
Oui, les Buzzcocks vrombissent encore. Tous les 3 ans depuis leur reformation (déjà 16 ans), ils proposent une poignée (14 cette fois-ci) de chansons dont ils ont le secret et comme d'habitude, on reste béat d'admiration devant l'évidence du résultat. Peu d'autres que Pete Shelley, à part Ray Davies et les frères Maël, pour composer des lignes mélodiques aussi lumineuses. Mais à noter que depuis le début, et même de plus en plus souvent, Steve Diggle surpasse encore son frère ennemi de toujours (lire son autobiographie guère tendre avec Shelley), dans un style pourtant assez différent (on jurerait entendre John Entwistle).
Ce duo a vraiment tout pour être définitivement considéré (sauf par une poignée
d'abrutis qui sévissent dans certaines revues rock de notre hexagone) comme les Lennon-McCartney du mouvement punk. Il faudra probablement encore attendre un peu pour que cette évidence s'installe définitivement mais c'est inévitable étant donnée l'incroyable influence exercée par le groupe sur toute la musique britannique depuis 25 ans, et surtout la qualité constante de ce qu'il a produit durant sa longue existence. On peut se demander ce qui pousse Shelley et Diggle à ne pas faire évoluer cette rythmique très marquée punk, et qui les prive assurément des honneurs de la hype que lui vaudrait un son et une rythmique plus actuelles (quoi que le quadra est définitivement discrédité, sauf s'il s'appelle Bowie, Iggy ou Reed), mais pas certain que cela ne nuirait pas au charme que dégage le quatuor.
Un bémol toutefois. Après la formidable réussite de l'album précédent (tout
simplement baptisé Buzzcocks, un album marqué par l'amertume et le désenchantement) mais qui semblait montrer une voie vers un nouveau niveau de profondeur, Flat-Pack Philosophy semble renouer avec les tout débuts du groupe : riffs hachés (presque Bolaniens), proches de ceux du fameux "Spiral Scratch" EP de 1976, et mélodies plus sucrées qu'amères. Un peu dommage même s'il devient vite lui aussi une source d'addiction sonore, avec ses moments de grâce qu'on attend avec jubilation (le titre éponyme ou "Heaven & Hell" par exemple, dont on reprend les refrains à tue-la-tête tout seul au volant sous l'œil atterré de ses contemporains. Sans rapport mais quand même un peu attristant, les photos de Pete Shelley le montrent de plus en plus bouffi et dégarni du cuir chevelu, ce qui ne fait qu'accentuer encore la distance avec la juvénilité de son art.
4 poin et 1 demi / 5
Chronique publiée dans Crossroads
PS. A noter qu'après avoir pris connaissance des textes, je me suis aperçu que l'amertume était bien encore au rendez-vous et que la sucrosité musicale cachait un discours particulièrement noir. Cet album ne fait, 3 mois après sa sortie, que croître et embellir.
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