Il arrive parfois, après avoir cherché dans les rayons d’un disquaire correctement achalandé, qu’on se dise qu’aujourd’hui la motivation d’achat ou le réflexe consumériste ne sont pas très sollicités par ce qui nous est présenté. Pourtant il faut bien peu de chose pour qu’un enthousiasme soudain nous étreigne et que le désir d’écoute et de découverte se manifestent à nouveau. Ce jour là c’est le recto du livret de ce disque qui m’a interpellé. D’abord la photo qui tout de suite fait surgir en moi des réminiscences d’un autre disque, parmi mes préférés (chroniqué ici ), cette œuvre d’Amon Düll II qui m’accompagne depuis si longtemps. Ensuite les mots inscrits sur la partie haute du livret, Dead Man, qui eux aussi me rappellent le titre d’un album d’un autre groupe, Josefus, qui a longtemps constitué pour moi l’objet d’une recherche éperdue. L’achat d’un disque tient, comme ça, à de menues choses, des indices, des traces, des souvenirs un peu effacés mais persistants qui vous amènent parfois à prendre le risque de la déception. Si à tout ça on ajoute que le disque se trouve dans les bacs de rééditions consacrées aux œuvres oubliées de genres tels que « acid psych folk psyché proto-prog », on n’est pas tout à fait au bout de ses surprises si on considère que l’album en question (au titre éponyme) fut enregistré en 2005 et publié en 2006 sur le label Crusher Records .
Le groupe nous vient des régions nordiques, la Suède, et la musique produite, cela n’est pas pour nous surprendre, relève d’un genre déjà ancien : le rock psychédélique, avec sur un titre (le plus long de l’album) des dissonances toutes « krautrockiennes ». La dominante de l’album est un rock influencé, semble-t-il, par la west coast psychédélique, incarnée par des groupes tels Quicksilver, parfois l’Airplane, comme sur le titre d’intro, Goin’ over the Hill. Mais à d’autres moments c’est le rock anglais (circa 70-74) qui semble convoqué comme influence principale. Dans tous les cas, de nombreux passages de cet album laissent la part belle aux guitares. Le son choisi lui-même ressemble étonnamment à celui de ces années là ! Nostalgie, diront certains ! Est-ce bien utile de nous livrer, en 2007, une telle « monstruosité », tellement décalée dans le temps ? Que répondre sinon affirmer le plaisir qu’on peut prendre à entendre une telle musique si c’est celle qu’on a coutume d’apprécier (mais sans exclusive, bien sûr).
Il y a aussi des moments plus acoustiques et presque « country » comme dans Season of the Dead, ornementé d’un
synthé complètement vintage. En matière de dépaysement voilà d’ailleurs une tentative quand même décevante et un résultat assez suranné. Further s’engage dans une voie, elle, plus psychédélique voire franchement heavy, comme quand les guitares se lancent dans un dialogue fort éloquent qui rejoint une certaine forme de space rock tout à fait savoureux. Highway débute par des guitares, acoustique et électrique, cette dernière omniprésente tout au long du morceau, et se poursuit comme un rock typiquement west coast où la wah wah et le son même de la guitare nous ramènent aux belles heures de J-Kaukonen (Hot Tuna, Airplane). Enfin les 14 mn de Deep Forest Green nous plongent dans une épopée sonore digne des grandes aventures d’Amon Düll II. Percussions, xylophone, moog synthétiseur, guitares débridées, montées progressives ou brusques ruptures des rythmes mais aussi interlude free rock et space rock à la Hawkwind, toute l’histoire d’un certain rock « underground », aventureux et expérimental se voit ici exposée. Final somme toute en décalage avec ce qui précède sur le disque. On sent ici les musiciens désireux d’expérimenter, d’improviser un peu plus, de sortir des quelques schémas qui peuvent par ailleurs sembler avoir un peu brider leur élan. Evidemment ce sera aussi, probablement, le titre le plus décrié de l’album, en tous cas celui sur lequel on pourra le plus discuter (le premier reproche sera certainement sa longueur mais est-ce un argument recevable ?). Vous l’avez compris j’ai aimé ce disque et depuis quelques semaines il continue à beaucoup tourner dans la boîte à musique. Il vaut la peine que vous entrepreniez quelques démarches pour pouvoir l’ouïr au moins une fois !
Ils ont un espace à eux où vous pourrez écouter deux extraits de l’album, Mumbo Gumbo, et Highway, un titre extrait de leur 1er single (épuisé), Thousand Mile Stare et un 4° titre, je pense inédit, In course of time.
4 poin / 5
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