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Home Dressez vos esgourdes Blues BACKSTAGE - 1979 & 1980

BACKSTAGE - 1979 & 1980

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Mon premier essai de vous parler de blues n'avait pas été très concluant (Ze Bluetones) et je m'étais bien promis de ne pas recommencer. Puis, en rangeant mes vieux vinyls (pléonasme) et mes vieilles cassettes (re-pléonasme) je suis tombé sur Backstage et me voilà de nouveau sur mon clavier, trahissant la parole que je m'étais donné (je ne peux vraiment pas avoir confiance en moi !). Finalement, si à la faveur d'une recherche sur Gogol ou sur Yahourt, je peux faire plaisir à un seul internaute en évoquant cet obscur groupe français, ça vaut quand même le coup.
Obscur ? Pas tant que ça ! Car saviez-vous qu'avant que son nom soit Personne, Paul s'appelait en réalité René-Paul Roux ? Non ? Et saviez-vous que Backstage était son groupe ? Non plus ? Et bien maintenant vous savez et vous pourrez briller en société grace à poinpoin. Et pour ceux qui étaient déjà au jus, quelle excellente occasion de se rafraîchir la mémoire car nous allons faire un bond en arrière de pratiquement 30 ans.
A la fin des années 70 il faut quand même être légèrement inconscient (ou passionné ... mais je "pléonasme" encore !) pour faire du blues, qui plus est en France ! Le punk est déjà passé, le disco vit ses dernières heures, le reggae arrive doucement sur nos côtes et le renouveau hard-rock n'a pas encore traversé le "Channel". Bref, à part Téléphone, tous les autres sont déjà retombés dans l'anonymat. Certains n'en sortiront même jamais, d'où peut-être l'intérêt de ce petit article ...

René-Paul Roux a déjà 30 ans en 1979 quand sort le premier album de Backstage. Batteur à l'origine, il roule sa bosse depuis plus d'une dizaine d'années sans succès, enregistrant ça et là quelques 45 tours dont le dernier, "Fly away/some loving ", date de 1977 avec un groupe nommé Bracos Band. Suite au split de ce dernier groupe il recrute Daniel Antoine aux claviers, Jean François à la batterie et Jean-Lou Peletto à la basse. Vous comptez bien, à la bonne heure : cela fait 4 musiciens. Mais pour beaucoup de sites internet, dont Wikipedia , Backstage est un trio !?! (c'est un peu comme les 3 mousquetaires !) Ensemble ils vont réaliser 2 albums sur le label Vogue, éponymes tous les 2, dans la même formation et avec la même inspiration chicago blues.

J'ai pourtant une légère préférence pour le premier (le rouge). Le son y est brut, sale comme doit l'être un disque de blues. Benoît Blue Boy vient parfois y planter son harmonica et raboter le manche de sa guitare à coups de bottleneck. Les frères Guillard (Alain & Yvan) y lustrent leurs cuivres, discrets mais étincellants, et même des choeurs féminins doublent certains refrains. Bref, c'est Chicago dans vos baffles ! Et quand on s'intéresse un peu plus aux crédits de ce Lp, la surprise est d'y trouver, justement dans ces choeurs, Mesdames Stella Vander et Lisa Deluxe, toutes 2 de l'écurie Magma.
3 reprises cotoient 7 originaux signés
René-Paul Roux. S'ils tiennent tout à fait la comparaison, je ne vous cacherai pas que le joyau de cet album, qui se trouve à la fin de la face "A", est la relecture d'un classique du colosse Freddie King : "Gamblin' Woman Blues". Le Paulot s'arrache les tripes et y fait pleurer sa guitare à vous en filer la chair de poule : assurément 5mn30 de très grand blues.

Les blues lents (4, 1 par face) sont d'ailleurs les plus belles réussites de ces 2 albums. Mais le groupe a eu l'intelligence d'alterner avec un égal bonheur des mid-tempos et des petits brûlots rapides, évitant ainsi l'écueil propre parfois à bon nombre de disques de blues : la monotonie. On entend souvent dire que le blues est une musique facile : oui ... mais non ! Certes il ne réclame pas des monstres de technique et utilise pratiquement toujours les mêmes schémas mais il ne suffit pas pourtant de jouer ternaire et de réciter ses pentatoniques pour que la sauce monte. Non, l'émotion doit venir du fond de soi pour être distribuée aux disciples ébahis. Tout son être doit peser sur la note, l'homme et son instrument doivent communier, s'abandonner aux voûtes celestes. La fibre blues ne s'apprend pas, on nait avec. Et assurément ces quatre-là tapaient déjà les douzes mesures dans leur berceau !

