Croyez-le ou non, mais Orange Canyon Mind (2005) ressemble à une petite douceur à l’écoute de son successeur. Les teintes quelque peu psychédéliques dont se parait son grand frère ont disparu au profit d’un mur de son noir (ou blanc aveuglant, c’est selon), métallique. M’est avis que Matthew Bower, désormais seul membre de l’entité Skullflower, n’écoute plus que lui-même, et, pour qui en doutait encore, se fiche éperdument de ménager son auditeur. « Tu aimes, ou tu dégages ! ». Difficile d’imaginer des réactions tiédasses chez ceux qui s’aventureront dans son monde absolument délirant de radicalité. Ce disque est un monstre, une machinerie bruitiste géante faite de guitares concassées, un blizzard de larsens d’une épaisseur effrayante (je vous assure, on ne voit plus rien, on a des clous dans les yeux). De petits motifs cramés, détails mouvants et grinçants se fraient un passage dans ces espaces ultra-saturés. Mini-tourbillons dansant près de l’œil de cyclone…
Ecouter Skullflower est une véritable expérience physique; Orange Canyon Mind et Tribulation forment un puissant diptyque, ce dernier vous plongeant dans des eaux plus sombres (cependant pas forcément plus troubles) que le premier.
Pourquoi s’infliger un tel traitement, m’objecteront certains ? Parce que Tribulation n’est pas seulement une œuvre jusqu’au-boutiste, elle est aussi majesté. A l’image de l’ombre de cet aigle noir qui orne la pochette. Et comme lui, vous décollerez peut-être, et vous voyagerez au dessus de territoires sonores épuisants mais stupéfiants. C’est ainsi que se démarque Skullflower de bon nombre de ses concurrents en noise radicale. Certains ne nous offrent (je pense à Wolf Eyes par exemple) qu’une performance destinée à vous coller au mur de la manière la plus brutale. On doit même pouvoir trouver quelques groupes au son encore plus fort en gueule que celui de Tribulation (quoique ça ne doit pas être chose aisée). Mais peu arrivent à donner tant d’élan à leurs blocs de sons. Comment mettre autant de force, de souffle, d'âme, dans une musique aussi extrême, ne cédant pas une demi seconde à la mélodie, l’harmonie, ou même à une rythmique quelconque ? Matthew Bower lui-même ne pourrait peut-être pas nous répondre de façon claire et rationnelle ; en attendant, moi je vous affirme que ce disque est fantastique.
Autre chronique| Skullflower - Orange Canyon Mind (2005)
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