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JOSEFUS

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Si mes souvenirs sont encore dignes de confiance, c'est en 1984 que j'ai pris connaissance de l'existence du groupe Josefus, avec la publication non officielle de leur album Dead Man, sur le label français Eva. Ce fut une découverte remarquable, en ce sens que leur musique alliait l'énergie du hard rock à de longues divagations instrumentales qu'on pouvait trouver sur le titre éponyme. Tout, dans ce disque, sentait la spontanéité et la volonté d'en découdre avec les sons d'une époque – adroite mixture faite de rock, de blues, épicée de saveurs sudistes aux effluves psychédéliques.

Quand l'album sort, en 1970, le groupe n'en est pas à ses débuts, et cela fait déjà quelques années que ses membres se connaissent et jouent ensemble, au sein de diverses formations, dans les boîtes de Houston et dans ses environs. Très vite un producteur va les inviter à rejoindre la ville de Phoenix pour y enregistrer un album. Les 17 et 18 décembre 1969, ils se rendent donc au studio Audio Recorders of Arizona pour coucher sur bandes ce qui doit constituer leur premier album, intitulé Get off my Case. Après de nombreuses péripéties, l'album ne parut pas.

Leur producteur, les ayant signés sous le nom de Come, partit à Los Angeles pour démarcher les maisons de disques qui pourraient être intéressées. Mais ABC opposa une fin de non-recevoir, prétextant que la musique était trop psychédélique pour la compagnie. Frank Zappa fut sollicité et de nouveau refus identique. Celui-ci venait de créer son label Straight Records, et on ose imaginer que le destin du futur disque de Josefus en aurait été changé en cas d'accord. Avec leur nom de Come, le producteur, Jim Musil, avait dans l'idée un slogan tel que "Come on Straight Records". Leur producteur, fit quand même presser un single à 1000 exemplaires et en envoya 500 à Houston ("Crazy man / Country boy" - Dandelion 1216), en espérant sans doute, par une distribution auprès des radios, faire connaître le groupe et susciter l'intérêt d'un label, tout en assurant une promotion auprès des clubs, boîtes et salles de concert susceptibles de le programmer.

Cependant, les musiciens, de retour à Houston, prennent d'autres options et demandent à être libérés du contrat qui les lie à leur producteur et retrouvent le nom de Josefus, du surnom dont la grand-mère du batteur Doug Tull l'affublait quand elle l'éleva à Alvin, Texas. Celui de Come que leur avait, en quelque sorte, imposé Jim Musil, ne leur ayant jamais convenu tout à fait. En mars 1970 ils retournent au studio de Phoenix et réenregistrent en une journée, le 30 du mois, tous les titres du précédent album, plus deux nouvelles compositions et une version de Gimmie Shelter des Stones, ce sous la direction du même ingénieur du son, Dave Oxman. Sous le titre de Dead Man, l'album fut très vite publié sur le label du groupe (Hookah H-30) et mis en vente la même semaine que le Let it be des Beatles. Dead man fut publié à 3000 exemplaires et mis en vente essentiellement dans l'État du Texas. Ce qui explique sa rareté aujourd'hui et les sommes déraisonnables si on souhaite s'en procurer un exemplaire de l'édition originale.

Au moins Doug Tull (batterie), Pete Bailey (chant et harmonica), Ray Turner (basse) et Dave Mitchell (guitare) sont-ils satisfaits du résultat. La musique y est conforme à leurs vœux, même si, concernant le son du groupe, très peu de choses le distinguent de Get off my Case, qui devient ainsi la première version de Dead Man. Qu'est-ce qui distingue les deux enregistrements ? D'abord, trois titres ont été changés. Feelin' Good, A Social Song et Get off my Case sont remplacés par Proposition, I Need a Woman et Gimmie Shelter, et le titre éponyme est rallongé d'une minute et demie.

La musique est excellemment jouée avec une fougue et un sens du détail remarquables. Parce qu'au-delà de la formidable énergie dont le groupe fait preuve en studio, on peut affirmer que rien n'est véritablement laissé au hasard, et que les concerts donnés pendant des mois dans différentes villes du Texas leur ont permis de rôder et de peaufiner les compositions et les arrangements nécessaires à leur élaboration. En février 1970, un mois et demi avant l'enregistrement de Dead Man, ils ouvraient pour un show où se produisaient It's a Beautiful Day, Grateful Dead, John Mayall et Quicksilver Messenger Service. Ce qui en dit déjà assez long sur leur réputation locale et la confiance qu'on plaçait en eux.

