Polystylistique. Longtemps que je ne l'avais pas dégainé celui-là. Il s'impose, car s'il y a un groupe polystylistique, c'est bien Warhammer 48k. Avec une densité de styles assez rare même. Pensez que bien que cet album ne dure que 36 minutes et ne comprenne que 6 morceaux, on balaie devant sa porte au moins une vingtaine de genres. L'autre formation à laquelle on pourrait comparer Warhammer 48k, et méritant le même qualificatif, serait Oxes. Même caractère apparemment déconneur (voir les images de la pochette intérieure ci-par là représentées) pour une musique pourtant foutrement sérieuse, mêmes emprunts au math-rock mais dynamisés, et même dynamités, dans un joyeux bordel. Avec toutefois encore plus de ruptures d'atmosphères que chez Oxes, et surtout un sens de l'extrême qui laisse souvent pantois. Ces types ne semblent pas avoir de limites au bruit fabriqué.
Si les 3 premiers titres (qui justement n'en ont pas, spécialité de mes groupes favoris ces temps-ci) étaient parus entre 1990 et 1994, le groupe se serait classé en bonne place entre Shorty, Steel Pole Bath Tub et bien sûr Hammerhead. En effet, c'est du noise estampillé pur sauvage et pas d'élevage. Ca arrache les trompes d'Eustache, défonce les trompes de fallope, défrise les moustaches et explose les salopes (je fais dans la rime riche aujourd'hui).
Sur "Track 1", l'influence Shorty est patente mais ce n'est certes pas un reproche. Malgré le bruit, ça ondule, se dandine, c'est tout sauf mécanique, industriel , déshumanisé. Je dirais qu'il y a même quelque chose de la sensualité de l'"Immigrant Song" du Led Zep. Mais quand tout se fige à la 2ème minute et que s'écrase un riff sabbathien de première grandeur, alors on comprend que Warhammer 48k n'est pas là pour ronger la même côtelette durant tout son repas sonore.
La "Track 2" est encore plus sauvage, avec même quelque chose d'Unsane (mais en plus
virevoltant). Là aussi, une interruption fige l'auditeur à la fin de la 1ère minute pour un des passages les plus jouissifs de l'album. Drive Like Jehu n'est pas loin mais poussé encore à de bien plus extrêmes violences.
"Track 3" est tout d'abord Crimsonienne en diable (era 73-75) mais là aussi, pas le temps de jouer les nostalgiques, car 50 secondes plus tard le groupe vous fracasse avec un mélange du Sonic Youth d'Evol et des Bastards de Monticello qui soulève du sol au fur et à mesure que les couches de bruit s'amoncellent et font une sorte de croûte sur vos enceintes qui paraissent vouloir accoucher de Skullflower ("poussez madame, poussez, on voit la tête, il reste à faire sortir la tige et les racines"). Le final est un déchaînement de larsens et de dissonances qui en ravit certains (myself par exemple) comme il en horripile d'autres (mettre les noms et les adresses).
Les 2 tracks suivants rompent absolument cette atmosphère noise nineties pour plonger dans un math-rock beaucoup plus calme, en tout cas qui ménage des clairières de tranquillité. Ils prennent ici le temps de développer un thème un peu à la manière des Don Caballero du début (mais surtout d'Ativin je dois dire) et heureuse surprise, parviennent à ne pas tomber dans le pêché mignon du genre, qui est sa froideur et son hiératisme un peu pesant. La première partie de cette "Track 4" est même une sorte de parangon de ce qu'il faut cultiver dans le style. Un violon vient apporter un pathos presque doom à ces arpèges électriques : c'est très beau. Après près de 4 minutes de cette marche au supplice, c'est l'approche de la potence (interprétation
libre) et une énorme guitare nous projette soudain du côté de chez Neurosis et d'Unsane. Derrière, hurlements de terreur à peine audibles. Bon dieu quand le rock est fait par des gens qui ne se contentent pas de proroger la chansonnette US ou GB et qui n'ont pas que deux neurones fonctionnels, qu'est-ce que ça peut être puissant.
La Track 5 semble un prolongement de la précédente. Mêmes arpèges mais avec une ambiance plus urbaine pour un morceau nettement plus expérimental mais qui chaloupe tout de même avec un tangage de haute mer. Dommage qu'il prenne ensuite une direction incantatoire sur un riff un peu convenu qui me déplait. Mais on ne tarde heureusement pas à verser dans une décharge de bruits métalliques (des guitares, exclusivement des guitares) qui ouvrent la porte d'un enfer de hurlements et de décibels qui, contrairement au doom ou au sludge, possède cet aspect incontrôlable qui rend le noise si impressionnant. D'ailleurs quand reviennent les arpèges, le groupe pourrait prendre place aux côtés des Conifer ou Pelican. C'est dire la profusion de styles abordés avec une absence de complexe qui fait plaisir quand tant semblent un peu confits dans leur case et paraissent inquiets de s'en éloigner.
L'introduction de l'ultime track est l'illustration de l'influence grandissante qu'exercera de plus en plus Lightning Bolt sur la musique (c'est d'ailleurs peut être le principal défaut de Warhammer 48k : ne pas innover sauf en juxtaposant des styles et, il faut le reconnaître, en les traitant aussi brillamment que leurs auteurs). Ensuite, de nouveau, on est conduit par le lobe de l'oreille dans des couloirs serpentés où les genres se bousculent, ici plutôt Jesus Lizard, Slint, Drive Like Jehu, et enfin et surtout Zeni Geva.
Incroyable voyage offert en seulement une grosse demi-heure. A découvrir pour tous ceux qui ont compris que c'était là herbe musicale dans leur champ auditif.
4 poin et demi / 5
On peut écouter ici les tracks 2 et 3 http://www.myspace.com/warhammer48k (attention la "Track 3" est ici dans une version live et non pas celle de l'album mais elle est fort sapide aussi)
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