La dimension viscérale, celle des entrailles qui battent à l'intérieur du corps aimé, m'a frappé dès les premières minutes, et emportant mon adhésion, a décidé que ce disque était "fait pour moi" (les guillemets s'imposent). Le caractère plus spécifiquement tactile, avec cet électrostatisme cutané qui semble constamment nous parcourir, se déploie lui plus progressivement, confirmé par les rares mots (sussurés et non hurlés) flottant sur cet océan drone qui, même si les inévitables influences de Earth, Sunno)))) et Mogwai sont (et seront) le plus souvent évoquées, est en définitive plus proche de Skullflower ou même de My Bloody Valentine dont ce Touched pourrait être l'évolution (la phase ?) terminale (ceci est notamment manifeste sur "Incubation/Metamorphosis").
"The touch of your cool fingers against my fevered brow", ou "Your fingers stretch webs across my skin" sans omettre "The scent of your skin like the taste of orchids", ces extraits de trois des quatre longues pièces qui enveloppent cet album comme le cellophane cellulaire de notre peau périssable dont les doigts seraient les témoins impuissants, montrent l'aspect monomaniaque de cette musique.
Mais si c'est une chose d'avoir des intentions métaphoriques en matière musicale, il en est une
autre de les atteindre, et dans le drone ou le doom, j'ai souvent le regret (surtout récemment) de ressentir l'effort et de déplorer l'artifice. Et bien malgré le curriculum vitae rédhibitoire (à mes yeux, seulement à mes yeux) du principal auteur de cet album, Aidan Baker, poète-instrumentiste canadien, déjà à la tête d'une pléthorique production expérimentale et typique du personnage installé dans une posture (une pose ?) artistique qui me pose (imposture ?) toujours un problème (même si ce qu'il compose par ailleurs mérite qu'on s'y attarde), l'art étant finalement peut être chose trop sérieuse pour être laissé aux seuls artistes, le duo qu'il forme avec la bassiste Leah Buckareff donne naissance à un album (c'est leur second, officiel) assez splendide.
Constamment bat, au sein de cette cascade de larsens, comme un muscle cardiaque qui giclerait
des flots de vase rouge nous entraînant vers on ne sait quel au delà, bonheur ou mort ("L'extrême du bonheur ne laisse place qu'à une seule question : est-ce que nous ne serions pas déjà mort ?" écrivait Baudrillard). Bonheur supplémentaire (l'idée de répéter encore ce mot pour la chronique d'un tel disque catacombal me plait assez), c'est vers un sommet que l'on nous mène, "Flowers Of Flesh" pouvant déjà prétendre à être l'un des grands moments de 2007 avec ce thème presque Wagnerien (en fait plutôt Beethoven) qui se déroule pour nous amener à quelque Golgotha (j'écris ceci le lendemain de Pâques, l'influence est patente), et ici l'évocation conjointe du Skullflower de Orange Canyon Mind et du My Bloody Valentine de Loveless est particulièrement appropriée. Elle ravit ceux qui comme moi tiennent ces deux albums pour deux oeuvres majeures des 50 dernières années.
Touché en tout cas, je l'ai été par cette heure parfois un peu rude, mais dans laquelle on se dissout avec une vraie sensualité.
5 poin / 5
Pour écouter l'album ici
Le site de Nadja ici
Le site d'Aidan Baker ici
PS1. L'obsession dermique d'Aidan Baker n'est pas nouvelle, preuve en est ce disque paru l'an dernier et intitulé Peau Sensible, les 4 titres le composant étant eux intitulés "peau sensible", "distal skirl", "circumference of skin" et "dermal"
PS2. Le mastering de l'album est crédité à James Plotkin, ex-feu-Khanate
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