"What makes people unsatisfied is that they accept lies !". Voilà les paroles qui introduisent cet album ("Total War"), après quelques bribes de conversations sans doute alcoolisées, quelques "Cchhutt !" et autres applaudissements dignes d'un quelconque meeting d'un quelconque parti politique, ce qui est un pléonasme. S'ensuit un début de rave-up - dans le sens Yardbirdsien/Hendrixien du terme - guitare/basse/batterie, et le voyage commence... Un riff de basse ponctué de "Hey", d'une guimbarde - pas la voiture, l'instrument buccal - et nous voilà plongés avec "Circus Days" dans le monde de Wayne, de Mick Wayne pour être plus précis... Monde situé dans une galaxie qui me tient personnellement très à coeur, celle de la jonction très étroite qui existe entre le psychédélisme et le progressif ; cette période n'a duré que quelques années - entre 68 et 72 environ -, mais fut certainement la plus riche au niveau de la musique qui nous intéresse ici.
D'emblée, une filiation Beatlesienne certaine s'impose à nos oreilles, tant au niveau mélodique qu'au niveau du son - période Album Blanc -, un son pur, sans trop de réverbe ni autres effets superfétatoires. La première face du vinyl se présentait sous la forme d'une suite musicale de titres enchaînés, un peu à la manière de la deuxième face d'Abbey Road. Une trompette - pas de celles qui font que les forêts sont polluées - ponctue la fin de "Circus Day", et nous voilà embarqués dans un titre ("Imagination") que n'aurait pas renié Paul McCartney au niveau de la mélodie, et au rythme 4/4 marqué typique du rock anglais 60's. Le morceau défile au gré de différentes ambiances, changements de rythmes ; le jeu de guitare de Mick Wayne, de façon assez étonnante d'ailleurs, étant parfois proche de ce qu'on pouvait entendre du côté de Country Joe McDonald & The Fish (sur l'album I-Feel-Like-I'm-Fixin'-To-Die), avant que le morceau ne dérape, la basse au son fenderprecisionnant en diable, sur une voie instrumentale blues-rock-psyché empruntant autant à Chuck Berry qu'à Daevid Allen ou Syd Barrett pour les glissandos spaciaux...
Quelques arpèges de guitare acoustique, et nous embarquons sur "My Ship", morceau agrémenté de mellotron, instrument idéal pour se cacher dans la forêt quand les trompettes. Un intermède instrumental ponctué de guimbarde (encore !), et "Miss Lizzie" nous propose de nouveau une mélodie qu'aurait de nouveau pu écrire le Paul McCartney de l'époque (quand il n'était pas Sir), avec le côté incisif qu'apportait son compère Noël. Heu, non, John, je veux dire.
"So Embarrassed", le titre suivant (et accessoirement ce que je ressens quand je me relis et que je tombe sur les jeux de mots plus que minables que je vous impose), aurait quant à lui pu figurer sans dépareiller sur un album des Bluesbreakers de John Mayall, tant il est imprégné de l'esprit du British Blues Boom de 66/68, et c'est tout naturellement que ce titre nous entraîne vers la porte de sortie de cette première face, une petite vignette musicale du nom de "Freak In", qui a sur la fin un faux air de Penny Lane.
La seconde face (je fais le malin, je ne l'ai qu'en CD...) de l'album débute avec "Playtime", délicieusement dissonnant, 100 % british, avec une mélodie simplissime mais oh combien efficace ! La guitare doit avoir été enregistrée à travers une cabine Leslie (normalement utilisée avec les orgues Hammond), et elle grince des cordes comme si elle avait avalé un citron sans le presser ! "I'm Drowning", très court, et seul morceau entièrement acoustique de cet album, aurait tout à fait pu se trouver sur "Beggar's Banquet" que sur "Led Zeppelin I"... ou bien encore sur le deuxième disque du "White Album" !
"White Light", avant-dernier titre de l'album, débute sous des auspices assez inquiétants, batterie lourde, riff de guitare toujours à la limite du larsen - il faut préciser ici qu'à aucun moment sur l'album, les guitares ne sombrent dans de grasses/grosses saturations à la Gibson/Marshall, restant toujours dans des limites que n'aurait pas reniées George Harrison (encore lui/eux !!!) - avant de rebondir sur un riff et une mélodie jubilatoires qui paraissent être aux antipodes de ce riff d'intro ! Une rave-up psyché suivie d'un couplet servent de conclusion à ce superbe titre.
Quelques arpèges de douze cordes acoustique, et voici "By The Tree", dernier titre de "Battersea Power Station". Et de nouveau une mélodie d'une simplicité toute british 60's qu'aucun groupe ne pourra plus jamais égaler aujourd'hui... L'album se termine dans un rire, avec ces quelques mots : "Tutti Frutti"... Tutti dit !
Outre Mick Wayne - mort tragiquement en 1994 - (guitare, compositions, etc.), qui avait auparavant participé à des sessions avec David Bowie et James Taylor, Junior's Eyes se composait de Graham Kelly au chant, de John Lodge (sans rapport avec les Moody Blues) à la basse , et de Steve Chapman à la batterie.
Cet album et les quelques 45 tours de Junior's Eyes sortis à l'époque sont superbement réédités en CD par Castle, et, vous l'aurez compris je pense, absolument indispensables.
5 poin sur 5 (après rectificationnage !)
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