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THE EXPLOITED Beat The Bastards - 1996

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 The Exploited - Beat The Bastards

"Putaing de couillonnade !", aurait pu s’écrier Margareta Tacceri à l’écoute du Beat The Bastards de The Exploited si son père avait été un épicier italien exilé à Marseille. Hélas, il était anglais, sa fille devint Premier ministre, et Wattie Buchanan monta le groupe en 1980, sans doute pour fêter le premier anniversaire de l’arrivée au pouvoir de l’Iron Lady (à qui The Exploited rendra un autre hommage sur la pochette de Death Before Dishonour en 1987 - voir en fin de chronique).

Après plus de quinze ans à hurler du punk-oï sur une musique évoquant la délicatesse d’une déclaration de guerre (des Malouines, au hasard), le groupe sort cet album qui lorgne franchement sur le métal-hardcore. Le crédo est simplissime : baston durant treize titres. Avec, tout de même, quelques solos et breaks le temps de décapsuler une bière ou de balancer un pavé sur un flic, au choix.

The Exploited live 

Beat The Bastards n’est pas un album exceptionnel de bout en bout mais certains titres comptent parmi les plus appropriés de ma discothèque quand il faut aller bosser sans se mettre une balle ni tuer tout le monde. Une décharge de hurlements, de cognements de sourds, de haine et de fuck-the-systemisme qui ne se paie pas de mots.

Une intro un peu cheap (régulièrement reviennent de ces interludes parlés, extraits d’actualités ou dialogues entre brutes et truands) rappelle le concept, si l’on peut dire, de tout l’album : mort aux bâtards (les flics, les politiciens, les juges, les militaires, les flics, les pol…). Et puis comme un poing américain dans les prémolaires, un riff à faire sauter une chaîne de tronçonneuse, pilonné, tandis que le batteur donne tout son sens à l’expression "battre comme plâtre" (ou emplâtrer). Bienvenue dans l’établi bricolo de Wattie, torgnoles en gros, demi-gros, jamais au détail.

"Mâ, cé n’é plou dou pounk", comme aurait dit Margareta Satserès si son père avait été un morutier-zingueur portugais exilé à Dunkerque. Certes, il y a plus de métal et de hardcore dans cet album que d’amiante à la fac de Jussieu mais le passé du combo, tendance punk radical émeutier, reste présent en arrière plan. Et dans le "chant" de Wattie.

D’ailleurs, Beat The Bastards fait parfois penser à un Mötörhead - en moins bassisant. Ce qui n’est pas illogique, la bande à Lemmy s’étant toujours réclamée avant tout du rock et ayant souvent montré des atomes crochus avec le punk, notamment The Ramones. Il n’est pas non plus interdit d’entendre du métal-hardcoreux Biohazard.

Bref, ce premier titre éponyme de Beat The Bastards, riff entêté et entêtant, son de batterie qui dézingue les moustiques à 10 km, solo primaire, pourrait complexer certains groupes métal qui s’affichent extrêmes à tous les rayons, y compris celui du maquillage. Affected by Them reprend un schéma identique. En encore plus basique. Wattie crache ses paroles en doigt majeur. Ha ! le chouette disque de bourrins qui s’annonce là, juste assez torché pour ne pas effrayer le bon bourgeois que je suis (ce qui est à peu près la pire insulte que je puisse adresser au groupe…).

The Exploited - Wattie - live 2006Don’t Blame Me a même droit à quelque chose qui ressemble à une intro à la basse, faux départ avant le carnage riff en boucle, refrain en accéléré… Que d’audace ! Et soudain, vlan un break, un solo de dix secondes, et le massacre reprend son rythme de croisière s’égorge. Law For The Rich possède peut-être le meilleur refrain de l’album, en dépit des cinq accords qui tiennent tout ce titre un brin thrash (quand on dit que les punks jouent sur trois accords, je rigole, il y en a cinq, j’ai compté). "There’s a law for the rich / A law for the people like you and me", glapit Wattie au meilleur de sa performance vocale (encore qu’il faudra qu’on m’explique pourquoi il me tutoie). Jusqu’ici, on s’en prend donc plein la gueule en toute basicité et c’en est un plaisir.

System Fucked Up (ha ! ça, pour la poésie, Verlaine peut retourner se coucher dans sa tombe) s’affirme encore plus bas du front qu’une autruche la tête dans le sable. Le son est peut-être métal mais entendons-nous bien (parlez plus fort, je ne comprends rien à ce que vous dites, avec tout ce barouf), il n’a rien à voir avec, mettons, le métal d’un Iron Maiden, même lorsque Paul Di’Anno laissait transparaître au chant ses penchants keupons.

Si l’on est peu versé dans le masochisme auditif, on peut commencer à trouver la formule répétitive. They Lie (qui ça ? Mais les bastards, voyons !) enfonce le coup de boule et If You’re Sad (tu m’étonnes, j’ai déjà perdu la moitié de mes dents) tend plus à l’écrasement, à la lourdeur, tant Wattie semble avoir l’estomac au bord des lèvres. C’est alors qu’on se rend compte, si l’on possède la vivacité intellectuelle de Rantanplan, que pour du punk, les morceaux s’étirent tout de même en longueur. Trop. "Ach, ze nicht plu doutafaid der peunk", comme aurait dit Margarete Thatcherman si son père avait été un épicier berlinois exilé à Paris en 1940.

Flight Back réenfonce la pédale d’accélérateur mais l’impression d’avoir déjà entendu ce riff persiste avec Massacre of Innocents, en dépit d’une tentative de casser le rythme en éructant le titre pendant que le batteur part pisser sa bière. Dois-je vous décrire Police TV ? Disons qu’on ne pourra pas accuser The Exploited de s’être vendu ou d’avoir tenté d’écrire un slow ou un titre catchy alors que The Offspring et Green Day venaient de remettre le "punk" à la mode.

Sea Of Blood, mötörheadien, frise le hardcore-death, avec son crépitement sourd de guitare, la voix un peu gutturale, la batterie speedée et le solo emporté dans la tourmente à peine débuté. Fifteen Years et ce Serial Killers qui n’en finit pas avec 6’40, avouons-le, tournent en rond.

Beat The Bastards n’est donc pas un album qui chausse du 2 fillette. S’il a du mal à tenir sur la longueur, son démarrage explosif et quelques morceaux saignants et bave aux lèvres comme de la vache folle (l’autre spécialité britannique avec le punk et le thatcherisme d’épicier) passée au grill me donnent des raisons d’y revenir régulièrement pour secouer le bâtard qui est en moi.

The Exploited - Death Before DishonourEnfin, signalons l’avis, recueilli en exclusivité pour Poin-Poin, de Margaret Thatcher sur cet album : "A gerber". Une déclaration stupéfiante quand on sait à quel point il est difficile de vomir épicier en même temps.

3,5 poin/5

site officiel The Exploited 
MySpace The Exploited 

Fansite sur The Exploited
(grosse collection de photos,
dont les deux en live de cet article)

Vidéos (plus ou moins) :
Beat The Bastards 
Don’t Blame Me 
System Fucked Up

Mis à jour ( Dimanche, 29 Juin 2008 23:35 )  

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