L'album s'ouvre avec Crazy Man, qui donne une idée exacte de ce que va être la musique du groupe. Un heavy rock enluminé de motifs psychédéliques et enraciné dans le blues. S'ensuivra une suite de riffs et de passages instrumentaux qui vont, tout au long du disque, amener l'auditeur à s'immerger dans une musique toujours efficace en termes d'énergie et d'inventions. La basse de Ray Turner, à la fois souple et véloce, construit une assise rythmique sur laquelle les guitares de Dave Mitchell peuvent échafauder des soli toujours concis et éloquents constituant le lien qui solidifie toutes les compositions. Leur version de Gimmie Shelter est, en ce sens, symptomatique d'une volonté de création tout en payant son tribut au rock anglais, qui a dû constituer une influence indéniable. D'ailleurs, dans Propositon, ils citeront quelques mesures de I Want You des Beatles, titre extrait d'Abbey Road, publié quelques mois auparavant.

Et puis il y a le titre éponyme, Dead man, qui engage le groupe dans une longue fresque psychédélique, laissant apercevoir comment le groupe, sur scène, devait parfois improviser de longues pièces instrumentales dans lesquelles les musiciens, s'écoutant mutuellement, construisaient des arabesques aux motifs complexes. Doug Tull, à la batterie, n'épargnant pas sa peine pour un soutien efficace et véritablement musical tout au long des 17'26 que dure le morceau.

Très vite parvinrent aux oreilles des grandes compagnies discographiques quelques bruissements ou rumeurs enflant depuis le Texas grâce aux acheteurs du disque (cela dit, les ventes du disque se sont essentiellement faites dans l'État du Texas). Pendant ce temps-là, le groupe joue de plus en plus souvent et voit son nom côtoyer sur les affiches les plus grands noms de l'époque – Ten Years After, Jefferson Airplane, Procol Harum, Guess Who… Ces deux phénomènes vont susciter l'intérêt de quelques labels pendant que Josefus s'adonne à son activité favorite : jouer gratuitement dans les parcs des villes texanes comme Houston, Dallas, Austin ou Corpus Christi. Tout cela accroissant la popularité du groupe et de sa musique...

Un label de New York, Mainstream Records, fit une offre que les musiciens ne refusèrent pas et, très vite, il fut exigé des membres du groupe qu'ils se mettent à travailler sur de nouvelles compositions. En deux semaines ils écrivirent assez de chansons pour ensuite être dirigés vers Miami afin d'y enregistrer leur second disque. Mais, le label étant pris dans des difficultés financières, tout alla très vite et le disque, simplement intitulé Josefus, fut trop rapidement enregistré, mixé et mis sur le marché.

De l'aveu même de Pete Bailey : "C'est le pire album jamais fait, il ne sonne même pas comme nous." Jugement certes d'une sévérité surprenante, mais somme toute assez juste. Il suffit de comparer les deux albums, la rigueur  des compositions du premier et le gentil foutoir disparate du second pour s'en convaincre. Et, encore mieux, comparez le son de Dead Man avec Josefus et vous tomberez des nues. Le son du Mainstream est pâle, sans assez de relief, asthénique sur les guitares pour quelques titres et sans réelle dynamique. Such a Life, au parfum country, constitue un bien mauvais final, et Jimmy, Jimmy fait pâle figure avec sa ritournelle popisante, sauvée par les quelques notes de guitare avec wah wah.

Pourtant, la basse en intro de Bald Peach qui ouvre l'album et le solo de Dave Mitchell laissaient augurer de quelque chose d'assez fantastique. Et si B.S.Creek, qui enchaîne, est encore très bon avec guitare et harmonica qui s'interpellent, ça ne suffira pas à transformer le tout en réussite complète. Feelin' Good, présent sur Get off my Case, fait sa réapparition dans une version quand même très réussie. Ce titre constitue d'ailleurs un des meilleurs moments de l'album.

