« Il y a des albums qui nous ont fait rêver, nous ont formé, en quelque sorte, et qui nous accompagneront tout au long de notre existence : celui-là en est un pour moi. Amen. » Electrick Shaman, 31/08/2006.
Mais quelle mouche a donc bien pu piquer Stan Webb, pour qu’après 4 albums d’un British Blues somme toute assez « classique » – bien que l’on sente un désir de sortir du « carcan » inhérent au genre, notamment dans Accept de 1970 –, il ne décide de changer de musiciens, et d’enregistrer Imagination Lady (dédicace à peine déguisée pour Christine Perfect, qui avait quitté Chicken Shack pour Fleetwood Mac en 1969 ; elle figure même en dessin au verso de la pochette…), album de pur (?) Hard-Heavy-British-Blues, un nouveau genre à lui tout seul !
L’album attaque en rentrant directement dans le vif du sujet, sinon dans son lard, avec Crying Won’t Help You Now, reprise extraite de l’album Completely Well de B.B. King, de 1969, contenant notamment le superbe The Thrill Is Gone. C’est à un festival de Les Paul/Marshall/wha-wha (omniprésente sur l’album, ce qui n’est pas pour déplaire à votre serviteur) que nous nous voyons en fait ici conviés… D’emblée, la section basse/batterie – John Glascock et Paul Hancox – nous fait comprendre que l’on aura pas ici affaire à de l’anodin ou du léger…
Daughter Of The Hillside… sur la même suite d’accord, une descente chromatique, que, par exemple, White Room ou Tales Of Brave Ulysses de Cream – titres dont Daughter… fait plus que s’inspirer –, Stan Webb nous envoie dans les oreilles l’un de ses plus beaux solos, et, à mon humble avis, l’un des plus énergiques, l’un des mieux construits, bref, carrément, l’un des meilleurs, d’obédience pentatonique bien sûr, qui aient jamais été enregistrés… J’ai des frissons à chaque fois que j’écoute ce morceau, et un sourire niais illumine alors souvent mon front, me ramenant à l’âge de 14 ans, quand j’ai découvert cet album, et que je n’étais alors qu’apprenti-guitariste rêvant de Gibson Les Paul et de wha-wha Cry Baby… mais là, je m’égare…
If I Were A Carpenter, titre emblématique de Tim Hardin, reçoit ici un traitement à l’électrochoc, qui le rend pratiquement méconnaissable… ou à tout le moins, différent ! Et toujours ce basse-batterie de choc – c’est bien le mot –, et cette guitare grasseyante et ô combien formatrice pour mes oreilles et mes goûts musicaux…
Going Down, écrit par Don Nix pour Freddie King, et présent sur Getting Ready de 1971, m’étonnera toujours par son rythme léger et altier… mais non, je blague ! D’une lourdeur toute hard-blueseuse avec sa scansion quasi-indienne (d’Amérique), ce titre clôt la première face de l’album d’origine, et est l’un des grands moments de ce disque…
Vient ensuite Poor Boy, enchaîné avec Telling Your Fortune (repris d’Accept, l’album précédent de Chicken Shack). Ce titre est ce que l’on pourrait appeler la « signature » de Stan Webb, à un point tel qu’il n’était pas envisageable qu’il ne le joue pas en concert, notamment en Allemagne, au risque de se voir hué par son public ! Ce morceau est l’occasion pour le guitariste de se fendre d’un solo très Hendrixien, entièrement débridé… D’un autre côté, je dois avouer que c’est avec ce morceau que les choses peuvent fâcher en ce qui concerne cet album… Et oui… LE solo de batterie… long… long… long… très long… très bon aussi, mais très long... Et pas dans la dentelle, non plus ! En ce qui me concerne, il m’a toujours plu, ce solo, et m’a toujours semblé être tout à fait à sa place sur cet album, mais je peux comprendre que l’on soit d’un avis contraire ! Dans la réédition CD de ce disque, Stan Webb explique que si le solo est aussi long, c’est parce que Paul Hancox était tellement parti qu’ils n’ont pas osé l’interrompre… La reprise à la fin de ce (long, vous l’aurez compris je pense) solo s’avère être une resucée du I’m In The Mood de John Lee Hooker, mais bien sûr passé à la moulinette hard-blues qui est la marque distinctive de cet album.
Celui-ci se termine par The Loser, au titre doux-amer, dont la pochette de l’album suivant de Chicken Shack, Unlucky Boy de 1973, pourrait être un parfait exemple…
Album entièrement à part dans la discographie de Chicken Shack, Imagination Lady est un monument du rock anglais des années 70… à découvrir d’urgence si vous ne le connaissez pas !
Cet album fait tellement partie de mon monde musical que j’ai du mal à le noter… Allez, j’essaye :
4,8 poin / 5…. A cause du solo de batterie qui peut rebuter… mais c’est vraiment pour ne pas être taxé d’aveuglement auditif (? kézaco ?)
Extrait : Daughter of the Hillside
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