La sculpture du son en tant que telle est devenue la spécialité de nombreux groupes, toutes tendances confondues. De la drone métal aux variations minimalistes de compositeurs-improvisateurs contemporains. De la noise jusqu’au-boutiste de Merzbow à celle des aujourd’hui vénérés New-Yorkais de Sonic Youth. J’ai toujours été fasciné par ce qu’on pouvait faire sortir d’une guitare électrique, hors harmonie, hors mélodie. J'aime me tenir à l’affût du détail, de la variation électrique infime, plonger dans un océan de larsens, foncer tête baissée en territoire bruitiste brutal. Je n’ai pas encore renoncé à l’idée que l’on puisse créer d'infinies richesses uniquement en dealant avec la fée électricité, en jouant avec les prises, les pédales d’effets, en priant aussi un peu le hasard. Ce qui n’est pas une raison pour oublier le sens de la composition. "L’expérience pour l’expérience" est parfois grisante, porteuse de nouveauté, mais certainement pas suffisante. Le musicien ne doit pas oublier son humanité, et l’art de la torture ou encore du "presque rien" sonore (ce qui revient parfois au même !) a ses limites. Aussi, lorsque des musiciens arrivent à dompter cette matière radicale, pour créer un univers sensible, ou encore à la mêler avec bonheur à d’autres influences plus populaires, je suis pris d’enthousiasme. Et je conseille leur production au plus grand nombre, ce que je fais rarement avec les musiques purement expérimentales (car dans ce cas il faut se retrouver en "tribu", ce que je déteste profondément, et deviser avec d’autres pseudo-spécialistes persuadés d’être les seuls sur terre à être partis à la recherche de l'unique vrai Graal musical…). Absinthe (provisoire) – quel nom alambiqué ! – rejoint pour moi les rangs des rares groupes qui ont su maîtriser le bruit brut pour exprimer l’émotion.Les Absinthe ( provisoire ) sont français. J’ai presque tort de le souligner, car aux yeux de certains ils perdront sans doute toute crédibilité. Il a pourtant existé une scène noise féconde en France ; je pense en particulier à Deity Guns, Bästard, et Sister Iodine, dont nos originaires de Montpellier semblent les héritiers. Le même sens des sonorités d’apparence froide, mais nerveuses et entêtantes.
Principalement instrumental, Alejandra contient cependant quelques lambeaux de textes, jetés avec parcimonie aux quatre coins de l’album, comme pour préciser les contours de l’angoissante beauté émanant de leurs compositions.
Une heure divisée en quatre blocs intenses (le premier titre durant près d’une demi-heure), jouée par… trois guitaristes et un batteur-percussioniste. Tous pour un, un pour tous ! Nous avons affaire à un groupe d’une remarquable cohérence, chaque protagoniste s'évertuant à sculpter les motifs d'une seule et même oeuvre; ainsi, comme chez Sonic Youth, la batterie est en retrait, travaillant autant le son que le rythmant (chose rare et intelligente selon moi). S’il est vrai que certaines montées/descentes peuvent faire songer au Post-Rock joué par les représentants du label Consellation (Godspeed you Black Emperor !, A Silver Mt Zion, etc…) et de manière générale aux musiques dites planantes, le voyage proposé par le groupe est tout de même très turbulent, voire dérangeant. Un voyage, oui ; mais un voyage tendu, au cœur de l’angoisse, de la solitude, de la folie (il y a ces cris, parfois, derrière les guitares…). A l’intérieur de la pochette, il y a une bouche anonyme qui tente une ébauche de contact avec l’Autre : « J’essaie de communiquer avec les gens mais parfois je pense que… ». La suite est sur le disque.Expérimentation, maîtrise, émotion.
Que demander de plus ( peut-être un peu de recul, mais je tente le coup de foudre !)...
...pour mettre un 5 poin/ 5
Vous trouverez des Extraits d'Alejandra sur ICI ,
ainsi qu'une vidéo live LA (et le disque en vente!)
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