Il y presque dix ans, sortait The Full Mind Is Alone The Clear. Il y a presque dix ans, moi j'en avais 17. Et je faisais mon malin en écoutant Sonic Youth ou Pavement, convaincu de détenir ce qu'il se faisait de plus précieux, et d'underground. Depuis quelques temps je me penche à nouveau sur cette période en quête des joyaux qui m'ont échappés en leur temps, et j'ai découvert ce groupe au détour d'un lien internet incertain. Une claque! Par surprise, ça fait encore plus mal! Il faut dire que pour bon nombre d'entre nous rock français signifiait Noir Désir. Point barre. Leur omniprésence n'a-t-elle finalement pas masqué toute une scène peinant à s'exprimer? Avoir ignoré si longtemps l'existence d'Heliogabale me culpabiliserait presque, alors je fais un peu de zèle pour cette formation (toujours en activité!) qui mérite d'être plus connue et écoutée.
D'ailleurs j'ai beau chercher, je ne trouve pas. Non, ce groupe français est unique, il n'a pas de clone américain ou anglais. Et ce disque, qui est le plus abouti, n'est nullement la mauvaise copie d'un chef-d'oeuvre anglo-saxon. Il est donc temps de le sortir de l'ombre car il pourrait bien devenir un disque référence en matière de rock noisy, même si cette étiquette semble réductrice tant le son d'Heliogabale est original, malgré un pied dans du bouillon de Sonic Youth et de brutalité chicagoane ou autre Steve Albineries ( qui ne les a pas produits par hasard)
L'album Yolk avait déjà averti certains chanceux d' intentions furieuses. Un rock dense, resserré qui, à l'évidence, cherchait plus à se trouver une identité propre qu'à flatter les oreilles molles ou paresseuses. C'est peut-être ce qu'on appelle l'ambition artistique - la rage en valeur ajouté.
Près de 72 minutes ont été captées par Steve Albini et rien n'est à jeter (ou alors tout si vous n'aimez pas). Pour être plus précis chaque morceau est indispensable à l'autre. Une implacable logique cimente ce qui n'aurait pu être qu'un casse-crâne inutile. Mais le groupe a décidé de créer un véritable univers, passant du statut de terroristes sonores à celui de sombres démiurges malins. Sombre et sensuel, devrais-je préciser, car Sascha Andrès n'est pas une chanteuse banale. Elle
invente le swing noisy : comme une Janis Joplin qui aurait su à la fois se faire plus douce tout en nageant dans les eaux les plus troubles de la sauvagerie humaine. Elle assène coups et caresses, en parfaite osmose (un mot galvaudé qui reprend tout son sens ici) avec le reste du groupe qui distribue ses claques guitaristiques tendues et toujours renouvelées (n'oubliez pas, cet album est fait d'un seul bloc, et n'est pas une simple juxtaposition de bons morceaux). D'atmosphères interlopes noires en tirs groupés convulsifs, oreilles sifflantes à l'atterrissage , le sensible se réveille alors anxieux, mais fatigué-doux par tant d'émotions contradictoires...
Extraits musicaux disponibles sur le Site Officiel d'Heliogabale
Autre Chronique| Heliogabale - Blood - 2010
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