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Home Dressez vos esgourdes Noise ZENI GEVA - Total Castration - 1991

ZENI GEVA - Total Castration - 1991

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totalcastrationIl doit y avoir quelque part dans l'espace-temps du rock un triangle des Bermudes dans lequel disparaissent sans explication plausible des groupes et des musiciens qui n'ont pourtant souvent pas démérité. Je me suis hélas aperçu, qu'à chaque époque, ceux dont je m'entichais étaient de parfaits candidats pour une telle destination, à croire même que me compter dans les rangs de ses amateurs fut mauvais présage (je suis du genre à avoir préféré Kim Fowley et Todd Rundgren à Captain Beefheart et Frank Zappa par exemple). 

Récemment, un certain renouveau dans la scène doom-sludge-noise-metal et assimilés me réchauffe mes vieilles oreillettes et mes ventricules usagés, les adeptes étant plutôt jeunots et citant ici et là des groupes qui me paraissaient ne plus jamais devoir être d'actualité (il faut penser qu'il y a 10 ans, la techno-jungle-house disait avoir la peau des fûts, passer la corde aux guitares et étrangler les derniers vociférateurs, on revient de loin). Mais là aussi, le fameux triangle (pas des Bermudes, un peu trop solaire pour ce mouvement) semble avoir frappé. Ainsi, alors que Neurosis, Godflesh, The Grief et EyeHateGod sont régulièrement cités, on voit peu, si ce n'est jamais le nom de Zeni Geva. Pourtant, le démon sait qu'entre 1990 et 1995, c'était le plus puissant, terrifiant et extrême combo de cette scène qu'à l'époque on appelait noise (les intitulés cités plus haut sont des créations tardives de bacs + 2 qui adorent les intercalaires et les tiroirs) et qui n'en manquait alors pas.

Est-ce leur origine nippone qui fit du tort à leur légende (le syndrome Pearl Harbour), ou le fait que KK Null (oui, c'est le nom de son homme protée) fut assimilé à une sorte de John Zorn du pays de l'obscurité agonisante ce qui tint à distance les amateurs de primitifs épais ? Un peu des deux sûrement, mais le fait est que ce trio (avec Steve Albini dans le rôle de George Martin) n'a pas aujourd'hui la place qu'il mérite. Et qui mieux que le zéro absolu pour parler d'un Null ?

Cet album est leur premier véritable opus et s'est immédiatement imposé comme un zeni1choc dont le titre (Total Castration) semble effectivement un programme d'action. Alors que Neurosis ou Godflesh essaient encore de se sortir de leur carcan un peu trop maniéré, Zeni Geva surgit en 1991 avec un typhon sonore "chanté" en japanglais qui, à partir de la matrice Big Black - Melvins, invente autre chose, plus ultime, plus définitif, dénué de cette petite nonchalance ricaine qui désamorce toujours un peu l'inquiétude. Si les atmosphères sont lugubres, le ton n'est pas celui de la désespérance, ni même, comme le sludge, celui d'une certaine jubilation du désastre, mais, selon maintenant une tradition japonaise, celui de la brutalité guerrière, du franchissement des tabous, de la folie meurtrière, de la sexualité sacrificielle. Le cinéma, la télévision, les documentaires, les mangas et les faits divers nous ont montré comme cette fine couche de civilisation hyper-policée recouvre là-bas un goût quasi-esthétique pour la barbarie.

"I Want You", première salve de cette exécution émasculatrice fait froid dans le dos. Sur une montée d'accords soulignée par une nappe sonore qui pourrait être du mellotron si ce n'était pas tout simplement des guitares triturées, les appels de KK Null laissent présager des sévices peu ragoûtants. "Total Castration" s'apparente plus elle aux fabuleux Bastards avec ce style de guitare à la Joachim Breuer que j'aimerais tant voir réutiliser ces temps-ci. Parti sur ces fondations, le disque s'égoutte ensuite comme le sang bouillonnant d'une plaie béante. "Bigman Death", "Shoot Me With Your Blood", "Godflesh", "Bloodsex", "New Flesh", "I Hate You", aucun répit, c'est à une fête de bacchanales cannibales à laquelle nous sommes conviés, une toile sonore pour celles des Cannibales de Goya. Le sommet de cette orgie est sans aucun doute "Bloodsex", dont le thème vous reste en tête des jours durant. Un chef d'œuvre absolu. L'apogée, c'est "I Hate You", où l'on est aspiré par un flot gluant qui pourrait s'apparenter à un équivalent rock du free jazz.

zeni2Après cette déflagration, les albums s'enchaînèrent, tous effarants de violence, tous reconnaissables dès la première note. Puis, en 1996, comme la plupart des autres groupes de cette déferlante, le trio se dissout. KK Null poursuivra lui un parcours totalement expérimental et bruitiste sous son propre nom, ne reformant Zeni Geva qu'en 2001, et encore, brièvement. Il vient de sortir un split CD avec Earth, ce qui peut faire espérer que ma plainte initiale soit une crainte infondée. Elle m'aura toujours permis de faire cette petite apologie.

A noter que le Japon est resté un pays de la musique extrême. Depuis Zeni Geva, il y a eu Boris et Church of Misery entre autres, leurs héritiers directs. Avis aux amateurs.

4 poin 3 quarts / 5

Parue dans Crossroads, rubrique Parallel Lines

 

PS. Je tiens à ajouter que KK Null fait partie de ces musiciens qui font progresser l'humanité. J'atteste l'avoir vu lors d'un concert fameux à Montreuil, écraser sa guitare sur le crâne d'un importun du premier rang, ce qui permit de faire faire des progrès considérables à la traumatologie sur les caractéristiques du désormais classique CPCGSLG (coma par goup de gratte sur la gueule, question posée au concours de l'internat de 1998). Depuis il aurait repris un QI de près de 43 et écrirait des chroniques dans un magazine de country rock mais ceci demande confirmation.

 

extrait : godflesh  

 

 

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 18:02 )  

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