
Une grande injustice plane au dessus de ce premier capharnaüm. Il n'a jamais été réédité. Pourtant, il n'a pas à rougir devant ses successeurs, contrairement à pas mal de discographies.
Par rapport au premier Black Sabbath, trop passéiste et pas assez visionnaire, au Stooges s/t, trop hétérogène, et aux quatre premiers Slayer, trop vive-Iron-Maiden-et-Judas-Priest-les-solos-c'est-top-cool-youpi, le Taint Pluribum Taint Unum représente un excellent début de carrière. Alors à qui la faute ? Hé bien avant de devenir l'un des grands groupes emblématique d'Amphetamine Reptile, les Cows furent signés sur Treehouse. Une chiure de mouche dirigée par un escroc-collectionneur de disques notoire refusant toutes rééditions. C'est pourtant pas faute d'avoir essayé, Tom Hazelmyer, ex marine et grand manitou du Titanic Am Rep, voulait le sortir chez lui mais s'est frotté à la girouette de Treehouse, qui a transformé son oui pourquoi pas en non va te faire foutre.
Mais trêve de bavardage, parlons plutôt de cet album introduit par un mur de ska barbouillé par quatre punks (au sens Zappaien du terme). Une basse hypnotique hitchcock le reste de la partouze diabolique comme un Buster Keaton qui s'efforcerait de retenir une vache gonflée à l'hélium. Finissant par être infecté, l'ensemble dessine alors un bordel gargantuesque qu'aucun Rick Rubin n'oserait retoucher. Sur On Plasma Pound, la foule hurlante gesticule autour d'un Rutmanis impassible et Flipperien. L'excitation du mongolien transi s'empare du groupe sur Yellowbelly, une chanson qui respire la joie et la bonne humeur de l'asile venant buter la direction à coups de cure dent.
Carnival Road semble boxer le cadavre puant du rock and roll pour le mettre en scène dans une jolie histoire d'amour entre Lui et une supposée Lydia Lunch (celle du Rejected de Richanrd Kern): "She said: "hey asshole I though I told to hit the road. Then she laid across my lap and she said: "Hey! Welcome home". Je dis "semble" parce que Thor Eisenstrager, guitariste du groupe, était en totale inadéquation auditive avec le reste du groupe. Autant les autres étaient ancrés dans le trip potage de nouilles noise rock-no wave, autant lui préférait rouler sa pierre dans l'eau boueuse. Attachez un guitariste rock fidèle à ses ancêtres à un totem rose fluo, faites danser trente attardés cannibales autour et vous aurez peut être une petite idée du schmilblick que votre humble serviteur tente de vous décrire.
Pour ajouter à ce mix détonant, les Cows poussent Cochran dans les orties en nous chiant un Summertime Bone pouvant prétendre au titre de pol pot de Brian Setzer moribond. Une reprise irrévérencieuse est toujours plus agréable qu'un vulgaire calque académique et même si les lauriers de la plus belle reprise reviennent à Anal Cunt et leur version Oï de Staying alive, vous pouvez être certains que les Cows se pointeront pour foutre en l'air la cérémonie, bouffer la médaille de Seth Putman et chanter à tue-tête "Yellow girl I looove when you make my asshole bleed!" en guise de reprise de Shakin' All Over.
La chanson clôture est plutôt morne, comme un lendemain de fête tristounet. Le monde a quitté les lieux, laissant odeur de vomi, silence de mort et capotes usagées. Et vous, vous devez tout nettoyer et virer les quelques gueules de bois affalées dans votre salle de bain la tête dans le trou des chiottes.