Le Merlot du domaine Haut de Bel-Air de 2007 se marie très bien avec le Recapturing the Banjo d’Otis Taylor de 2008. Il y a de cela presque un an, sous l’influence de la musique dont causait l’un des frapadingues qui hante le forum de Poin-Poin, je m’achetais un banjo Good Time – le bien nommé – de chez Deering. Depuis, je l’emmène un peu partout et je roll à gogo ; bientôt je chanterai. En sus, je pratique l’écoute de musique à base de banjo. La vie est belle, le vin est bon, on guérit les dépressions chroniques comme on peut et j’ai entendu dire que le Prozac n’était qu’un vulgaire placebo (qui m’ont beaucoup déçu en concert lors de leur passage au zénith de Nantes, j’attends de pied ferme leur album à venir en juin)
Otis Taylor tourne souvent en rond : sa musique hypnotique – un genre de pulsation – se déroule en boucles répétitives et entêtantes, mais il y a des ronds qui font du bien... Allez donc jeter quelques cailloux dans le lac à la campagne ou à la montagne. Pour rappeler que le banjo vient en grande partie d’Afrique –bagage culturel amené aux États Unis d’Amérique par les esclaves – la lecture de l’excellent ouvrage Une Histoire du banjo, par Nicolas Bardinet (Outre Mesure, Paris, 2003) s’impose dans les plus brefs délais ; et pour rappeler cet héritage, Otis s’entoure des banjoïstes Guy Davis, Corey Harris, Alvin Youngblood Hart, Keb’ Moo et Don Vappie. On retrouve aussi sa fille Cassie à la basse et aux chœurs, l’indéboulonnable Ron Miles au cornet.
Le danger du disque dédié à un instrument en particulier est évité. Le banjo, ici, ne prend pas toute la place, il n’est pas mixé plus fort – comme la basse de Marcus Miller, mais c’est un autre débat – et il faut souvent tendre l’oreille ; Otis Taylor, en arrangeur, possède une finesse de bulldozer qui bosserait pour un magasin de porcelaine. Quatorze tounes qui vont des compos originales aux traditionnels, en passant par le morceau créole haïtien Les Ognons (sic) ou un Hey Joe sobre. On s’éloigne des traditionnels old time : le vrombissement de l’électricité hante la moitié des plages de l’album, une pointe de jazz années 30 (pas loin de Jazz de Ry Cooder) déboule et c’est bien une réappropriation, celle d’Otis, qui transcende chacun des morceaux en y posant sa grosse et délicate patte grasse et envoûtante ; un poison bénéfique pour l’oreille et le ventre. Je ne parle pas des thèmes récurrents chez Otis qui traversent l’album… en boucle aussi.
Je garde dans ma cave le Recapturing the Banjo et je ne doute pas trop que – comme les bons vins – il va s’améliorer en même temps que je vieillis et qu’il reviendra périodiquement comme ce foutu mal de vivre qu’il nous faut sans cesse panser.
Site officiel Otis Taylor - MySpace Otis Taylor Band
| < Préc | Suivant > |
|---|