backstage2Le 2ème album (le noir, donc) me semble un ton en dessous, moins fini. Il sonne plus "gentil", plus direct, plus rock. Trop peu d'harmonica (le Blue Boy était en grève ?), les cuivres et les choeurs de ces dames ont malheureusement disparu, les claviers sonnent plus souvent synthétiques à la Korg/Casio. Attention, ce ne sont pas encore ces horribles synthés qui vont dater et plomber à jamais la musique des années 80. Et quand je dis "rock" n'imaginez pas non plus un blues-rock gras, genre mur du son avec soli en boucle. J'aime aussi beaucoup le style Stevie Ray Vaughan, beaucoup moins Popa Chubby qui a pourtant le vent en poupe, mais ce n'est tout simplement pas le propos ici. Tout est compact, carré, sans débordements superflus, emballé en 3 ou 4 minutes, 5 et des poussières pour les blues lents. Jamais plus. Toutefois il convient de tempérer cette impression de régression dans la qualité par un moins bon agencement des titres. En effet après 11 minutes trop similaires et banales, au 5ème titre, le superbe "I'll never get here" qui n'est d'ailleurs pas chanté par René-Paul, c'est pratiquement un nouvel album qui s'ouvre à l'auditeur qui a su rester patient, et les 6 dernières pièces, toutes originales, sont du même tonneau que le 1er album. La palme revenant, une fois encore, au lent et guitare-au-bord-de-la-crise-de-larmes "Going Back On The Road".

Malgré une sortie anglaise pour celui-ci, accompagnée, paraît-il, d'une chronique dans le Melody Maker, les relations tendues avec la maison de disques vont conduire à la dissolution du quator. La suite immédiate reste chaotique.


René-Paul raccourci son prénom et, non sans un certain humour, cherche la reconnaissance en se renommant Personne. Par la même occasion il laisse sa plume s'exprimer en français ce qui donne un aspect un peu plus "accessible" à son blues, un peu à la manière d'un Bill Deraime. Il sort un premier album en 1982, toujours avec Daniel Antoine aux claviers et Jean-Lou Peletto à la basse (ces deux-là continueront de collaborer régulièrement avec lui par la suite). Guère plus de succès à la clef, CBS lui refusant même l'enregistrement d'un 2ème album (on n'oubliera pas cependant de rééditer ce lp en cd quand le succès du bonhomme viendra ! Ah, le business !). C'est chez Phonogram qu'il trouve refuge et pourra continuer à sortir des 6-titres pour commencer puis des albums complets. Le blues le poursuit avec un nouveau coup du sort en 1984 et le décès de sa fille Jessica, d'où le titre "J Blues" sur l'album "24/24". Mais il remonte la pente jusqu'à ce qu'il croise enfin "La Route De La Chance" à plus de 40 ans. La suite est plus connue ...


Bien sûr on peut prendre pour prétexte qu'il fait partie du business français pour le détester. Oui, il a joué avec
Johnny ... pour les puristes c'est rédhibitoire, mais si on commence à n'apprécier les musiciens que par leurs fréquentations ou leurs idoles on va vite se retrouver à n'aimer ... Personne ! (Quel artiste que l'on adore n'en aime pas un autre que l'on déteste, hein ? Cherchez bien, et si vous trouvez faites-moi signe). Il n'a jamais cherché à faire LE tube, sa reconnaissance c'est à la sueur de son front, aux doigts blessés sur sa guitare, aux concerts dans des salles improbables aux 4 coins du pays qu'il la doit. Il a mouillé sa chemise et a su rester fidèle aux musiciens qui l'ont accompagné pendant ses longues années de galère. Rien que pour ça : R.E.S.P.E.C.T.


J'avais embouteillé ces 2 albums voilà plus de 15 ans sur une musicassette C-90 Sony Type CrO2, ce qui devrait ravir un de nos copoins ! Mais au moment de les chercher en vinyl je me suis vite aperçu que, si le premier est encore relativement "trouvable", le deuxième semble collector ! Impossible à ce jour de mettre la main dessus à un prix décent et donc de remiser ma cassette enregistrée à partir d'un vinyl de médiathèque passablement fatigué ! Sans être des pièces angulaires du blues international bien sûr, ils n'en demeurent pas moins un excellent témoignage d'un bon blues à la française et ne peuvent être négligés pour qui apprécie la musique à
Paulot. Pour une réédition au format cd je crois bien que cela tient du "Rêve Sidéral d'un Naïf Idéal" (tout comme les lp et mini-lp "Exclusif", "Barjoland" et "24/24" qui, sauf ignorance de ma part, n'existent pas en cd, sauf en les reconstituant à partir du coffret 3cd "Anthologie 1983-1997" et de la compilation "Master Série").

PS: le hasard du destin de la coïncidence est troublant ... figurez-vous qu'au moment où je boucle ce modeste article, j'apprends que le magazine
Crossroads ne savait pas qui mettre en couverture du numéro 49 de cette fin d'année 2006 : finalement, ils ont trouvé Personne.

Cadeaux Bonux:
-
Un
site de fan sur Paul Personne, essentiellement pour la discographie (qui ne parle pas de Backstage)

- Bon comme le pain, j'ai "numérisé" mon 33 Tours rien que pour vous et n'ai pu résister à vous proposer Gamblin' Woman Blues même si c'est une reprise. Donc pour vous donner une idée des compos personnelles voici également I Feel The Same Way et Can't Hold Out. Désolé, aucun extrait du 2ème album, la cassette est aussi fatiguée que le vinyl à partir duquel je l'avais enregistrée.
Bien sûr si Paul ou des ayant-droits passent par ici et veulent que je retire ces mp3, je le ferai sur le champ. Bon, d'un autre côté ce n'est pas de la haute-définition, c'est encodé en 128k et il y a du souffle (mon câble phono vers PC est fatigué aussi !)

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 19:01 )  

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