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Home Dressez vos esgourdes Noise SKULLFLOWER - Orange Canyon Mind - 2005

SKULLFLOWER - Orange Canyon Mind - 2005

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 skullflowerCet album s'est installé pour certains d'entre nous dans la case très restreinte des disques qui comptent dans une vie. C'est exaltant quand un album contemporain y parvient, cela nous donne le sentiment de ne pas être en train de ronger indéfiniment les vieux os du passé mais de vivre une époque capable de produire de grandes choses. Je dois dire qu'avec Lyzane Potvin, Electric Wizard, Baudrillard et Godard, j'ai encore ce sentiment et que c'est une joie. Je suis aussi heureux d'avoir fait découvrir ce disque à quelques uns, disque d'un groupe (et d'un homme, Matthew Bower) qui, depuis 15 ans, est un exemple, une référence, un frère d'arme. La chronique suivante, brève parce que l'album se suffit à lui-même, a paru dans Crossroads à l'automne 2005. Quand je vois comme on m'y traite aujourd'hui, je dois dire que je regrette de m'y être autant investi (dkelvin, juillet 2006).  

Avec l'âge, je n'ai plus tant envie écouter de la musique qui me permette de l'analyser ou même d'éprouver une émotion que de m'y engloutir. Quelle devienne un amnios enveloppant, qu'elle m'aide à m'oublier. C'est la valeur autolytique d'une musique qui de plus en plus m'attire. A croire que je cherche celle sur laquelle je vais un jour partir. Aussi, le retour de Skullflower depuis 2 ans, après quelques années d'éclipse, est-il particulièrement bienvenu. D'autant que Matthew Bower, dont Skullflower est un peu la fleur crânienne, dirige ce patronyme de plus en plus vers ce courant-là, celui d'une gangue refuge pour se retirer du monde. Les structures disparaissent presque entièrement, un mur de son (ou plutôt une cascade) recouvre les restes de repères, il ne reste plus qu'à s'abandonner. Nulle peine car cette musique parvient à n'être ni molle ni contondante, obstacles sur lesquels généralement achoppent ceux qui se risquent en ce terrain glissant.

Pas impossible que Bower fasse là ce dont Kevin Shields rêvait après le sublime Loveless (My Bloody Valentine), autre groupe qui fit de son bruit un couffin sonore. A noter que l'album bénéficie cette fois de critiques superlatives, uniquement hélas sur quelques supports intéressés par ce style. Ce canyon cérébral orangé est borné par deux parois, l'une qu'on situerait du côté de chez Hawkwind, l'autre du côté de chez Autechre. Pas concevable que les fans des premiers et des seconds ne possédassent cet album. Mais chez Skullflower, il n'y a plus la dimension rock (et un peu kitsch parfois) d'Hawkwind, ni la dimension synthétique (et un peu austère souvent) d'Autechre. Skullflower a toujours été indemne de toute posture et reste en cela pour moi une référence insurpassée. On rappellera aux plus jeunes qui mélangent les dates, que Skullflower fut l'une des inspirations majeures (proclamée) de Justin Broadrick quand il forma Godflesh, eux mêmes à l'origine d'à peu près tout ce qui fait du bruit aujourd'hui. Skullflower est en tout cas sans aucune discussion ce qui permet à Earth, Sunno))) ou Khanate d'exister aujourd'hui.

Que la brièveté de cette chronique ne soit surtout pas mise sur le compte de la dimension anecdotique de cet album. Non, il s'agit bien d'un disque qui comptera bowerdans la vie de certains (qui sait, vous) comme ont compté plusieurs disques de Skullflower (déjà 20 ans d'existence), notamment Xaman, peut être leur chef d'œuvre qui, en 1991, fut la bande son du carnage américano-irakien. Skullflower fait encore aujourd'hui une bande son d'agonie, mais c'est de plus en plus la nôtre.

5 poin / 5

dkelvin

 

14:03...L'Esprit du Canyon Orange vient juste d'intégrer le corps de mon lecteur CD... c'est un esprit intelligent car il a perçu qu'à ce moment là, j'avais le casque sur les oreilles... je le soupçonne de vouloir me posséder en empruntant pour ce faire les conduits auditifs menant aux nerfs raccordés à mon cortex... Starry Wisdom ne fait aucun quartier. Entrée directe en plein blitzkrieg... synthés comme autant de salves décochées dans mon néant intérieur.... guitares sursaturées.....

14:11... enfin l'Esprit du Canyon Orange se présente sous son propre nom.... Les basses grésillent, la batterie à peine audible sous le tournoiement des guitares imprime un rythme répétitif alors qu'un long solo de guitare très électrique sous-mixée tisse un entrelac de vénimeuse mélodie...

14:20... où je retrouve avec jubilation les Anges Annihilateurs découverts sur poinpoin... toujours ces bourdons géants allant s'écraser et se faire griller sur des lignes à haute tension... le Choeur des Anges plane à des hauteurs au-dessus du carnage de feu voltaïque... leurs voix irréelles semblent n'être que les chimères de l'Enfer...

14:27... La Respiration des Vampires répand son souffle dans mes limbes... son acidité attaque les parois de ma boîte crânienne... déjà je ne suis plus maître de moi.... les décharges de foudre titillent mon tissu nerveux... mes sens se laissent emporter dans un tourbillon d'électrons libres...

14:35... Une note électroacoustique surgit sans prévenir et semble vouloir ne pas s'arrêter... basses abyssales.... comme un souffle froid d'interférences parasitaires devient perceptible.... ce sont des Fantômes de Glace qui tentent de recouvrir le son de la guitare gonflée d'écho lointain, très lointain.... mais elle insiste et ne lâche pas prise... je suis dans un cosmos totalement vide d'étoiles où ne subsistent que les sonorités chaotiques d'un univers livré à lui-même... un cosmos dont l'inhospitalité attise la curiosité et finit par vous happer sans qu'aucune défense ne soit possible... c'est sans appel...

14:45... Des marteaux-piqueurs aliens viennent perforer les derniers débris d'os de mon crâne... derrière eux, une musique malsaine semble ignorer totalement leur travail de sape... fanfare surnaturelle de créatures débiles et cruelles se riant de tout, nourries de l'âme du possédé... et ces marteaux-piqueurs au pilon laser émettent de puissants sons de plus plus aigüs qui vrillent les tympans sans vergogne...

14:52... Star Hill met un terme à l'agression mais n'en profite pas moins pour continuer à répandre un sang noir et visqueux jusque dans la moindre cavité... la basse est comme une lourde et lente coulée de goudron frais... les guitares bavent leur fiel dans un tourbillon gavé de peyotl... elles se déchaînent, sursaturent, débordent et ne deviennent plus qu'un maëlstrom électrique...

15:00... Un Eclair Fourchu tombe en chute libre dans mon moi devenu grand vide et achève la désinfection des derniers relents de vie humaine restant accrochés à mon squelette... bruit infernal... un karcher psychédélique d'eau bouillante à très haute pression...

15:06 et des poussières... ça y est, je ne suis plus qu'une viande nettoyée de son âme... l'Esprit du Canyon Orange a fait place nette et vient de prendre place dans les coins les plus reculés de ma mémoire indélébile... Possédé, conquis.

...

...

...

Ce disque est monumental. Impression d'être tombé dans une faille spatio-temporelle tant il vous prend aux tripes. Un véritable trip, sans champis, sans bedots, sans rien... juste la musique et son pouvoir sur l'homme.

 cidrolin (août 2006)

extrait : annihilating angel






Autre chronique| Skullflower - Tribulation (2006)

 

 

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 18:01 )  

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