Colossamite – Economy of Motion (1998)
Vous avez lu l'histoire des Dazzling Killmen, comment ils vécurent, comment ils sont morts. Ca vous a plus, vous en d'mandez encore. Et bien écoutez l"histoire des Colossamite.
Alors voilà Nick Sakes (des Dazzling Killmen) reforme un quatuor (des ex-Gorge Trio qui le reformeront aussitôt les Colossamite dissous) qui, en 1998, fera paraître ce seul album, un disque qui, si nous n'étions pas dans des temps aussi déliquescents, serait adulé par les descendants de ceux qui adulèrent Trout Mask Replica dans les années 60, Tago Mago dans les années 70 ou Metal Box dans les années 80. Mais les temps ont changé n'est-ce pas ? Comparé aux Dazzling Killmen, Colossamite est un groupe beaucoup moins lourd, bruyant, en un mot moins noise, mais alors beaucoup, beaucoup plus déjanté, déstructuré et pour tout dire TERRIFIANT. Parfait accompagnement sonore des errances autolytiques que la vie vous sert parfois en dessert, il tutoie des cimes que les adorateurs de Radiohead devraient écouter au moins une fois pour comprendre combien leur idole a le talent aussi pâle que le teint. "Busy Little Hands" contient ainsi les 2'36 les plus bouleversantes de la fin du XXème siècle. Haché, fracassé, aussi versatile et soupe au lait qu'un dépressif colérique (j'en ai dans mes connaissances, il squatte le miroir de ma salle de bain), les jets atrabilaires se figent parfois en un crissement de guitare qui n'est pas sans évoquer le célèbre cri de Munch (le bridge invraisemblable de "Tooth Of DaVinci"). Il y a bien quelque chose de US Maple chez Colossamite mais alors que US Maple peine à produire une musique qui ne soit pas hermétiquement assommante, Colossamite vous saisit les neurones comme d'autres les burnes, et ne vous les lâche plus. Parfois proche du Math-rock (mouvement qui désigne de plus en plus les successeurs de Slint tels que Tortoise, Don Caballero, Ativin ou Oxes) sur un titre comme "Arkansas Halo", le disque dépasse largement cette petite case taxinomique et, je n'hésite pas à le dire, est l'une des plus grandes réussites discographique qu'on puisse s'offrir. Quand, sur "Dark Sliding Shades", un sax aussi free que celui de David S. Ware surgit sur le déluge électrique de guitares, on n'est depuis bien longtemps plus de ce monde. Ca tombe bien, c'est là-dessus que se finit l'album.Alors que ceux qui brament qu'on invente plus rien dans le rock fassent l'effort d'écouter Economy Of Motion avant d'ajouter quoi que ce soit. Dommage que ce fabuleux groupe se soit aussi vite séparé, même si Nick Sakes a formé depuis les non moins époustouflants SicBay (dont je vous parlerai ici-même un jour si vous êtes s(auv)ages). Mais comme disait l'autre "D'tout' façon, ils ne pouvaient plus s'en sortir. La seule solution, c'était mourir".
5 poin / 5Chronique publiée dans Crossroads n°24, septembre 2004, rubrique Parralel lines
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