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SLUG - The Outsound - 1993

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slug Slug The Outsound (1993)
 
Il n'était pas donné à tout le monde d'enregistrer un album qui parvienne à marquer l'année 1993 tant elle fut riche,  que dis-je, somptueuse même. Rien que sur ma liste bac à sable, ultra-subjective j'en conviens, pas moins de 8 albums essentiels cette année là, soit autant que les 4 années précédentes réunies, ou les 3 suivantes. Mais pas possible de faire autrement que de l'inclure. Je précise que cette appréciation n'est pas un caprice isolé, beaucoup qui vécurent cette formidable période 90-94 vous le confirmeront, et l'on peut  même glaner quelques avis allant en ce sens sur le net. Le plus admirable, c'est que 13 ans plus tard, il ne semble en rien attaqué par les irrémédiables outrages du temps. C'est même l'un des rares qui pourrait être paru en 2005 (même les très grands Jesus Lizard n'ont pas ce privilège).
 
Pourquoi tant d'enthousiasme me direz-vous en baillant mais il est vrai que vous manquez de sommeil à lire cette chronique à une heure aussi tardive (à moins que ce soit moi qui l'écrive à une heure tardive je ne sais plus). Et bien à le réécouter aujourd'hui, tout abasourdi de le trouver en l'état où je l'avais laissé la dernière fois, j'ai trouvé une sorte d'explication. Parce que The Outsound ressemble peut être bien à la musique qui aurait pu naître de l'association musicale de Chris Spencer (vous fais-je l'affront de préciser que c'est le leader d'Unsane) et de Kevin Shields (My Bloody Valentine, ça vous saviez) qui laisserait le micro à son compère américain. Mais jamais je pense, Spencer et Shields (tiens, ils se seraient appelés les Bloody Unsane, pourquoi pas?) ne seraient allés aussi loin, car là on atteint vraiment un point limite, la frontière du monde perdu où tout devient possible (ou n'est-ce pas plutôt impossible ?). Bien sûr, les anglais de Skullflower, Ramleh et Splintered, créaient eux aussi au fond de leur cave un agencement sonore à base de bruits (échos, distorse, larsen, basse catacombale, vociférations) mais Slug lui fait du rock avec ce bruit, oui du rock, plutôt blues parfois (help Shaman, est-ce pentatonique ?) mais aussi du rock post-Stoogien qui renvoie ces "illustres" modèles à une certaine "inoffensivité". D'ailleurs leur base est plutôt du côté des Cramps et aussi de Pussy Galore ou du Boss Hog du premier EP. Ce qui m'étonne finalement c'est qu'à partir d'un style dont je suis assez peu client, Slug est parvenu à prendre une telle place en mon panthéon personnel. Peut être parce que Slug ira plus loin que les autres, là où n'ira même jamais Unsane (sinon sur les 2 premiers singles), dans une bourrasque de guitares dans laquelle la voix hurlante de Stephen Ratter semble supplier de le secourir.
 
Tout commence par un "Ex-Chest" qui marque son territoire dans ce que j'ai tenté tant bien que mal de décrire ci-dessus.
 
"Aurora f"sonne beaucoup plus Unsane avec une gouaille dans la voix très différente des cris de furie de Spencer, et avec une basse pachydermique qui parvient à recouvrir le bordel de guitares pourtant pas piqué des hanetons (jamais compris cette expression mais là, elle me paraît avoir sa place). Les 10 dernières secondes, on se demande si l'humain est fait pour supporter ça, et l'on se répond qu'on ne doit simplement pas être tout à fait humain puisqu'on trouve ça sacrément bon.
 
Ensuite, c'est l'un des tours de force historique de l'album : "Here And Now" qui semble à cheval sur le "Baby's On Fire" et le "Blank Frank" d'Eno (tirés l'un et l'autre de son grand œuvre Here Come The Warm Jets) mais un Eno qui n'aurait pas suivi son chemin de bonnet de nuit conceptuel mais poursuivi une aventure plus viscérale. Il y a aussi quelque chose de The Fall là-dedans, mais au risque (assumé) de me répéter, avec une furia que tous ces inspirateurs n'ont jamais ne serait-ce qu'approcher, doutant même que d'autres réussissent à l'approcher un jour.
 
On regrette que le sextuor se soit senti obligé d'insérer quelques quelques gags interminables tel ce "Crawl", sample (?) d'une vieillerie sentimentale mise en boucle pendant plus de 5 min mais bon, il suffit de passer au morceau suivant ("Sung – Il Meat"), une fois de plus d'obédience Unsanienne, et cette fois-ci très proche des modèles (sauf le thème lead qui est assez Pixies dans l'idée) même si on l'on sent bien qu'on n' est pas chez les New Yorkais, quelque chose d'imprévisible et d'excessif rendant l'alchimie beaucoup plus explosive. A noter ce son de batterie insensé qui semble directement branché sur secteur.
 
Sur "King Of Ghosts", c'est carrément le phrasé du grandissime Kim Fowley qui émerge de la muraille de chine de guitares (mais il y en a combien ?). Il faut quand même préciser pour le candidat éventuel à l'expérience, qu'on ne peut pas vraiment dire qu'on entende les vocaux, qui semblent la plupart du temps comme égarés dans un hangar où régnerait un boucan de fonderie rythmé.
 
Comment font-ils pour faire de plus en plus cinglé au fur et à mesure que progresse l'album, c'est un mystère ? Avec "Symbol For Snack", c'est un peu au passage au karcher de la reprise de "Four Sticks" (Led Zeppelin) par Unsane auquel on assiste. Et c'est quand même à l'aune de ce genre de morceaux qu'il serait bon de mesurer tous les disques qui depuis 12 ans se disent rock.  

Autre parenthèse, d'ambient larsen matiné d'accordéon (si si), "Lofthouse" est un vrin anecdotique. 

On verse ensuite dans une relecture Slugienne (ne pas confondre avec Sludgienne) du dub, pas vraiment ce que le groupe réussit de mieux (on préférera les visions contemporaines de God, Ice, Techno-Animal ou Terminal Cheesecake) même si "Coordinate Points" l'amène vers les terres vierges de Skullflower, et rien que pour ça, on se laisse flotter sans réticence dans ses limbes enveloppantes.
 
Le groupe a la bonne inspiration de prendre congé sur un épic d'anthologie ("Kitti That Spicy") qui débute comme une nouvelle tranche d'insane Unsanerie mais qui ralentit soudain pour se déployer en une spirale de bruit sur un beat à la The Fall (à moins qu'il ne s'agisse plutôt de Can, les inspirateurs communs), parvenant à unir en un même élan Hawkwind et Skullflower, et enfin à développer tout cela en une lave incandescente sur plus de 10 min, mettant un terme hallucinant à un album qu'on osera qualifier platement d'exceptionnel.   

Slug ne fournira qu'un album de plus avant d'imploser en vol, The Three Man Themes 3 ans plus tard, dont on reparlera peut être mais qui ne peut rivaliser avec ce son du dehors dont personne n'est encore revenu. Finalement peu importe d'avoir fait une carrière éclair quand on a réussi de tels achèvements, mais dommage toutefois que si peu les (re)connaissent, même si c'est hélas un peu la règle depuis 25 ans.

Il est possible de se rattraper. 

5 poin / 5

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 18:04 )  

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