Je commencerai cette chronique en citant un anonyme qui, à propos d'"In The Eye Of God"d (paru en 99) écrit (sur amazon.com) "one of the only metal albums I've ever heard that could be called art". Car voilà bien le grand mot. Quoi qu'en pensent une flopée de limités du cortex qu'une campimètrie auditive diagnostiqueraient comme rétrécis, Steve Austin est bien un immense artiste, un Antonin Artaud du rock qu'aucun psychiatre n'a encore réussi à envoyer au sismographe mais ça ne saurait tarder vu comment tournent les USA. Car, comme Beefheart, Kim Fowley et Black Sabbath dans années 70 ou Skullflower, Eyehategod et Anal Cunt dans les années 90 (et les années 80 ? quelles années 80 ?), il y en a pour dire que TITD "c'est du bruit inaudible" (oxymoron intéressant), mais l'âge m'aide à prendre avec décontrastion (hommage à Garcimore) ce qui auparavant me projetait dans des colères incoercibles.
Après les 140 min de "Sadness Will Prevail", son grand œuvre torturé, paru il y a deux
ans, et où il proposait un camaïeu invraisemblable de styles, Steve Austin a choisi ici de nous proposer l'absolu contraire, c'est à dire un cyclone d'ultraviolence de 36 minutes qui vous laisse pantelant et hagard mais qui, par quel ensorcellement je me le demande, vous incite masochistement à appuyer sur replay. Il faut dire qu'à côté, le reste … (rire tonitruant). Incroyable en tout cas, qu'après 10 ans de bons et loyaux services rendus à la cause de l'extrême, il ait pu repousser encore plus loin les limites de l'agressivité. Il y a longtemps qu'il ne chante plus Steve Austin, mais là, la déformation systématique de sa voix, qui se triple comme une hydre tricévocale et dont l'une est grind, l'autre suraiguë et l'autre geignarde, concourt à créer une atmosphère qu'on ne peut comparer qu'aux plus effrayantes peintures de Bosch sur l'enfer ou aux croquis du Greco sur les horreurs de la guerre. Je me suis même surpris à avoir de brutales peurs irrationnelles à l'écoute de cet album, jusqu'à en arracher mon casque.
Musicalement, on ne sait comment définir où en est TITD aujourd'hui. Oui, il y a bien quelque chose de Dark Metal là-dedans (mais 3 tours des supplices au-dessus) mais Austin vient tout de même du noise et du coup, il ne fait qu'emprunter dans le death et le metal ce qui lui convient, laissant les scories aux mous du bulbe qui encombrent généralement le genre. En fait, il n'y a que Morbid Angel qui soit parvenu à hisser à ce point cette musique au niveau des Moussorgsky, Stravinsky, Prokoviev ou Shostakovitch. Textes et pochettes eux, sont un summun d'ambiguïté, n'hésitant pas à manier sans filets l'imagerie la plus fascisante et les slogans les plus nauséeux tout en appelant un des morceaux "This Machine Kills Fascists" et tout en allant écrire "Peace can't be restored in the eye of violence" (l'œil de la violence répondant peut être à l'œil du cyclone). "Birthright" où l'on trouve justement cette phrase, est un moment monstrueux, s'étendant sur plus de 10 min, en perpétuelle rupture de ton, finissant même par ces arpèges acoustiques faussement apaisés auxquels nous a habitué Steve Austin (se souvenir de l'incroyable "Temple Of The Morning Star"). C'est certainement l'un des sommets de TITD.
Bon voilà. C'est en tout cas l'un des rares groupes dont j'attends chaque album avec l'impatience de l'ado que j'ai, il y a si longtemps été. Cela dit, je ne sais quel écho cette musique peut avoir au sein des lecteurs de Crossroads (ou de poin-poin), mais au cas où le diable vous tente.
4 poin et huit dixièmes / 5
Chronique parue dans Crossroads à l'automne 2004 sûrement.
Extrait : Outland
Le texte d'Outland
Its time I made myself a plan
with this fist stone heart in hand
my blade my eye die empty man
it's you it's you not me you see
black crow false bird die fly in shame
uphold the truth don't die in vain
my sword your lord I score your dead
bleed bleed bleed stop breathing
goodbye don't cry my hatred
inside it's time to fly nowhere
it's time to live the truth or die
outland
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