Déjà, rien que la pochette… en noir et blanc, surlignée de rouge… lettrage psychédélique… cinq musiciens qui arborent une frange à la Brian Jones… Vous aimez le Spencer Davis Group (avec Stevie Winwood, of course !), les Yardbirds, les Who, les Small Faces et tous les groupes anglais issus de cette vague qu’on a appelé le « freakbeat » ? Et bien, si vous ne l’avez pas déjà, procurez-vous ce disque de toute urgence, vous l’ADOREREZ !
Originaires de Minneapolis, The Litter (ce mot signifie entre autres détritus, mais, faites-moi confiance, leur musique est très loin de mériter la poubelle, contrairement aux 9/10ème de ce que les maisons de disques publient depuis pas mal d’années et osent appeler « rock », voire « musique » !) étaient le seul groupe de leur région à être à ce point influencé par les groupes anglais susnommés.
Cet album, devenu l’un des premiers albums cultes du rock garage, débute par leur chef d’œuvre : "Action Woman". Ce morceau-phare, introduit par un riff noyé de fuzz, figure d’ailleurs en bonne place sur la légendaire compil’ Pebbles. Sur un beat martelé en 4/4, Motownien en diable, le chant de Denny Waites, juvénile, clair et sardonique, est le contrepoint parfait aux deux guitares finement entrelacées… Ça dépote dur, pour résumer ! Sur un riff à la "Everybody Needs Somebody To Love", l’album enchaîne avec "Watcha Gonna Do About It" des Small Faces, notable pour son solo de guitare acide et grinçant. Il faut préciser ici que cet album, hormis deux titres (dont "Action Woman") écrits par leur producteur Warren Kendrick, est uniquement composé de reprises… mais quelles reprises, quelle interprétation ! Je trouve que certaines d’entre elles sont carrément meilleures que les versions originales, c’est dire ! Le seul morceau "calme" de l’album est le bluesifiant "Codine", titre de Buffy St. Marie repris entre autres par Quickilver sur la BO de Revolution l'année suivante. Retour au British Beat avec "Somebody Help Me" du Spencer Davis Group. En 1’57, tout est dit : passion, fougue juvénile, énergie, joie de vivre… on pourrait ajouter aujourd’hui : nostalgie d’une époque musicale où le formatage n’existait pas, et où la perfection résidait dans l’amour de ce qu’on faisait, et non pas dans les relevés de vente des distributeurs… Grand moment de l’album, l’enchaînement de "Substitute" des Who avec "The Mummy" (du nom d’un film avec Boris Karloff), cette dernière n’étant même pas listée sur la réédition vinyl de K-Tel au début des années 80, nous propulse dans une atmosphère de fête foraine absolument déjantée, au son d’une guitare fuzz hypersaturée et d’un orgue aux accords plaqués par un monomaniaque… On se croirait dans un épisode de Chapeau Melon Et Bottes De Cuir mâtiné du Prisonnier !!
La deuxième face du vinyl débutait par le "I’m So Glad" de Skip James, reprenant l’arrangement de Cream. Le solo de fuzz est proprement (ou salement, plutôt !) ébouriffant ! Sublime ! Ensuite vient "A Legal Matter", qui est, à mes yeux (à mes oreilles plutôt), même supérieure à la version originale des Who. Pratiquement le même constat pour "Rack My Mind", de mes Yardbirds adorés. Il faut dire que, en ce qui concerne ces deux derniers exemples, le son présent sur Distortions y est pour beaucoup, ample, saturé, carton quoi ! Là, on se retrouve en plein Swinging London (pourtant on est, je vous le rappelle, dans le Minnesota !). Deuxième création de Warren Kendrick sur cet album, "Soul-Searchin’" est une superbe composition, dont le pont évoque un peu le "For Your Love" des Yardbirds (sans le clavecin, toutefois). L’album se termine par un véritable torrent électrique de 4 minutes, saturé, démentiel, fou, speed, incroyable de fureur : "I’m A Man", la rave-up ultime (dans le sens noble du terme, comme illustré dans Blow-Up d’Antonioni), morceau qui justifie à lui seul le titre de cet album (et plus encore son achat impératif !). Les Yardbirds ayant fait une surdose de vitamines (c’est tout dire !), Bo Diddley explosé, des guitares surgissant du néant, une bande magnétique fumante, des vu-mètres détruits… voilà les images qui s’imposent à l’esprit après avoir écouté ce dernier titre... Et il n’y a rien de plus à ajouter !
Chronique parue à l’origine sur Crossroads (rubrique Parallel Lines)