
Enregistré le mardi 25 novembre 1975 à l’Université de Nottingham, ce concert se trouve être la première publication live officielle de cette époque charnière dans l’histoire mouvementée du Gong.
Après les départs de Daevid Allen, Gilli Smyth et Tim Blake, il était entendu que le groupe devait continuer à exister, Steve Hillage devant succéder à Allen au chant, et sa compagne Miquette Giraudy devant remplacer Gilli Smyth. Tim Blake, quant à lui, se voyait remplacé par Patrice Lemoine, amené au groupe par Didier Malherbe et Steve Hillage, et le groupe se voyait également renforcé d’une percussioniste de talent et amie de Pierre Moerlen : Mireille Bauer. Fort de cette nouvelle mouture, le Gong commenca à écrire de nouveaux titres en prévision d’un futur album : Shamal. Toutefois, avant d’enregistrer celui-ci, le groupe a préféré rôder ces titres en public et une mini-tournée anglaise de 13 dates fut programmée, avec les français de Clearlight en première partie. Enregistré à l’origine en vue d’une programmation radiophonique, ce concert, dernier de la tournée, nous est ici livré dans sa presque intégralité (on nous a privé de Bambooji, dommage !), avec un son correct à défaut d’être parfait.
Au menu de ce disque figurent deux titres extraits de You, le dernier album en date (à l’époque) : Master Builder et Isle Of Everywhere ; deux titres du premier album solo de Steve Hillage, Fish Rising (alors fraîchement sorti et qui, rappelons-le, fut enregistré avec la quasi-totalité des musiciens du Gong) : Aftaglid et Salmon Song ; puis enfin quatre titres de l’album encore à venir : Chandra, Cat In Clark’s Shoes, Wingful Of Eyes et Shamal le bien-nommé.
Si la qualité et l’interprétation en live de Master Builder et Isle Of Everywhere n’est plus vraiment à démontrer (aucune mauvaise version live de ces titres n’existe, et toutes sont meilleures que les versions studio), l’on peut également se réjouir d’entendre des interprétations remarquables des deux titres extraits de Fish Rising. Aftaglid atteint ici des sommets de fluidité et Steve Hillage se rappelle à nous comme étant certainement le plus talentueux de tous les guitaristes ayant joué dans Gong dès lors qu'il s’agit de “broder” plus que de jouer de la guitare (les dernières minutes du morceau, où Steve fait dialoguer son instrument avec la chambre d’écho, sont un vrai régal et d’une finesse de gastronome). Quant à Salmon Song, la version délivrée ici est d’une rare puissance, et peut-être bien la meilleure publiée à ce jour. Les percussions pleines de fraîcheur de Mireille Bauer, notamment en début de morceau, les sonorités “canterburyennes” de l’orgue de Patrice Lemoine, les spirales hypnotiques de Didier Malherbe toujours égal à lui-même, et bien sûr Steve Hillage, royal, véritable maître de cérémonie porté aux nues par les pulsations endiablées de la basse de Mike Howlett et le soutien sans faille des fûts de Pierre Moerlen, asseyant tout le groupe par une maîtrise imparable.
Mais la cerise sur le gâteau concernant ce CD, ce sont bien sûr les autres morceaux. Ceux qui feront de Shamal un album de référence
dans les sphères du jazz-rock non ennuyeux. À l’écoute de ces enregistrements, on reste véritablement perplexe lorsque l’on constate que paradoxalement, les versions live délivrées ici donnent toute leur dimension à des morceaux alors pas encore enregistrés. Nul doute que la présence de Steve Hillage n’y est pas complètement étrangère (sa participation à l’album studio n’étant que sporadique), mais le talent des autres n’est pas en reste non plus pour donner force et conviction à la musique. Ici confrontés avec des titres de la période Allen, on est presque surpris de constater à quel point le set est homogène et combien des morceaux comme Cat In Clark’s Shoes ou Shamal sont en parfaite continuité de l’album You. Nul doute qu’alors, le groupe était bien fier de présenter ces nouvelles compositions au public et avait à coeur de remporter son adhésion, pas nécessairement évidente après que Daevid ait quitté le tapis volant en plein vol. Pourtant, leur pari est plus que réussi, car même si les compositions commencent à sonner plus jazz-rock que rock cosmique, le jeu typique de Didier Malherbe aux saxophones et flûte, sa perpétuelle inventivité et cette faculté unique qu’il a de remplir chaque note qu’il souffle d’une forte dose d’humour donne aisément à chaque titre sa coloration typiquement émanée du Gong, toutes époques confondues. Quant aux sonorités des percussions de Mireille Bauer, aussi bien sur les anciens morceaux que sur les nouveaux, elles contribuent largement elles aussi, à donner cette unité, et sont une véritable aubaine dans un groupe comme Gong.
Agrémenté d’un livret de 12 pages orné de magnifiques photos noir et blanc et de notes très intéressantes de Jonny Greene et de Mike Howlett, ce Live In Sherwood Forest ‘75 est une vraie bénédiction pour tous les amoureux du Gong et se pose surtout comme étant un véritable témoignage historique.
Historique d’une part parce que c’est la première fois qu’il nous est donné d’entendre sur support officiel des morceaux extraits de Shamal enregistrés en public, et historique d’autre part, parce que ce concert étant le dernier de la tournée, c’est aussi le dernier qui verra la participation de Steve Hillage et de Miquette Giraudy au sein du groupe (si l’on excepte le concert marathon de la ré-union du Gong à l’hippodrome de Paris en 1977). Forts du succès de Fish Rising, les deux musiciens sont en effet partis prêcher la bonne parole en solo juste après cette tournée. Mais cet album est historique aussi dans la mesure où ce soir là, Clearlight n’ayant pas assuré la première partie pour d’obscures raisons, son violoniste Jorge Pinchevsky s’est joint pour la première fois à Gong pour l'exécution du titre Shamal, avant d’être intégré au groupe et de voir sa participation nettement plus accentuée sur l’album studio enregistré l’année d’après.

Et enfin et surtout, par un mystérieux effet du sort, il se trouve que cet album est encore une fois historique, dans la mesure où la date de parution de ce CD - le 3 mai 2005 - est aussi celle où l’on a appris avec tristesse le décès subit de Pierre Moerlen, durant son sommeil, à l’âge de 52 ans... Sa prestation en cette soirée du 25 novembre 1975 étant comme à l’accoutumée remarquable de bout en bout, ce CD se trouve donc être un véritable hommage à la mémoire de ce grand batteur français, disparu bien trop tôt, et qui a tant donné à la musique par son talent incontesté. Pierre se réjouissait de la parution de ce CD et cette étrange coïncidence des dates feront que chaque écoute de celui-ci rappelleront à notre souvenir combien le “Père Cushion de Strasbourg” fut un redoutable batteur...
Maintenant et afin de vous rendre compte par vous-même de la véracité ou du total enfumage de ces dires, (au choix) veuillez trouver ce Shamal à caler dans vos oreillettes en épiderme adipeux.

* Le premier qui trouve Robin des Bois (voire même Belle Marianne) sur cette photo, gagne directos le CD chroniqué.
(Quant à celui (ou celle) qui trouverait Petitjean, alors il gagnerait juste mon poing dans la gueule. Pourquoi ? Je ne sais pas).
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