John Mayall - Blues From Laurel Canyon (1968)
Il existe des albums (beaucoup en fait) qui, non seulement collent à leur époque, mais de plus en sont le reflet... Celui-ci en fait partie. En 1968, John Mayall décide de dissoudre les Bluesbreakers et de partir en vacances... passionnant, non ? Ce qui est plus intéressant, c'est qu'il part en vacances à Los Angeles, et que ces vacances forment le "concept" (oh, le vilain mot !) de cet album.
Celui-ci débute donc par un bruit de réacteur, similaire à celui de "Back In The USSR" des Beatles (ils ont réussi à se croiser sans se percuter...), intro pour "Vacation" le bien nommé, doté d'un riff assez primaire et d'une batterie tout en roulements, et qui donne l'occasion à Mick Taylor de prouver quel formidable guitariste il était (est ?...). Ce titre est enchaîné (ce sera le cas pour tous les morceaux de l'album, la réédition CD enchaînant même les faces 1 et 2 du vinyl originel...) à "Walking On Sunset", au rythme ternaire (le fameux shuffle blues) "destructuré" par Colin Allen (batterie). En fait, tous les titres de cet albums sont autant de vignettes recueillant les impressions et les rencontres que fit Mayall lors de ce séjour.
Les deux titres suivants font allusion à la maison qui appartenait alors à Frank Zappa, sise Laurel Canyon, au 2401. "Laurel Canyon Home" est un blues lent piano/chant/guitare tout en délicatesse, dans lequel Mayall transmet bien le calme qu'il a pu ressentir après l'excitation de son arrivée aux US... et voici donc "2401", qui, avec son jeu de batterie décalé, donne plutôt un aperçu de la vie dans la maison de Zappa - dans laquelle il venait rarement, à ce que dit la petite histoire... sans arrêt squattée, cette maison !... et notamment par de charmantes créatures, dont une laissa à J.M. un souvenir - pas Of London comme Gary Brooker, mais Of L.A. - qu'il allait évoquer deux morceaux plus loin... Avant cela, "Ready To Ride", superbe blues mid-tempo, narre sa rencontre avec la jeune fille sus-citée (non, ce n'est pas un gros mot !). Quelques notes de piano venues d'on ne sait où (ben si, du piano de Mayall !), et le voici quémandant de l'aide à l'Homme Médecine ("Medicine Man"), sur un morceau acoustique doté d'un rythme de danse de la pluie... Le dernier morceau de la face A originelle, "Somebody's Acting Like A Child", est en fait un réglement de compte avec cette jeune (je suppose) fille. Le jeu de batterie est complètement "out" par rapport au riff très british r'n'b, et donne à ce titre un feeling très sautillant. De nouveau, le jeu de Mick Taylor est éblouissant, d'un ancrage rythmique effarant...
"The Bear", qui ouvrait la face B, est donc enchaîné sur la version CD, et, ma foi (non, pas mon foie !), ça lui sied à ravir ! Ce titre, bien sûr, raconte la rencontre (?) de Mayall avec Canned Heat, et est un hommage direct au gang de Bob Hite et Alan Wilson... Mayall participera même au piano sur la suite Parthenogenesis dans le double" Living The Blues" de Canned Heat paru la même année. Et à nouveau, nous avons droit - un vrai festin - au superbe phrasé de Mick Taylor. "Miss James" est un blues jazzy dans lequel l'orgue Hammond est prédominant, et sert en fait d'introduction au niveau textuel - oui, vous avez bien lu - à l'un des morceaux les plus délicats qu'il m'ait été donné d'entendre... "First Time Alone"... l'émoi de la première rencontre... your fingers explore my burning skin... sur un accompagnement minimaliste, orgue + chant + guitare (tenue par un invité de marque : Peter Green !), John Mayall raconte sa première nuit avec cette fameuse Miss James. Là, c'est de l'érotisme à l'état pur mis en musique... suivi du désenchantement avec "Long Gone Midnight", dont les accords dissonants reflètent bien l'état d'âme de Mayall. Un autre superbe solo de Mick Taylor - je trouve que jamais il n'a autant brillé que sur cet album, ni avec les Bluesbreakers auparavant, ni avec les Stones par la suite - et c'est le retour en Angleterre avec "Fly Tomorrow", qui débute avec des tablas (et se terminera de même !), et la voix désenchantée de J.M., "Flying back home is gonna be so strange... fly tomorrow - get ready for the change...". Le morceau décolle ensuite, sans le bruit des réacteurs, mais avec... la guitare de Mick Taylor ! J'vous dis, cet album de John Mayall est le meilleur de Mick Taylor ! Le voyage se termine avec tablas et guitare... et valises à Heathrow, j'imagine.
Quelques années plus tard, John Mayall retournait aux USA... pour s'y installer définitivement.
Là, j'ose carrément ce que mes collègues n'ont encore jamais osé faire : les 5 poins/5 !!!! (mais j'assume)
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