l'osmose avec la musique est parfaite) car c'est vraiment un délice. "Life is just a damned thing after another" chante-t-elle ad libitum sur le final d'"Excuse Me" avant de clamer qu'elle est accro à la saleté ("I came from the slime into this world / That's where I was born / And the nurses wore masks / I was washed from my momma's arms") sur "Addicted To Love", puis de décrire l'amoncellement de hamburger frites qu'elle veut avaler ("I wanna eat it all / I wanna to put the whole thing in my mouth") pour, quand elle repèrera un beau mec qui se la pète, tout lui dégueuler dessus. Et c'est un hymne à l'(ég)onanisme qui sur "Make Love To Myself" ("I wanna hold myself tight and kiss my ass by myself /I wanna pack my own behind and suck my face by myself") précède une vision abjecte du couple sur "I Will Always Love You" ("Even if I have orgasm after orgasm / Even if I cum and cum /I will pretend I am dissatisfied / That's my revenge for 5 thousand years of virginity because of you").

arena3Ma préférée c'est "Shit" où, sur le riff d'"Hang On Sloopy", elle nous livre une description clinique d'une journée type où elle se dit "surrounded by shit" (télé, voisins, boyfriend, restaurant, loyer) et qui se conclut par cette épouvantable révélation vespérale "I sit on the toilet and shit starts coming out of me / Where do this shit comes from ? / Who is making all this shit inside of me ?". Avouez qu'on se le demande tous chaque jour. Quel plaisir que ce soit une femme qui nous le dise, pas meilleur rapprochement des genres que ce sentiment commun. Amy s'occupe ensuite de problèmes religieux et devient plus prévisible (style bah les religions, ce qui serait plus pertinent aujourd'hui qu'en 95) mais "Religion" est peut être le meilleur morceau de tout l'album. La narration factuelle du développement de sa sexualité dans "And Then" est absolument remarquable comme l'est l'ultra-féministe "Proud To Be A Woman". Mais le plus invraisemblable restera "Get To Know Me" où elle demande à son amant du moment s'il pense vraiment la connaître avant de lui faire une description d'elle la plus répugnante possible pour mettre son amour (son simple désir ?) à l'épreuve ("when I'm wet, imagine I wanna pee, imagine I'm giving a shit, imagine diarrhy, constipation, have you ever thought about that ? Do it, I will know if you really love me").

Aujourd'hui, Amy Arena, devenue professeur de diction, actrice et metteur en scène à la Furniture Factory de Detroit, a abandonné la musique mais reste une militante aussi organique. Elle dirigeait l'an dernier une lecture de Lysistrata d'Aristophane, texte dans lequel pour faire cesser la guerre du Peloponese, les femmes décident de ne plus se laisser toucher pas leur époux tant qu'ils n'arrêtent pas le conflit. Message adressé aux femmes de Bush, Rumsfeld et Cheney qui hélas, doivent avoir d'autres proies que domestiques pour assouvir leur sexualité, à moins que la guerre ne suffise à les faire jouir. Je rêverais vraiment d'un autre album d'Amy afin de nous laver les tympans de toute cette crasse et cette mélasse sonore déversée par la gynécée qui truste aujourd'hui les bacs à disques. Nous laver de toute cette shit.
 
4 poin et 1 demi / 5
 
On peut voir une vidéo tournée avec 5 $ à tout casser en cliquant là : http://www.webratsmusic.com/video-11243-excuse-me.php

Chronique parue dans Crossroads, rubrique Parallel Lines

 

  un extrait : Get To Know Me

 

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 17:48 )  

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