Néanmoins, on est en droit de se demander s'il s'agit du même groupe et si l'ordre de parution des disques n'a pas été inversé. C'est quand même un comble qu'un second disque publié sur un label national ne parvienne pas à retrouver l'excellence d'un premier disque sorti quasiment à compte d'auteur. Pourtant, la première fois que le producteur de l'album, Bob Shad, les a vus sur scène, il fut estomaqué par tant d'énergie, de puissance, promettant aux musiciens un succès tel qu'ils deviendraient riches. Cet album aurait pu être bien meilleur si le délai accordé aux musiciens leur avait permis de mieux finaliser les morceaux, de les jouer sur scène avant l'enregistrement et si le mixage avait su mettre en valeur l'intensité explosive incomparable dont le groupe faisait preuve sur scène.

Ce fut ce qui mit probablement fin à l'existence du groupe et, en décembre 1970, le groupe n'existait plus. Pete Bailey et Ray Turner forment un autre groupe, Stone Axe, qui lui aussi disparaîtra à l'été 1971, après avoir enregistré un single paru sur Rempart Street Records. En 1978 les membres du groupe (sans Doug Tull) se retrouvent à nouveau sous le nom de Josefus et jouent pendant à peu près deux années aux alentours de Houston et publient deux singles sur leur label Hookah ("Hard luck / On account of you" Hookah 78009 et "Let me move you / Big time loser" Hookah 78010).

Bien plus tard, en 1989, de nouveau Josefus refait surface et publie un nouvel album en 1990, Son of Dead Man. À l'exception de Doug Tull, remplacé par Lisa Harrington à la batterie, les trois autres membres restants du groupe font preuve d'une assez réjouissante constance dans leurs choix musicaux. Les guitares de Dave Mitchell sont toujours aussi tranchantes et le chant de Bailey aussi incisif et "habité". Ray Turner a mis moins de "fuzz" sur sa basse mais le tout fonctionne encore merveilleusement bien. Manque la frappe de Tull et ses relances millimétrées. Même si la jeune Lisa ne démérite pas. Le son, bien sûr, est plus moderne et on s'est éloigné de la flamboyance des années 1970. Cependant, l'album (qui est constitué en partie de relectures de quelques anciens titres déjà connus, comme par exemple Crazy Man), est fort honorable et on doit pouvoir encore de nos jours se le procurer.

En 1993, les bandes originales de Get off my Case (Epilogue 1002) sont publiées en vinyle, mais sont aussitôt piratées en Europe, avant même qu'une édition CD ne voit le jour. Et il faudra attendre 1999 pour que le label Sundazed publie Get off et Dead Man sur le même CD pour qu'on puisse enfin disposer d'une édition satisfaisante de leurs premiers enregistrements.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là puisqu'en 2002, toujours sur le label du groupe, Hookah, sont publiés des enregistrements studio et live, Dead Man aLive (MVT 15023). Et, en 2005 le groupe s'est reformé pour donner un concert à Houston, dans le cadre des fêtes d'Halloween. Concert documenté par un CD publié à 250 exemplaires (?), intitulé sobrement Halloween 2004 Live. Il existe aussi une compilation sortie en 2008 intitulée, Encore, qui semble comprendre différents titres extraits des albums déjà cités.

Pour finir sur une note attristée, Doug Tull est décédé en prison le 14 septembre 1990 (la veille de ses 45 ans), après avoir été arrêté pour excès de vitesse et conduite en état d'ivresse. Il a été inhumé le 18 septembre, vingt ans après la mort de Jimi Hendrix. Le rapport de police a déclaré qu'il avait commis un suicide par pendaison. Sur l'insert du LP Son of Dead Man on peut lire qu'une enquête conduisait à conclure que le décès était plutôt dû à des brutalités policières.

On peut aussi entendre Doug Tull avec cet autre groupe texan de Houston, Christopher, qui a fait paraître un merveilleux disque, au titre éponyme, en 1970 sur le label Metromedia (MD 1024). Le groupe s'était auparavant fait connaître sous le nom de United Gas, mais Doug Tull fut évincé du groupe en raison de ses abus de drogues et il ne joue pas sur tous les titres, ayant été remplacé par plusieurs autres musiciens professionnels au cours des sessions.

L'histoire est-elle, en ce début 2011, terminée ? Rien ne nous autorise à l'affirmer. Mais le plus sage serait quand même de se tourner vers ce qui est encore aisément écoutable et disponible, leurs trois albums (si on inclut la première version de Dead man) enregistrés en 69 et 70.

Thiad

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Mis à jour ( Mercredi, 16 Février 2011 17:28 )  

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