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Home Dressez vos esgourdes 70's CROSBY SILLS NASH & YOUNG - Déjà Vu - 1970

CROSBY SILLS NASH & YOUNG - Déjà Vu - 1970

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CSNYdejavuBon ce disque n'est pas à proprement parler une nouveauté, si ce n'est pour un hibernatus congelé avant mars 1970, mais comme certains poin-poineurs, bien que fortement adeptes des seventies, semblent ne pas encore avoir cet album dans leur rayon "le mieux du best de ces foutues golden years of rock'n roll", j'ai pensé utile de mettre une chronique, écrite pour personne il y a quelques années mais que je ne renie pas. J'ai juste ajouté une référence à Ed Kuepper. So here it is.

Sous ce titre a priori modeste se cache un album devenu quasiment aussi mythique que Sgt Peppers pour la génération hippie et apparentés. Il faut dire, qu'à l'exception du dernier titre ("Everybody I Love You"), exécrable résurection du plus médiocre Buffalo Springfield, il n'y a pratiquement rien à jeter sur cette galette. Et puis la pochette est si fabuleuse, rompant agréablement avec l'imagerie Peace and Love qu'on pouvait craindre de se voir infliger (ici, le sextet donne plus l'image d'une bande de mercenaires de la guerre civile sans foi ni loi, que d'humanistes extatiques), que l'on ne saurait se plaindre. Cependant, ce constat positif doit être légèrement tempéré. En effet, la réputation de Déjà-vu semble, à la réécoute, un tout petit peu surfaite, les 4 principaux protégonistes ayant visiblement conservé leurs meilleures compositions pour leurs albums solo respectifs.

C'est notamment le cas pour CSNY1Neil Young, surpris ici entre Everybody Knows This Is Nowhere et After The Goldrush, et dont le "Helpless" est un peu émollient (même s'il influencera longtemps Stills et Nash ainsi que bien d'autres prétendants au rôle de geignard folk rock, et même jusqu'à J. Mascis par exemple). Plus ambitieux mais un peu lourd à digérer est le tryptique "Country Girl" dont seul le final éponyme semble justifier l'écoute. Ce qui est étonnant, c'est que sur la première partie, Young semble imiter Crosby, rare fois où on le surprendra à sortir de son influence Dylano-Stonienne durant ces années là.

Crosby qui, il faut bien le dire, même s'il n'a jamais bénéficié de ce statut, est celui qui hisse le groupe vers les sommets. En effet, les deux morceaux qu'il propose sont des splendeurs. Il faut croire que les autres s'en aperçurent puisque l'un d'entre eux donnera son nom à l'album. "Déjà Vu" possède tout ce qui fait la singularité de ce type imprévisible. Un début quasi-rustique et puis une brutale rupture qui traumatisera tous les Paddy McAlloon et les Shawn Phillips de la terre. Cette invraisemblable impression de temps suspendu et ce sentiment que les conventions structurales du rock ont disparu n'a guère d'équivalent puisque Crosby, contrairement à Peter Hammill par exemple, ne reconstruit pas de nouvelles règles. On évaluera la différence qui sépare "Déja Vu" et "Time" de Bowie par exemple, où l'abandon est enserré dans un carcan formaliste vite perceptible. Encore plus effarant est "Almost Cut My Hair", qui valut un cCSNY2onflit entre Stills et Crosby, le premier trouvant les vocaux de Crosby par trop impulsifs et approximatifs, parti pris assumé par le second qui, bouleversé par l'assassinat de Robert Kennedy et la mort d'une amie, trouva plus adéquat de conserver les traces d'émotions que cet a peu près vocal transmettait. Technique qu'assumera aussi Neil Young 3 ans plus tard quand, traumatisé lui aussi par la mort de proches, il enregistrera le fuligineux Tonight's The Night.

Pour être impartial, même si Crosby est impérial, Stills propose avec "Carry On" une introduction de grande classe à l'album. La version que l'on peut entendre sur 4 Way Street, le live paru l'année suivante, est bien sûr d'une autre dimension (puisqu'elle couvre quasiment une face de disque) mais ce "One night I woke up / And I knew you were gone" qui lance le morceau est un peu le "Longtemps je me suis couché de bonne heure" du rock. On reconnait ici le style accoustique si particulier de Stills (dont Ed Kuepper est un fils spirituel) et pour tout dire, on se demande si Young était bien présent durant l'enregistrement. L'a-cappella constant du trio est un peu pénible mais une fois qu'on se fait à cette convention, pourquoi pas.

Nash quant à lui, assume son rôle de McCartney passé à l'ouest (de l'atlantique). Il livre deux standards sans faux plis : le plus Macca que Macca "Our House" et le très (trop) countrysant "Teach Your Children" qui seront 2 hits aux USA (n°30 et 16 respectivement).

Mais l'Everest du disque c'est bien sûr cette fabuleuse version du "Woodstock" de Joni CSNY3Mitchell, un tube intergalactique pour la nuit des temps et probablement le meilleur souvenir que ce méga-festival envahissant laissera dans l'histoire de la musique (avec Sly & The Family Stone). Les guitares rapent le fond de vos enceintes comme des coutelas de boucher (le solo du bridge, probablement de Young, est un chef d'oeuvre), Stills fait de même avec sa voix et l'atmosphère est plus proche du Steppenwolf de "The Pusher" (une référence pour moi) que des planitudes babas. Le dernier couplet est chanté commme on arrache les tripes de son ennemi vaincu. C'est splendide.

Déja Vu garde un goût de déjà entendu pour tous les gens de ma génération, mais l'aborder sans préjugés permet d'en apprécier les multiples charmes, même si on ne peut en nier les évidentes limites. Il subit avec succès le test impitoyable du temps qui passe et qui nous rend tout si fadasse. Etonnamment, ce n'est pas tant Neil Young qui semble améliorer l'équipage que l'effet produit par sa participation, les 3 autres élevant nettement le débat par rapport au précédent album. On ne saura jamais ce qui aurait pu advenir de leur expérience seventies puisque l'explosion dans la soute à bagages coula pour plusieurs années ce gros navire.

4 poin et demi / 5

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 18:44 )  

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