Il y a comme ça quelques secrets bien gardés dans l’histoire du rock. Par exemple ici nous tenons un groupe italien qui a produit un disque tout à fait honorable et qui semble bien être passé inaperçu à l’époque de sa sortie hormis évidemment dans son pays d’origine où celui-là a assuré les premières parties des tournées de grands groupes anglais tels Van der Graaf Generator ou Uriah Heep. Les bons groupes de l’autre côté des Alpes n’ont pas manqué même si peu ont connu une carrière internationale (tels PFM, Banco, Le Orme ou encore Aera, tous dans la mouvance progressive). En 1972 I Garybaldi a déjà une histoire assez longue puisque les trois musiciens qui forment le groupe ont débuté en 1965 dans un groupe du nom de Gleemen et ont sorti un disque en 1970 au titre éponyme. Rebaptisé de leur nouveau nom le groupe, constitué du bassiste Angelo Traverso, du batteur Maurizio Cassinelli et du guitariste Pier Nicolo « Bambi » Fossati, enregistre ce disque à la tonalité fortement hendrixienne (lui-même convient de la très forte influence qu’a eu sur lui le guitariste américain) agrémentée de passage plus progressif (ajoutons quand même la participation d’un claviériste, Lio Marchi qui joue de l’orgue, du mellotron et du piano).
Ce qui correspond à la première face du LP d’origine est constitué de quatre morceaux, la face deux étant occupée d’une suite qui se décompose en trois mouvements.
Le premier titre, Maya Desnuda, est celui dans lequel on ressent le plus l’influence d’Hendrix et ceci dès l’intro. Le son même de la guitare participe à cette impression. Ensuite la voix et surtout le chant en italien qui surprennent et qu’il faut peut-être apprivoiser un peu avant d’en juger pleinement. Ceci dit on est en présence d’une musique qui incontestablement est dans son époque, un rock qui trouve ses racines dans le blues et qui teinte le tout de couleurs « progressives », un peu à la manière de Uriah Heep. Après un intermède de deux minutes où le guitariste tire de sa guitare quelques effets sonores, des arpèges annoncent les 7,12 mn de 26 Febbraio 1700. Une ballade où pour l’essentiel c’est la guitare qui tient le rôle central et qui rappelle encore une fois l’influence d’Hendrix par les réminiscences de The Wind cries Mary ou Angel qui surgissent. L’orgue se fait un peu plus présent à travers un solo et un « fade » tout en apesanteur. L’Ultima Graziosa, dernier titre de la face 1 est plus rock, à la construction plus complexe avec des breaks nombreux et des soli d’harmonica ou de piano auxquels répond l’orgue.
Moretto da Brescia est la suite qui se décline en trois parties et qui occupe toute la fin du disque (face 2 du vinyl). C’est probablement là que la musique de I Garybaldi offre tous les nombreux aspects déjà évoqués. Les musiciens y font se succéder les soli de guitares ou d’orgue. La guitare acoustique fait quelques incursions dans le paysage sonore ainsi que piano et orgue qui distribuent les éléments d’une œuvre aux résonances plus progressives (dirons-nous plus symphonique, parfois ?). Les trois mouvements (Goffredo, Il giardino del re et Dolce come sei tu) s’enchaînant, des passages accélérés laissent la place à des moments plus éthérés. Sur le deuxième mouvement la partie centrale est constituée d’un long solo de guitare suivi de celui d’orgue, le tout pris sur un rythme rapide, bien qu’assez monotone cependant (en raison surtout du peu d’inventivité de la section rythmique), ce qui gâte un peu le plaisir pris à une telle cavalcade. Le dernier mouvement reprend le thème chanté de départ et se poursuit sur un orgue qu’accompagne une rythmique enjouée et ensoleillée. La guitare, pleine de réverb, « solise » en apesanteur….beau final pour un disque très réussi dont de nombreuses écoutes ont peine à épuiser le charme.
Pour finir quelques mots sur la pochette du disque illustrée par Guido Crepax (décédé en 2003), auteur bien connu de bandes dessinées et d’illustrations à dominante érotique (il a publié un Emmanuelle et un Justine d’après Sade, ceux qui lisaient Charlie Mensuel dans les 70’s se souviennent). La pochette originale se dépliait en trois panneaux et l’intérieur consistait en planches de BD du même auteur qui illustrait ainsi quelques titres du disque). Une double gatefold donc….et je sais qu’amateur il y a ! Ma réédition CD (italienne de 1992) reprend cette gatefold.
4 poin / 5
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