
Son groupe, Liars, tout le monde s'en fout, d'ailleurs les gens détestent en général. "Ah ouais Liars, je peux pas saquer". C'est le genre de groupe un peu énervant. Leur premier album s'appelle comme ceci : They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top, ce qui prouve bien qu'ils sont relous.
Pas de look, des clips faits à la main absurdes et surréalistes façon Monty Pythons gore, une musique âpre et râpeuse (j'aurais bien rajouté le mot "câpre" mais je ne sais pas où le mettre). On peut même dire que Liars est le groupe arty par excellence mais le terme est malheureusement un peu faible. Dégaines d'étudiants en art, idiotie revendiquée, musique difficile d'accès dans l'unique but de faire chier le monde, tout y est. D'ailleurs le groupe n'a cessé de brouiller les pistes de ski depuis ce premier album puisque non seulement le line-up a complètement changé mais le fond de commerce également. D'un punk sautillant, sec et tranchant proche de PIL et Gang Of Four à l'époque de ce premier album, le groupe a depuis bifurqué vers une sorte d'électro-punk-indus minimaliste et abscons ne ressemblant plus à rien. De connu. Au pire pourra-t-on trouver quelques vagues accointances avec le Wire bordélique de l'album Document And Eyewitness ou encore avec l'unique album de Ciccone Youth (obscur side-project des membres de Sonic Youth).
Aujourd'hui sous-évalué voire renié par Angus lui-même, They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top est pourtant loin de ressembler à une erreur de jeunesse, tant le groupe a déjà trouvé une identité propre. Album enregistré en deux jours par un dénommé Steve Revitte si l'on en croit les ragots et les notes de pochettes, peut-être tient-on là la recette de l'urgence du disque. Autre influence majeure pour ces grands benêts, le hip-hop est ici présent, mais en filigrane. Que dis-je, en transparence, c'est-à-dire qu'on ne le sent pas du tout. Il est là sans être là, tout comme chez Autechre dans un tout autre registre, influence majeure mais sournoise. Tout au plus pourra-t-on se raccrocher au cultissime sample du Moody d'ESG sur le titre Tumbling Walls Buried Me In The Debris With ESG, seul point commun apparent entre Rakim et la bande de chevelus qui nous occupe présentement. En conclusion hâtive, je dirais donc que Liars fait partie de ces groupes exigeants dont la tambouille n'est pas servie sur un platane. Il faut se cogner plusieurs fois la tête contre l'arbre en question pour commencer à voir des étoiles tournicoter (comme tous les bons platanes). Non contents de ce postulat, ils se permettent même de boucler l'album par un morceau de 30 minutes, à la manière du sillon sans fin d'Expressway To Your Skull de Sonic Youth sur sa version vinyl, à savoir un truc qui peut rendre idiot pour peu qu'on n'y prenne garde...
5 poin / 5
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